LE VIEILLARD AC LIT DE MORT
Dans un tems où une fièvre pourpreuse désolait les pauvres qui n'avaient pas eu le tems de se faire traîner à 1 Hôtel-Dieu, la communauté des prêtres de Saint-Marcel ne pouvant plus suffire à exhorter les mourans , avait demandé du secours aux Religieux mendians. Vint un capucin vénérable ; il entre dans une écurie basse , où souffrait une victime de la contagion. 11 y voit un vieillard moribond, étendu sur
des haillons dégoûtans. Il était seul : une botte de foin lui servait de lit ; pas un meuble, pas une chaise ; il avait tout vendu dans dans les premiers jours de sa maladie, pour quelques gouttes de bouillon. Aux murs noirs et de'pouille's, pendaient une hache et deux scies ; c'était là toute sa fortune , avec ses bras , quand il pouvait les mouvoir ; mais alors il n'avait pas la force de les soulever. Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur, c'est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd'hui; vous allez incessamment sortir de ce monde, où vous n'avez eu que des peines.... Que des psines! reprit le moribond d'une voix éteinte, vous vous trompez, j'ai vécu assez content, et ne me suis jamais plaint de mon sort. Je n'ai connu ni la haine ni l'envie; mon sommeil était tranquille ; je fatiguais le jour, mais je reposais la nuit. Les outils que vous voyez me procuraient un pain que je mangeais avec délices , et je n'ai jamais été jaloux des tables que j'ai pu entrevoir. J'ai vu le riche plus sujet aux maladies qu'un autre. J'étais pauvre, mais je me suis assez bien porté jusqu'à ce jour. Si je reprends la santé, ce que je ne crois pas, j'irai au chantier, et je continuerai de bénir la main de Dieu, qui, jusqu'à présent , a pris soin de moi. — Le confesseur étonné ne savait trop comment s'y prendre avec un tel malade. 11 ne pouvait concilier le grabat avec le langage du mourant. Il se remit cependant et lui dit : Mon fils, puisque cette vie ne vous a pas été fâcheuse vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter •
car il faut se soumettre à la volonté de Dieu....
Sans doute, reprit le moribond, d'un ton de voix ferme et d'un oeil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir ; je rends grâces à Dieu de m'avoir donné la vie , et de me faire passer par la mort, pour arriver à lui. Je sens le moment, le voici ,.. adieu mon père ! . .. labuau de Paru . lomt ,. pag, ,09