PARABOLE DE ST. BERNARD SUR LA PASSION DE N.-S. J.-C
Imaginez-vous qu'un misérable esclave ayant osé couspirf^r contre la vie de son Roi, et étant convaincu
du crime de lèse-majesté , est condamné à mourir par le supplice le plus infâme et le plus cruel qui se puisse imaginer. Le prince hérilier du royaume, touché de compassion, vient se jeter aux pieds de son père pour demander la grâce du coupable; et voyant qu'il ne la peut obtenir, s'offre à endurer les mêmes tourmens auxquels ce malheureux est condamné, pour l'en délivrer. r,e père accepte l'offre de son fils : mais le fils, non content d'avoir obtenu qu'il prendrait la place de l'esclave dans les supplices, obtient encore que l'esclave prendra celle du fils dans le royaume.
Imaginez-vous ensuite que ce prince aimable et généreux s'en va avec joie au supplice, parce qu'en mourant il a occasion de témoigner l'excès de son amour à ce criminel , auquel , par reconnaissance d'un bienfait si surprenant , il ne demande rien que d'en être aimé. Que diriez-voussi ce malheureux esclave était insensible en voyant mourir pour lui ce généreux prince; s'il se joignait même à ses bourreaux pour hâter sa mort , et pour augmenter ses tourmens? vous diriez que ce serait le plus brutal et le plus barbare de tous les hommes. Voilà néanmoins ce qui est arrivé au fils de Dieu dans sa passion ; et la conduite de cet esclave est une image de la vôtre , comme vous l'allez voir dans l'application de cette parabole.
En effet, quel est ce jeune prince qui se dévoue ^ la mort pour sauver un malheureux esclave : C'est J.-C. fîlsdu Dieu vivant et éternel. Dieu vivant et éternel luimême. Quel est ce malheureux esclave, sinon vous , qui avez été si souvent, et qui êtes peut-être encore à présent esclave du Démon et du péché ; qui avez été rebelle à votre Dieu, et criminel de lèse-majesté divine ? Que souffre J.-'C pour vous? Les outrages les plus sanglans, les tourmens les plus horribles, et une mort également cruelle et infâme, c'est-à-dire la mort de la croix. De quelle manière souffre-l-il ? li-
bremcnt, volontairement. 11 voit qu'il ne peut appaiser la colère de son père justement irrité contre vous, ni vous l'xempler des peines infinies que vous a\ ez méritées, qu'en s'en chargeant lui-même: il s'offre de tout son cœur à son père pour prendre votre place : Ohldius est quia îpse ooluit. Que vous deraande-t-il pour cela? S il demandait que vous lui sacrifiassiez tous vos biens, votre repos, votre santé, vos plaisirs votre gloire , votre propre vie , vous demanderait-il trop. Mais il ne vous demande qu'une seule chose : c'est de l'aimer et d'observer fidèli-ment ses préceptes. Pouriieiz-vous lui refuser votre amour, pourriezvous l'offenser, vous joindre à ses bourreaux pour renouveller encore les douleurs de sa passion.'' Ne se* rait-ce pas le comble de l'ingratitude et de la per-
tlOie . Ettraite du P. SEPVEO , pagt »8i.