‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 208 sur 252 · HISTOIRE DE MARIE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MARIE ÉGYPTIENNE

Sous l'empire de Théodose le jeune, vivait un saint religieux nommé Zozime. Après avoir servi Dieu pendant cinquante-trois ans dans le même monastère, il lui vint en pensée qu'il avait acquis la perfection de son saint état. Une révélation divine le détrompa en lui ordonnant d'aller dans un autre monastère, situé sur le bord du Jourdain. Il y alla et le trouva habité par des anges, plutôt que par des hommes. Une de leurs saintes pratiques était de se séparer au commencement du carême , et de s'enfoncer chacun de leur côté dans le désert, pour se livrer à toutes sortes d'austérités ; et ils 11e revenaient au mo-:

nastère que le diruancho des rameaux , pour célébrer ensemble la Passion et la Késuriiiction du Sauveur. Zoziine ayant passé le Jourdain comme It-s autres , s'avance dans le désert , priant avec ferveur.

Le vingtième jour de sa marche, s'étant arrêté sur le midi, il aperçut une espèce de fantôme, qui se mit à fiiiî- devant lui ; il courut sur ses traces malgré son grand âge , et croyant que c'était un solitaire , il lui cria de s'arrêter et de lui donner sa bénédiction. Ah! Zozimp , lui répondit-on, jetez-moi votre manteau pOiir me couvrir; vous êtes prêtre, je suis une pauvre pécheresse , c'est à vous de me béfiir. Le saint homin.' surpiiâ de s entendre appeler par son nom , fil ce qoe C"tto personne lili demandait, et, après avoir prié quelque tems, il la conjura au nom de Jésus-Christ , de lui dire qui elle était, depuis quand elle vivait dans le désert. Elle parla ainsi ;

" Je devrais mourir de honte , en disant ce que je suis , le seul récit de ma vie vous causera tant d'horreur q'ie vous vous enfuirez devant moi, comme à la vue d'un serpent; je vous la raconterai cependant, api es avoir demandé le secours de vos prières afin que Die;j me fasse rtiiséricorde au jour du jugement. »

Alors elle lui dit qu'elle était d'Egypte, qu'à l'âge de douze ans elle avait quitté son père et sa mère, et s'était retirée malgré eux à Alexandrie , oii elle avait vécu dix-sept ans, plongée dans toutes sortes de crimes. " Hélas! s'écriait-elle, en couvrant son visage de ses mains, puis-je sans mourir de honte , \ ous raconter tous mes égaremens. Il me semble que chacune de mes paroles est comme une tache qui souille la pureté de l'^ir que nous respirons. Un jour d'été, ayant vu un grand nombre de personnes qui couraient vers la mer, je demandai où elles allaient; on me répondit qu'elles allaient à Jérusalem , pour y célébrer l'exaltation de la sainte croix. Je m'embarquai avec

elles, et ma navigation ot mon sëjour dans cette ville ne lurent qu'un tissu de crimes-

« Lorsque la fête de l'exaltation de la glorieusecroix de notre sauveur fut arrive'o. voyant que tout le monde courait à l'e'glise , j'y courus aussi ; mais il ne me fut pas possible d'y entrer, et lorsque je touchais le seuil, je me sentais repoussé»^ par une puissance secrète et diviije, comme si une troupe de soldats asait ordre de me fermtîr l'entrée de l'e'gHse. Je me trouvais alors sur la place qui est devant la porte. Cela m'était arrivé trois ou quatre fois. Toute fatiguée de mes efforts inutiles, je ine retirai dans un ccin de cette place , et je me mis à considérer quelle pouvait être la cause qni m'ernpèchait de voir cette sainte croix , sur laquelle un Dieu est mort pour nous sauver. Une pensée salutaire m'ayant ouvert les yeux de l'âme je jugeai que je devais m'en prendre auxabo* minations de ma vie. Cette réflexion me toucha et me lit fondre en larmes. Tandis que je me frappais la poitrine en poussant de profonds soupirs, j'aperçus au dessus de moi une image de la sainte Vierge , mère de Dieu. Alors fixant mis regards sur elle , je lui dis : Sainte Vierge , mère de Dieu , ji- sais que les crimes dont ma vie est souillée me rendent indigne de jeter les yeux sur v otre image, vous qui êtes une vierge très-pure et sans la moindre taihe, et votre pureté doit avoir horreur d'une âme aussi abominable que la mienne. Cependant j'ai appris que le Dieu que vous avez mérité de porter dans votre chaste sein , ne s'est fait homme que pour appeler les pécheurs à la pénitence; je vous prie de ra'assister dans l'abandon ou je suis. Permettez-moi d'entrer dans l'église, commande/, reine du ciel, que la porte me soit ouverte , bien que jen sois indigne , afin que je n'aie pas le malheur d'être privée de la \ue de ce précieux bois, où votre fils a répandu son sang pour

— . 388 .^mon salut ; je vous promets, au nom de ce divin sauveur , qu'il ne m'arrivera plus jamais de tomber dans mes horribles impurele's; mais qu'aussitôt que j'aurai adore' celte croix, je renoncerai à tout pour aller surle-champ où il vous plaira de me conduire , ô Vierge sainte! vous qui êtes ma caution et mon guide.

« Ma prière finie , je sentis une grande consolation, et m'étant présentée à la porte de l'église, j'y entrai sans peine: je pénétrai niême jusque dans le chœur. Là, j'eus le bonheur d'adorer cette croix précieuse qui donne la vie aux hommes. Touchée de la miséricorde de Dieu et de la bonté avec laquelle il est toujours prêt à pardonner aux pécheurs , je me prosternai contre terre fondant en larmes. Après avoir baisé le pavé de ce saint lieu, je sortis et courus devantl'image de celle que j'avais priée d'etrecaution de ma promesse, je me mis à genoux devant elle, je lui dis : Très-miséricordieuse mère, vous m'avez bien fait voir les effets de votre incomparable bonté, en exauçant ma prière malgré mon indignité. Il est tems, Vierge sainte, que j'accomplisse, avec votre assistance , ce que je vous ai promis. Envoyez-moi oh il vous plaira , soyez mon guide dans le chemin du salut et de la pénitence. Alors j'entendis une voix qui me criait d'assez loin : Si tu passes le Jourdain tu trouveras le repos. Je pris ces paroles pour moi, et je m'écriai en pleurant et en regardant l'image de la sainte Vierge : Reine de l'univers, vous par qui le salut est arrivé aux hommes, ne m'abandonnez pas, je vous en supplie. A ces mots , je partis en grande hâte , et un inconnu que je rencontrai me remit trois pièces d'argent en me disant : Recevez ceci; j'en achetai trois pains , et ayant demandé au boulanger le chemin qui conduTsait au Jourdain", je m'en allai en courant et en pleurant. Arrivée à l'église de saint Jean-Baptiste, bâtie auprès du fleuve, j'eus le bonhenr de rtr

cevoir le corps de mon Sauveur, ensuite je passai le Jourdain , et ayant encore demandé à la sainte Vierge qu'elle voulût toujours bien être mon guide , je m'enfonçai dans celte solitude, évitant la rencontre des hommes, et attendant la venue de mon Dieu, qui sauve les grands et les petits, quand ils se convertissent à lui. »

Après ce récit, le saint religieux lui demanda depuis quand elle vivait dans ce désert, de quoi elle s'y était nourrie , et si elle avait éprouvé quelques tentations dans un aussi grand changement. Elle lui répondit : Ilya à peu près 4-0 ans que je vins de la ville sainte ici ; pour ma nourriture j'avais mes trois pains qui devinrent bientôt aussi durs que des pierres, et durant quelques années , j'en mangeai un peu cliaque jour. Au reste , l'homme ne vit pas seulement de pain. Quand à mes tentations, c'est à peine si j'ose y penser. Je combattis pendant dix-sept ans contre mille dési's violens, et une furieuse inclination pour le mal. Mais au milieu de ces assauts , je me mettais à pleurer , à me frapper la poiirine, je me rappelais ma promesse solennelle , et l'image de la sainte "Vierge, mère de Diru , qui m'avait pris sous sa protection , je la suppliais d'éloigner de moi cqs pensées qui affligeaient mon âme; alors je voyais une lumière resplendissante qui m'environnait de toutes parts, et mon esprit rentrait dans le calme. C'est ainsi que dans tous mes combats, j'élevais sans cesse mon cœur vers cette vierge sans tache qui avait répondu pour moi, et la priais de m'assisler dans ce désert et dans ma pénitence, à quoi elle n'a jamais manqué. Cette bienheureuse mère de Dieu , qui est mon refuge et toute ma force, ne m'a jamais abandonné et ma servi de mère en toutes choses.

ru det P. du désert.

Page 1