‹ Nouvelle explication du catéchisme, ou, le dogme et la morale expliqués par quatre cents traits historiquesChapitre 85 sur 252 · HISTOIRE DE MADAME HUAEAU · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MADAME HUAEAU

A l'époque où les royalistes du Bas- Maine prirent les armes, il y avait pour concierge au château de Thuré, dans la paroisse de la Bazouge- des-Alleux à quatre liiues de Laval , une veuve nommée madame Huncau , connue dans tous les en\irons par son active charité. Elle avait acquis quelques connaissances pratiques en médecine, qui augmentaient encore les occasions qu'elle cherchait de faire du bien; et quand les remèdes ne pouvaient amener la guérison , ses pieux conseils amenaient au moins un salutaire

repentir et de con?olantes espe'rances ; car elle ioignait à toutes ces qualités une dévotion »'xemplaire, et c'est dire assez qu'elle e'Iait zélée royaliste.

Madame Hiineau , \euve depuis bien des années, n'avait qu'un fils âgé de i 5 ans. Son âge et sa faiblesse ne lui a\aient pas permis de prendre les arrnes avec les insurgés; mais il rlurchait h se reidre utile à leur cause, par tous les moyens qui étaient en son pouvoir; d'ordinaire c'était lui qui portail leur correspondance et surveillait Its mouvemens des postes républicains.

Ceux des gens du pays qui avaient embras.'^é les opinions révolutionnaires, eurent bientôt soupçonné la cause des fréquentes absences du jeune homme , et l'un d'eux se chargea de lui en faire porter la peine. Un soir, au retour d'un de ses \oyages , il était déjà dans l'avenue du château et à vingt pas de sa mère qui venait au-devant de lui, quand un double coup de fusil part d'un buisson voisin , et le jeune homme , atteint de plusieurs balles, tombe sur la place , en même tems un homme, s'élançant à travf-rs lee broussailles, se sauve à toutes jambes. La malheurt use mère n'eut point à employer pour son fils ce qu'elle savait de l'art de guérir : il ne vivait plus !.... Ce fut pour ellemême qu'elle eut besoin de tout le secours de sa piété; il lui sembla d'abord qu'elle avait tout perdu ; mais tant de malheureux lui restaient dans ce tems funeste. . Elle avait donc encore une tâche à remplir! elle surmonta son désespoir, et de nouveau se livra à ses 5oins charitables.

Ce fatal événement était arrivé depuis peu, lorsqu'on entendit dire dans le canton qu'un homme, connu pour forcené terroriste , venait d'être attaqué tout à coup d'une affreuse maladie ; aux plus terribles souffrances, du corps se joignaient pour lui les souffrances bien plus cruelles d'une âme bourrelée de remords. Ses fureurs, ses cris de rage, ses blasphèmes

— ^ 164 — l'avaient reudu un objet d'horreur, même pour les siens, qui osaient à peine l'approcher.

M"" Huneau apprit tous ces de'lails , et quand elle entendit le nom de cet homme, on la vit tressaillir ; mais elle se remit bientôt. Pleine d'une ge^néreuse résolution que !e ciel seul peut inspirer, elle part , arrive à la demeure du misérable , pénètre jusqu'à lui. Il était alors tombé dans ce moment d'affaissement qui suit le délire ; elle s'approche en lui annonçant quelques remèdes qu'elle apporte pour le soulager. Au seul son de sa voix, saisi d'une sorte de frénésie, le moribond s'écrie : » (^ui peut amener celte femme ? sait-elle ce » que j'ai fait; vient-elle jouir de mes tourmens? si " cela n'est pas, s3uve/:-vous d ici , vous ne me devez »' que de l'horreur; il ne peut y avoir pour moi ni » pitié, ni miséricorde , je n'attends que la damna- » tion ; Dieu même ne pourrait m'en sauver ! » — M"'^ Huntau frémit, mais elle ne s'éloigna pas, et recueillant toutes ses forces : O malheureux ! lui dit- " elle, pourquoi blasphémer? repentez- vous, et Dieu " vous fera grâce ! pourquoi ne le pourrait-il pas, » puisqu'il a bien pu m'amener vers vous, vers vous » que j'ai reconnu, vers \'ous qui avez tué mon fils-'* » ah ! quand Dieu m'envoie ici pour pardonner, sans » doute il peut pardonner aussi! méritez-le donc par » votre repentir. »

La femme pieuse obtint la récompense digne d'elle. Le cœur du méchant fut touché ; il se convertit. Mais pour rendre profitable son retour vers la foi. pour ramener un pej de calme dans celte âme si pleine de trouble et de terreur, il fallait encore qu'avec l'autorité de son ministère , un prêtre fit entendre au pécheur la parole du ciel, qu'il vînt signaler à son esprit tous ses égaremens, arracher à sa conscience le solennel aveu de ses fautes, et enfin, au nom du Dieu de miséricorde, pardonner à son repentir.

— . 165 «— M"^ Hunoau pensa n'avoir rien fait tant qu'elle n'apporterait point ce dernier secours au coupable repentant. Elle connaissait, dar.s son canton , la retraite où un prêtre vivait cache*; elle savait qu'au premier avis cet homme pieux viendrait s^ns être retenu par l'ide'e du danger; et quant à elle, la mort, qui

f)Ouvait devenir le prix de son zèle, ne l'effrayait pas ; a femme qui sentait en son cœur cette charité héroïque devait y trouver aussi ce courage que l'idée du martyre ne saurait ébranler! Elle partit donc, alla parler au prêtre, et voulut l'amener elle-même au lit du moribond ; alors celui-ci , chrétien réconcilié, put enfin se livrer à un pieux espoir et envisager la mort sans horreur.

Il vécut encore huit jours, durant lesquels madame Huneau ne quitta pas son chevet , adoucissant ses dernières souffrances, encourageant sa foi nouvelle; elle reçut enfin son dernier soupir , qu'il exhala en la bénissant.

Leilreê <ur l'Origine d» la Chouamtrit.

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