‹ Nouvelle fonction du foieChapitre 8 sur 12 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Dli LA PRODUCTION DU SUCRE DANS LE FOIE. — DES CARACTÈRES SPÉCIAUX DE CETTE FONCTION NOUVELLE. — DE SES DIVERSES PÉRIODES. — DE SON MÉCANISME.

Comme toutes les sécrétions physiolop,iques , la sécrétion du sucre dans le foie est soumise à certaines oscillations fonctionnelles qu'il est important de bien comprendre afin de saisir les relations qui lient l'appai'eil hépatique aux autres appareils organiques du corps. Il faut d'abord reconnaître que le foie constitue un organe à fonctions multiples, car outre la sécrétion du sucre, que nous avons découverte, il possède la sécrétion biliaire, connue de tous temps, et il a probablement encore d'autres actions qui sont ignorées. Pour le moment, nous aurons donc à rechercher s'il y a un rapport entre la formation de la bile et celle du sucre. Ces deux produits du foie, chez tous les vertébrés , se tournent, pour ainsi dire, le dos dans leur excrétion; tandis que la bile est conduite dans l'intestin par les voies biliaires, le sucre, au contraire, est mené dans la grande circulation par les veines hépatiques , qui peuvent être considérées comme les conduits excréteurs du principe sucré. Nous examinerons ensuite s'il est possible de déterminer aux dépens de quels éléments du sang chacune de ces sécrétions prend naissance, et enfin nous terminerons par quelques considérations générales sur les variations spéciales ou accidentelles que peut éprouver cette fonction glncogénique, chez les animaux vertébrés.

§ [. Itcs oscllSaliocs <]c la fonctiosi gliicogéaique «tu foie en rapport avec les clatâ d'abstÎDCiicc ou de digestion.

La production du sucre dans le foie n'est pas, à proprement parler, une fonction intermittente; car, à l'état physiologique, elle s'accomplit toujours, et d'une manière continue , pendant toute la durée de la vie. Cependant on peut dire, en général, que cette fonction éprouve un abaissement dans l'état d'abstinence, et une sorte de recrudescence à chaque période digestive.

Abstinence. — Lorsqu'on examine le foie de l'homme et des animaux dans les circonstances ordinaires de la nutrition , c'est-à-dire au moment de la digestiyn, ou dans l'intervalle de deux repas, on rea-

contre toujours dans le tissu hépatique, et dans le sang qui en sort, des quantités notables de sucre. Mais si alors on soumet les animaux à une abstinence complète, on voit la matière sucrée diminuer successivement dans le foie à mesure qu'on seloigne de l'époque de la dernière dififestion , et finir même par disparaître entièrement si l'abstinence est suffisamment prolongée. Il ne faudrait pas croire que cette diminution et cette disparition du sucre dans le foie sous l'influence de la privation d aliments dépende simplement de ce que l'animal use et détruit progressivement la quantité de matière sucrée qu'il avait formée pendant sa dernière digestion. Je montrerai plus tard qu'il faut à peine quelques heures à un animal pour consommer toute la quantité de sucre qu'il a dans le foie, de sorte que s'il n'en formait plus, dès le lendemain déjà, après vingt-quatre heures de jeûne, le tissu hépatique en serait dépourvu. Mais il n'en est point ainsi, parce que dans l'abstinence il se refait encore du sucre aux dépens du sang qui traverse incessamment le foie. Seulement, à mesuie que le sanp s'use et s'appauvrit, par suite de l'absence de nourriture, la sécrétion sucrée du foie diminue d'énergie, et finit, dans les dernières périodes de l'abstinence, par s'éteindre comme toutes les autres fonctions. Pendant les premiers jours, la production sucrée dans le foie se maintient encore assez considérable, car sur un chien à jeun depuis trente-six heures j'ai trouvé i^',a55 pour loo de sucre dans le tissu du foie, et sur un autre chien à jeun depuis quatre jours le tissu hépatique contenait encore o^',93 pour lOO. Dans les jours suivants, la quantité de sucre formé va en diminuant plus rapidement, pour ne cesser toutefois d'une manière complète que lorsque l'animal, après avoir perdu les quatre dixièmes de son poids, éprouve les symptômes de l'inaniîion. Sur des chiens, des lapins ou des cochons d'Inde morts d'inanition, je n'ai jamais rencontré de sucre dans le tissu du foie; mais sur deux chiens adultes à l'abstinence complète, l'un depuis quinze jours, et l'autre depuis douze jours (ce dernier chien buvait de l'eau), j'ai trouvé encore très évidemment du sucre dans le foie. Chez les chiens , la production du sucre ne s'arrête guère que trois jours environ avant la mort; seulement, quand on approche de cette période de l'inanition, la quantité de sucre hépatique est excessivement faible, et pour faire la recherche du sucre dans le foie à ce moment, on devra suivre le procédé expérimental que j'ai indiqué, en ayant

bien soin surtout de ne pas sacrifier les animaux par hémorrhagie, parce que , dans ce genre de mort, le sang non sucré des organes ab^ dominaux voisins qui traverse le tissu hépatique, pour s'écouler au dehors, lave, en quelque sorle, l'organe, et lui emporte la petite quantité de sucre qu'il contenait (i); ce qui n'a pas lien lorsqu'on sacrifie les animaux par la section du bulbe rachidien ou par strangulation. TjC temps nécessaire pour que la production du sucre dans le foie s'éteigne sous l'influence de l'abstinence est variable suivant l'âge et là Taille des animaux, leur classe, leur espèce, et leur faculté de résister plus ou moins longtemps à l'inanition. Parmi les vertébrés, les oiseaux sont les animaux chez lesquels, dans des circonstances égales, la privation de nourriture éteint le plus rapidement la production du sucre dans le foie. Ainsi, au bout de trente-six ou quarante-huit heures d'abstinence, chez de petits oiseaux, tels que les moineaux, le foie est déjà complètement dépourvu de matière sucrée. Après les oiseaux, viennent les mammifères, surtout quand ils sont jeunes. J'ai expérimenté à ce point de vue sur des rats, des chiens, des chats et des chevaux. Chez les rats et les lapins, il suffit de quatre à huit jours; chez les chiens, les chats et les chevaux, douze à vingt jours pour que le sucre disparaisse complètement dans le foie. Ce laps de temps peut devenir moindre si, pendant l'abstinence, on fait prendre de l'exercice aux animaux, ou bien il peut être plus considérable si, dans les mêmes circonstances, on condamne les animaux au rejios, en même temps qu'on leur fournit de l'eau à boire.

Les reptiles et les poissons se distinguent des animaux à sang chaud par une résistance beaucoup plus considérable aux effets de l'abstinence relativement à la disparition du sucre dans le foie. C'est ainsi que des crapauds, des couleuvres et des carpes, présentaient encore cinq ou six semaines après leur dernier repas, du sucre d'une manière très évidente dans le tissu du foie. Du reste, l'augmentation de la température ambiante active d'une manière évidente cette disparition du sucre hépatique en accélérant, sans doute, les phénomènes nutritifs. L'abaissement de température et l'hibernation agissent d'une manière inverse.

(1) On pourrait, dans ces cas, attribuer à Tabsticence l'absence du sucre dans le foie ; c'est une erreur que j'ai commise moi-même avant d'en avoir trouvé la causé.

'67 Cette décroissauce successive dans rinlensité de la fonction jolucogénique du foie entraîne avec elle une diminution dans certaines fonctions, et particulièrement dans la respiration. Nons reviendrons sur cette question à propos du mécanisme de la destruction du sucre dans l'orfranisme.

Digestion. — Lorsque les phénomènes digestifs, et particulièrement ceux de ladigestion intestinale, s'accomplissent, quelle que soit, du reste, la nature de l'alimentation, la production du sucre dans le foie est excitée comme toutes les sécrétions intestinales, et elle éprouve à ce moment un surcroît d'activité remarquable.

Cette augmentation de la sécrétion du sucre dans le foie se fait d'une manière successive et graduée. Dès le début de l'absorption digestive, lorsque la veine porte commence à charrier une plus grande proportion de sang dans le foie , la fonction glucogénique se réveille. Peu à peu l'activité fonctionnelle s'accroît à mesure que la quantité de sang qui traverse le tissu hépatique devient elle-même plus considérable, et c'est environ quatre à cinq heures après le début de la digestion intestinale que cette production de sucre dans le foie est parvenue à s,on summum d'intensité. Après ce temps, la digestion venant à cesser, l'absorption intestinale se ralentit, et la formation de sucre dans le foie diminue, pour reprendre de nouveau sa suractivité au premier repas, ou pour continuer à décroître d'une manière graduelle, ainsi que nous l'avons déjà vu , si l'animal est laissé à l'abstinence.

Il existe donc une espèce d'oscillation physiologique dans la lonction productrice du sucie qui fait que celte fonction, bien que continue, éprouve une suractivité intermittente à chaque période digestive. Si par des expériences rapportées ailleurs nous avons montré que la nature de Talimenlalion n'exerce pas d'influence sur la production du sucre dans le foie, nous devons reconnaître ici que la période de la digestion en exerce, au contraire, une très évidente (i).

Cette exubérance de matière sucrée, qui se produit ainsi dans l'organisme au moment de la digestion, amène à sa suite d'autres phénomènes très importants à connaître, et sur lesquels il est nécessaire d insister ici.

(1) Cette surexcitation Ibiictionnelle se] comprend , du reste, très bien pai- la plus grande activité circulatoire qui se manifeste nécessairement dans le foie.

Lorsqu'un certain nombre d'heures se sont écoulées depuis le dernier repas, et que l'animal est dans cet état qu'on appelle «/ew/z, la formation du sucre dans le foie est calmée et arrivée à ce point qu'il existe un rapport équilibré entre \a. production et la destruction du sucre, c'està-dire que la matière sucrée expulsée par les veines hépatiques dans la circulation, étant alors peu considérable, disparaît en entier aussitôt après le mélange du sang hépatique avec le sang des veines caves, dans le cœur droit et à son entrée dans les poumons. J'ai constaté, par un grand nombre d'expériences, qu'à ce moment, le sucre se rencontre dans le tissu hépatique et dans les vaisseaux qui vont du foie au poumon, mais pas au delà. Il n'y en a pas de trace dans le sang des artères, ou des veines du système général, ni dans celui delà veine porte. Lorsque la digestion commence, la quantité du sucre augmente graduellement dans le foie et dans le sang qui sort par les veines hépatiques. Toutefois, durant les deux ou trois premières heures qui suivent l'ingestion alimenlaire, malgré l'accroissement de la sécrétion sucrée, tout le sucre peut encore être détruit avant d'arriver au système artériel; c'est après ce laps de temps que la suractivité de la production sucrée, dépassant les limites de la destruction, amène ïexcès momentané de sucre dans l'organisme. La destruction devient alors insuffisante, et la quantité de sucre non détruit, transgressant la limite du poumon, passe dans les systèmes généiaux artériel et veineux. Ce qui fait qu'à cette période de la digestion, on rencontre du sucre dans tous les vaisseaux du corps, et dans la veine porte elle-même, lors même qu'il n'y en a pas dans l'intestin. Cette espèce de débordement sucré se manifeste également avec les alimentations animales ou féculentes, et il dure environ trois à quatre heures. Ce n'est que six ou sept heures après le repas que l'excès du sucre dans le sang commence à disparaître, et que l'équilibre entre la production et la destruction du sucre tend à se rétablir.

Nous avons dit qu'il était important de connaître les conditions de cette oscillation physiologique de la formation du sucre dans le foie. C'est, en effet, pour ne pas les avoir connues, que Schmidt (i) a cru donner des l'ésultats opposés aux miens, et a dit qu'il n'admettait pas la production du sucre dans le foie, parce qu'il avait trouvé du

(1) Cari Schmidt, Characteristik des epidemischen Choiera. Leipzig et Mittau, 1850, p. 1 07 en note.

sucre dans les veines superficielles du corps et dans la veine porte. On comprend maintenant pourquoi le sang qui entre dans le foie est bien complètement dépourvu de sucre, quand on a soin, comme nous l'avons dit (p. 55), de ne pas faire l'expérience au delà de deux heures et demie ou trois heures après le repas. Si l'on attendait plus tard, l'excès de sucre se serait répandu dans tout le sang, et alors on en trouverait dans la veine porte, sucre qui ne viendrait pas des intestins, mais qui aurait été simplement apporté parle sang des artères mésentériques. Tous ces exemples prouveraient, si cela était nécessaire, que, pour ne pas s'exposer à tomber dans l'erreur ou dans de fausses interprétations , il faut toujours, dans des recherches de ce genre, faire marcher de concert la chimie avec la physiologie, et qu'il faut surtout instituer les recherches chimiques d'après des études physiologiques bien faites. Nous voyons que là où la chimie seule trouverait des résultats contradictoires, la physiologie les explique en montrant la filiation des phénomènes. En effet , qu'il y ait du sucre dans les artères, dans les veines , ou qu'il n'y en ait pas, la physiologie nous apprend que c'est toujours le foie qui est son point de départ, et que c'est toujours à cet organe qu'il faut remonter pour trouver l'origine de la matière sucrée. Ces diverses circonstances seront très importantes à considérer plus tard, à propos du mécanisme de la destruction du sucre dans l'organisme animal.

Lorsque la matière sucrée se répand et déborde pour ainsi dire dans le sang après chaque digestion, c'est là un phénomène régulier, quand il est modéré, et dont l'exagération amène le diabète sucré. Mais dans l'état physiologique , cette matière sucrée répandue sans excès dans le système circulatoire y est retenue et ne va pas ordinairement jusqu'à passer d'une manière sensible dans l'urine, ni dans d'autres sécrétions.

Cependant il y a un liquide de l'économie dans lequel le sucre passe toujours, lors même qu'il arrive dans la circulation générale en très petite quantité. Ce liquide est le fluide céphalo-rachidien. J'ai trouvé du sucre d'une manière constante, soit à jeun, soit en digestion, chez les chiens, les chats et les lapins examinés dans les circonstances ordinaires de santé; cela tient à ce que, pendant l'intervalle d'un repas à l'autre, le sucre n'a pas le tempsdese détruire dans leliquide céphalo-rachidieu, avant qu'il en soit apporté une nouvelle quantité parla digestion su! vante. Il paraîtra sans doute singulier et intéressant de voir les centres nerveux baignés dans un liquide qui reste constamment sucré. Ce fait

s''accorde avec une remaïque déjà faite par M. Magendie (i), que le fluide céphalo-rachidien est un des liquides dans lesquels passent le plus facilement les substances introduites dans le sang. Le sucre est donc en quelque sorte normal dans le liquide céphalo-rachidien. Cependant il ne faudrait pas en conclure que le sucre est une de ses parties Constituantes. En effet, si l'on soumet l'animal à l'abstinence, de façon à empêcher pendant quelque temps ce débordement du sucre qui apporte cette substance depuis le foie jusque dans le liquide céphalo-rachidien au moyen du système circulatoire, on voit qu'après quelques jours il n'y a plus de sucre dans le fluide céphalo-rachidien, parce que celui qui y était s'est détruit et qu'il n'en est pas revenu. Ainsi donc, quel que soit le point de l'éconoraie dans lequel on constate le sucre, il a toujours son origine dans le foie, le seul organe du corps qui ait la propriété d'en fabriquer.

§ II. Sj» fot-niation dio sucre dans le foie a lieu par un mécanisme analogue à celui des sécrétions et aux défiens de certains éléments du sang qui traverse le tissu bcpatsqne.

Les questions que nous avons à traiter dans ce paragraphe, comme toutes celles qui se rattachent au mécanisme des sécrétions, sont entourées de difficultés physiologiques et chimiques presque insurmontables dans l'état actuel de la science. Pour le cas particulier, les difficultés sont encore augmentées par la complication de la structure de l'organe hépatique , qui produit une double sécrétion, le sucre et la bile, deux substances dontla constitution est également complexe. Enfin, l'influence immédiate et très considérable du système nerveux sur les actes chimiques qui se passent dans le foie , attache un intérêt très grand à ces ordres de phénomènes, mais nous en rend la nature encore plus impénétrable.

Le foie est un organe glandulaire considérable qui, chez tous les vertébrés, est situé connue une sorte de barrière entre le système abdominal digestif et le système circulatoire général. La veine porte charrie dans cet organe une quantité considérable de sang qui, à chaque période digestive, y arrive chargé des matériaux nutritifs élaborés et rendus solubles par la digestion. C'est alors, sous l'influence du tissu hépatique,

(1). RIagendie, Hec/ictc/ies p/ix.sio/ogi(jucs et cliniques sur le liquide céphalo-rachidien ou ctrébro-sjjinal, Paris, 4842.

et tlu système nerveux qui l'aoîme, que les éléments de ce sang éprouvent des métamorphoses en vertu desquelles ils servent, d'une part, à la production du sucre qui est emporté par les veines hépatiques, et d'autre part, à la formation de la bile qui est excrétée par les voies biliaires (i).

Les parties anatomiques constituantes du foie sont, chez l'homme et les animaux vertébrés, des cellules groupées les unes à côté des autres, de manière à constituer par leur masse un lobule parfaitement visible chez certains animaux , tels que le cochon , et moins évidents chez d'autres et chez l'homme en particulier. Dans le centre de cette agglomération de cellules ou de ce lobule, prend naissance la veine hépatique , et, à sa périphérie, se distribuent les ramifications de la veine porte ainsi que les conduits hépatiques ; ces derniers, par une disposiiion exceptionnelle aux autres glandes, se terminent librement à la périphérie des lobules, sans qu'on puisse établir exactement le genre de rapport qui existe entre eux et les cellules hépatiques.

Avant de connaître la formation du sucie dans le foie, les auteurs avaient cherché à mettre en harmonie la structure anatomique avec la sécrétion et l'excrétion de la bile. Kœlliker (q) admet que la bile est d'abord sécrétée dans le centre du lobule qui contient le plus de sang , et qu'elle est ensuite amenée à sa périphérie, vers l'embouchure des conduits biliaires, en passaut successivement de cellules en cellules, par une sorte d'endosmose indispensable à cause de l'occlusion des cellules hépatiques et de l'absence de conduits dans leur intérieur. Le grand nombre de ces cellules, que la bile serait obligée de traverser avant d'arriver à ses conduits excréteurs, donnerait la jaison, d'après Kœlliker, de la grande complexité de la sécrétion biliaire, parce que le sang subirait dans ce trajet une influence métabolique beaucoup plus prolongée que dans les glandes ordinaires , où il existe une simple couche de cellules. Cette hypothèse exprime le fait anatomique, à savoir que les conduits excréteurs de la bile sont situés à l'extérieur des lobules hépatiques. Mais si l'on voulait faire une hypothèse analogue relativement à la formation du sucre, il faudrait faire

(1) Le sang de l'artèie hépatique qui accompagne les vaisseaux biliaires et la veine porte, donne spécialement des matériaux de nutrition à ces organes.

(2) A. Kœlliker, Bliliroslwpische Ànntom'ie odcr Geivebtehrc des Menscheii. Leipzig, 1852, t. II, p. 221.

marcher ce produit d'une manière inverse à la bile, c'est-à-dire de la périphérie vers le centre du lobule hépatique, pour pouvoir aussi rester d'accord avec le fait anatomique qui montre le conduit excréteur delà matière sucrée, la veine hépatique, placée au centre du lobule. Il resterait ensuite à déterminer comment les nerfs interviennent pour faire marcher ces deux sécrétions en sens inverse, et sur cela nous n'avons aucunes données, même anatomiquement.

Mais, avant tout, il y aurait à résoudre la question de savoir si la bile «t le sucre sont formes par une même fonction et s'ils représentent les produits d'un dédoublement parallèle opéré dans les éléments du san{][, ou si , au contraire, la production de la bile et celle du sucre s'opèrent sur des éléments chimiques différents, et par des métamorphoses séparées, de manière à constituer en réalité deux fonctions à éléments anatomiques distincts, quoique contenus dans le même organe? Celte question, qui est des plus ardues, ne sera résolue que lorsqu'on aura pu démontrer anatomiquement, qu'il y a dans le foie deux espèces de cellules à usages séparés, et que chimiquement, certains principes immédiats du sang forment spécialement le sucre, tandis que d'autres donnent exclusivement naissance à la bile. D'après ce que j'ai vu depuis que je m'occupe de ce sujet difficile, je crois qu'il y a plus de raison pour penser que le sucre et la bile résultent de deux fonctions distinctes , que pour admettre l'opinion opposée, .le vais rapporter , seulement comme un premier essai, les expériences que j'ai faites relativement à la production du sucre, tout en reconnaissant qu'elles sont bien insuffisantes pour juger définitivement im problème aussi compliqué.

Quels sont les éléments du sang qui donnent iiaissance à la formation du sucre dans le foie?

Nous avons dit ailleurs, qu'après la soustraction des aliments la production du sucre dans le foie continue encore à avoir lieu uniquement aux dépens des matériaux du sang; plus tard, celte sécrétion sucrée décroît, et s'éteint graduellement à mesure que par l'effet de lahstinencele liquide sanguin s'use et diminue de quantilé. Toutefois ce résultat ne lient pas seulement à la diminulion delamasse du sang, mais aussi à son appauvrissement; carjemesuis assuré qu en faisant absorber chaque jour une assez grande quantilé d'eau aux animaux pour favoriser

la circulation du sanjj eu augmentant la masse du liquide, la production du sucre n'en allait pas moins en diminuant progressivement et en séteignant.

Alors j'ai pensé que si, au lieu de donner de l'eau pure aux animaux, j y ajoutais une certaine quantité d'un principe alimentaire azoté ou non azoté , ce serait le moyen de restaurer partiellement le sang et de savoir si cet aliment sert ou non à la production du sucre. En un mot, toutes les conditions d'appauvrissement du sang restaient les mêmes , moins la substance surajoutée à l'eau ; et il me semblait légitime, s'il y avait plus de sucre dans ce cas, de l'attribuer au principe alimentaire en dissolution dans l'eau.

D'après cette idée , je choisis quatre chiens qui furent soumis aux expériences suivantes.

Première série d'expérieinces. i° Chien au légimedeteau seule. — Un chien adulte , de petite taille , pesant 4379 grammes, fut d'abord soumis à l'abstinence absolue pendant quatre jours , puis, les six jours suivants, on lui injecta chaque jour dans l'estomac, à l'aide d une sonde ijesophagienne, S^o grammes d'eau ordinaire légèrement tiède. Après ce temps, ce qui faisait en tout dix jours de privation d'aliments, l'animal fut sacrifié par strangulation , une heure après la dernière injection d'eau dans l'estomac.

.Te constatai à l'autopsie, faite avec beaucoup de soins, qu'il existai! encore du sucre dans le tissu du foie, mais en faible quantité. Le dosage donna o,i3 pour loo du tissu du foie. La décoction du foie était légèrement jaunâtre et limpide.

2* Chien au régime de l'eau gélatineuse. — Un chien aduhe et de petite taille, pesant 4910 grammes, fut d'abord soumis à une abstilience absolue pendant quatre jours, afin de laisser les intestins se débarrasser des anciens aliments. (Depuis huit jours le chienne mangeait que de la viande.) Pendant les six jours qui suivirent, on ingéra chaque jour dans l'estomac 870 grammes d'eau ordinaire tiède contenant 20 grammes de gélatine en dissolution. Une heure après son dernier repas liquide, on sacrifia l'animal par strangulation. Gela faisait six jours de régime, comme dans lexpérience précédente; seulement, au lieu d'eau pure, l'animal avait reçu de l'eau gélatineuse. lia gélatine employée était de la gélatine ordinaire du commerce, dite gélatine alimentaire.

A rautopsie, faite avec beaucoup de précautions, j'ai constate que la décoction du foie, jaunâtre et très légèrement louche, renfermait beaucoup de sucre. Ije dosage en donna i gr. 33 p. loo du tissu du foie. 3° Chien au régime de Veau amidonnée. — Un chien adulte et de petite taille^ pesant 4865 grammes, fut d'abord, comme les deux animaux précédents, soumis à une abstinence complète de quatre jours; puis, pendant les six jours qui suivirent, on ingéra chaque jour Î270 grammes d'eau ordinaire, légèrement tiède, contenant en suspension 20 grammes de fécule incomplètement hydratée. On sacrifia l'animal, par strangulation, une heure après la dernière injection de fécule.

A l'autopsie, très soigneusement faite, je trouvai beaucoup de sucre dans le tissu hépatique. Le dosage en donna 1 gr. 26 p. 100 du tissu du foie. Chez ce chien, la décoction hépatique était opaline et blanchâtre comme du lait, ce qui dépendait d'une substance émulsive particulière, dont il a déjà été question, et qui se produit dans le foie sous l'influence de l'amidon.

4° Chien au régime de l'eau graisseuse. — Un chien robuste, de taille moyenne, pesant i3,64o grammes, fut laissé à l'abstinence absolue pendant huit jours ; puis, pendant les six jours qui suivirent, on lui injectait chaque jour dans l'estomac go centimètres cubes de graisse de porc (saindoux) fondue et tiède, et aussitôt après on ingérait sans retirer la sonde œsophagienne 180 grammes d'eau ordinaire. Après six jours de régime l'animal fut comme les autres sacrifié par strangulation.

Tj'autopsie, exactement faite, permit de constater la présence du sucre dans le tissu hépatique, mais en beaucoup plus faible pi'oportion que dans les expériences précédentes. Le dosage donna 0 gr. Ô7 de sucre p. 100 du tissu du foie.

Le réstdtat de cette dernière expérience avec la graisse, comparé à celui obtenu avec la gélatine relativement à la production du sucre du foie, me parut si singulier que je voulus reproduire ces expériences sur d autres animaux, en modifiant un peu le mode d'administration des substances, de façon à avoir des conditions nouvelles et peut-être un peu plus normales.

Deuxiiîme série d'expériences. 1° Chien à l'abstinence complète. — Un chien de taille moyenne, soumis à une abstinence absolue pendant

trois jours, fut sacrifié par In section du bulbe racbidieii. Son foie contenait o gr. g5 de sucre pour loo parties de son tissu ; la décoction hépatique était légèrement jaunâtre, et limpide.

2" Chienne nourrie avec des substances gélatineuses . — Une chienne, de taille moyenne, fut nourrie pendant trois jours exclusivement avec des matières gélatineuses, consistant en pieds de mouton dont ou avait enlevé les os, et qu'on avait fait bouillir avec de l'eau pour en séparer la plus grande partie de la graisse qui venait à la surface du liquide refroidi. Chaque jour l'animal mangeait quatre pieds de mouton avec la gelée qui les entourait. Après trois jours de ce régime, et trois heures après son dernier repas, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien. Je constatai que le tissu de son foie renfei mait 1 gr. 65 p. 100 de sucre. La décoction hépatique était jaunâtre et très légèrement opaline.

3° Chien nourri avec des substances Jéculentes. — Un chien, de taille moyenne, reçut tous les jours, pendant trois jours, une pâtée composée de pommes de terre broyées avec de l'amidon, du sucre et vin peu d'eau. Le chien n'aimait pas beaucoup ce mélange. Cependant les deux derniers jours il le mangea bien. I^e troisième jour de ce iégime alimentaire, et trois heures après son dernier repas, l'animal fut sacrifié par la section du bulbe rachidien. A l'autopsie, je constatai que le foie était très sucré; il renfermait 1 gr. 88 p. 100 de tissu hépatique. Ladécuction du foie était très opaline et laiteuse comme dans la troisième expérience de la première série.

4° Chien nourri avec des substances gr-asses. — Un chien, de taille moyenne, fut nourri pendant trois jours avec du lard cru complètement privé de parties musculaires. Chaque jour l'animal mangea bien, et même avec appétit, 126 grammes de lard coupé en morceaux. Le troisième jour le chien fut sacrifié par la section du bulbe rachidien, trois heures après son dernier repas. Son foie, qui donnait une décoction jaunâtre et limpide, contenait o gr., 88 de sucre p. 100 de son tissu. Ces quatre dernières expériences ont, comme ou le voit, fourni des résultats qui s'accordent très bien avec ceux des quatre premières. Cette concordance sera encore plus facilement saisie dans le tableau comparatif suivant :

Sucre, pour 100, dans le foie chez es chiens,

A l'abstinence à la graisse à la gélatine à la fécule. 1" série d'expériences. . . 0 gT.,13 0 gr.,57 Igr. ,35 1 gr.,50 2« série d'expériences, . . 0 ,95 0 ,88 1 ,65 1 ,88

J'avoue que j'ai été très surpris de l'espèce d'influence que ces diverses alimentations ont exercée sur la production du sucre dans le foie. Cependant ces résultats sont positifs, et je ne trouve rien à reprocher aux expériences, l^es animaux étaient placés dans des conditions expérimentales analogues, sauf le principe alimentaire sur-ajouté qui seul différait. Dans la première série d'expériences, l'abstinence et l'alimentation exclusive ont été poursuivies assez longtemps; cependant aucun des animaux en expérience n'était encore languissant ni malade; seulement,le chien àlagraisse delà qualrième expérience a rendu, pendant les derniers jours, quelques excréments avec des stries sanguinolentes et à l'autopsie il y avait un peu de rougeur de la membrane muqueuse intestinale ; mais les vaisseaux chylifères étaient parfaitement pleins et très bien injectés par de la matière .grasse émulsionnée. Quant aux chiens de la deuxième série d'expériences, ils étaient vigoureux, vifs, et avec toute l'apparence de la santé au moment où ils furent sacrifiés.

Tvcs conclusions qu'il y aurait à déduire de ces premières expériences, à l'égard de la formation du sucre , sont très intéressantes ; et elles différeraient, comme on le voit, pour la graisse, \a gélatine et lajécule.

x" Animaux à Vabstine72ce. — Nous nous sommes expliqué ailleurs relativement aux effets de l'abstinence, sur la production du sucre dans le foie. Ces animaux n'ont été introduits dans ces expériences que pour donner un point de comparaison et servir à isoler en quelque sorte le phénomène sur lequel devait porter l'expérimentation. En effet parmi nos quatre chiens de la première série, par exemple, le premier recevait de 1 eau pure ; le second, de l'eau-}- graisse ; le troisième, de l'eau -f- gélatine ; le quatrième, de l'eau -|- fécule. Pour apprécier le rôle appartenant à chaque substance alimentaire, nous n'avons qu'à soustraire par la pensée, de chacun des trois derniers chiens, le chien à l'eau pure, et la différence qui nous restera sera nécessairement due à la substance surajoutée à l'eau.

20 Graisse. — Cette substance a été émulsionnée dans l'intestin, et absorbée, comme cela était visible à l'autopsie des animaux, Cepen-

dant on peut conclure que ce qui a été absorbé de cette substance n'a servi à rien pour la production du sucre dans le foie ; car nous constatons que, sous le rapport de la quantité du sucre qu'il contient, le foie des animaux à la graisse est tout à fait comparable à celui des animaux à l'abstinence.

La graisse ne servirait donc pas à faire le sucre dans le foie; mais servirait-elle à faire autre cbose? Bidder et Schmidt (i ) ont remarqué que chez les animaux (chats) la sécrétion de la bile diminuait aussi par l'alimentation graisseuse. Cependant Schmidl a (2) émis sur cette formation de la bile aux dépens de la graisse une hypothèse qui s'accorderait avec les analyses de sang faites par Lehmann (3), qui démontrent qu'une certaine quantité de graisse se détruit dans le foie. En effet, le sang de la veine porte contient plus d'élaïne que le sang des veines hépatiques. Si, d'après cela, on admet que la graisse, disparue dans le foie sert à la formation de la bile, cette dernière devrait se produire indépendamment de sucre , d'où il faudrait conclure que la bile et le sucre sont des produits fabriqués avec des matériaux différents et par des phénomènes de dédoublement , indépendants et distincts. Cette formation delà bile par la graisse serait encore appuyée par cette observation physiologique que les animaux gras font beaucoup moins de bile que ceux qui maigrissent. Mais cependant, comme la bile renferme de l'azote dans ses parties constituantes, il serait impossible de ne pas faire intervenir , dans une certaine proportion, les principes azotés dans la formation de cette sécrétion.

3* Gélatine. — J'ai choisi la gélatine pour mes expériences, comme étant un des aliments azotés les plus faciles à se procurer à peu près purs. Son action sur la production du sucre dans le foie est des plus remarquables. Sous son influence, le sucre s'est maintenu dans sa proportion à peu près normale, malgré une abstinence de dix jours dans un cas. Les chiffres 1 gr.,33 et 1 gr. ,65 p. 100, sont, en effet, des nombres normaux pour le chien, si on les compare à ceux consignés dans le tableau récapitulatif à la fin du chapitre premier. La singularité de ce résultat a dû me faire redoubler de précautions pour bien l'observer.

(1) Bidder et Scliinidt, T'crdaangssœfte undStoffwechscl, 1851, p. 125.

(2) C. Scliinidt, Charact. des Choiera, toc. cit., et Verdaungsscefte, p. 237.

(3) C.-G. Lehmann, toc. cic.

Aussi, dans les deux cas j'ai retiré du lissa dufoie, par la fermentation avec la levure de bière, de l'acide carbonique et de l'alcool, que j'ai reconnus à tous leurs caractères. Si de nouvelles expériences vérifiaient pour les autres matières azotées, telles que la fibrine ou l'albumine, la même action sur la production du sucre, il faudrait admettre que les substances alimentaires azotées donnent les éléments qui servent à la formation du sucre dans le foie. L'analyse chimique appuie ces résultats des expériences physiolo^>iques; Lelimann a constaté que (/oc. cit.) le sang de la veine porte, en traversant le foie, perd une certaine proportion de ses principes azotés et que la fibrine y diminue considérablement.

4° Fécule. — Toute la fécule donnée aux chiens n'a pas été digérée et absorbée ; j'en ai retrouvé de très grandes quantités qui passaient dans les excréments à l'état de fécule. Cependant une certaine proportion a été changée en sucre (glucose) dans l'intestin et absorbé à l'état de sucre. .îe m'en suis assuré en constatant la présence du sucre dans l'intestin et dans le sang de la veine porte convenablement extrait au moment de l'autopsie. H n'y a rien de surprenant qu'avec un pareil aliment le sucre se soit maintenu dans le foie. Il est seulement remarquable qu'on n'en ait pas eu une plus grande proportion. Les chiffres 1 gr.,25 et 1 gr.,88 pour loo ne diffèrent pas en réalité de ceux indiqués pour la gélatine et de ceux que nous avons trouvés ailleurs pour des alimentations mixtes.

Nous avons encore eu ià cette matière hépaliqiie blanchâtre lactescente , dont nous avons déjà parlé et qui semble caractériser l'alimentation féculente et sucrée. Il paraît bien certain que cette substance est le résultat d'une métamorphose spéciale du sucre en excès qui arrive au foie. Sou aspect émulsif et quelques autres caractères font penseï' à une matière protéique unie à une matière grasse. Cette dernière hypothèse du changement du sucre en graisse trouverait une analogie dans ce que nous ont appi is les expériences de MjM, Liebig et Grundlach (i), et celles de MM. Dumas et Milne Edwards ('j), sur la production de la cire chez les abeilles, aux dépens du sucre.

(l)Justus Liebig, Cliimic organique appUijuée à la physiologie végétale et à l'agriculture. Traduit pai- M. Cli. Gerhardt. Paris, 18it, p. 315.

(2)Dumas et Milne Edwards, Note sur la production de la séi'c des abeilles. (Compter rendus de l' Académie des sciences, t. XXII, p. 531.)

D'après tout ce qui a été dit, on doitse figurer le foie comme un véritable laboratoire. chimique dans lequel les éléments du sucre, ceux de la bile, du sang et des aliments, se combinent, se groupent et se dissocient de mille manières, pour les besoins de la nutrition. Mais, en supposant qu'on connût tous les secrets de ces mutations et métamorphoses chimiques, comment comprendre, dans ces actes si divers le rôle des capillaires et des cellules hépatiques (i), et surtout celui de l'influence si indispensable du système nerveux? Nous pouvons répéter, en finissant ce paragiaphe , ce que nous disions au commencement: Toutes ces questions sont encore entourées de la plus grande obscurité. En rapportant ces premiers résultats d'expériences, j'ai voulu attirer sur ce sujet l'attention des anatomistes, des physiologistes et des chimistes, car il n'est pas trop des lumières de tous pour des problèmes aussi vastes et aussi complexes.

§ III. S(c la production Au sncrc dans le foie ciicz les animaux vertébrés suivant l'sVgc, le sexe, etc.

^ge. — J'ai trouvé que le foie commence à produire du sucre chez l'homme et les animaux, déjà pendant la vie intra-utérine. Et ensuite cette fonction continue jusqu'à la mort sans s'interrompre, si ce n'est accidentellement et pendant des espaces de temps très courts. Il est difficile de dire précisément à quel âge le foie du foetus commence à former du sucre. Cependant, d'après les observations que j'ai pu faire jusqu'ici, il m'a semblé que cette fonction glucogénique commençait pour l'homme vers le cinquième ou sixième mois de la vie intra-utérine. Pour les animaux, cela varie nécessairement suivant la durée du temps de la gestation. A son début, la production du sucre dans le foie est faible et peu considérable, puis elle va peu à peu en augmentant jusqu'à la naissance: c'est ce que paraissent montrer les chiffres suivants, si on les compare avec ceux obtenus chez les animaux adultes de même espèce.

(1) En examinant au microscope les divers aspects des cellules pendant des états différents d'alimentation, d'abstinence ou de digestion, il ne m'a pas encore été pos* sible jusqu'ici de saisir rien qui éclairât le mécanisme de la formation du sucre dans le foie.

Age (de la îie intra-utérine.) Quantité de sucre dans le fote.

Fœtus humain 6 1/2 mois 0 gr.,77 pour 100 ,'

Fœtus-veau. , ... 7 à 8 mois 0 ,80

Fœtus -chat à terme 1 ,27

.le n'ai pas fait d'observation pour savoir si la fonction gluco^^énique subit des changemenls chez les vieillards. Cette question de l'influence de l'âge, pour être traitée, devrait nécessairement reposer sur un très grand nombre de faits.

Sexe. — Les expériences que j'ai rapportées sur les aninaaux de tout sexe , quoique très nombreuses , ne peuvent pas servir pour établir s'il y a, ou non, une différence dans la quantité de sucre produit chez les mâles ou les femelles, parce qu'elles n'ont pas été faites à ce point de vue. Je veux seulement rappeler ici que chez les femelles , l'état de gestation et de lactation ne semble pas modifier sensiblement la formation du sucre dans le foie. Sur des vaches et des lapines à l'état de lactation et qui sécrétaient par conséquent du sucre de lait, j'ai bien souvent cherché, mais en vain, la présence du lactose dans le foie. D'où il faudrait admettre que ce sucre se forme dans la mamelle ; il diffère,du reste, considérablement du sucredu foie par sa difficulté à éprouver la fermentation alcoolique au contact de la levure de bière.

L'époque du rut ne parait pas non plus exercer une influence évidente sur la production du sucre dans le foie chez les animaux mâles ou femelles.

Classe et espèce an/mate. — Il serait intéressant sans doute de suivre les différences que peut présenter la formation du sucre dans le foie chez les différentes classes ou ordres d'animaux vertébrés. Pour le moment j'indiquerai seulement ici un rapport général que j'avais déjà signalé dans mon premier mémoire, en i848 (i), à savoir que dans l'état physiologiquCj ]ii formation du sucre augmente avec un accroissement correspondant dans la fonction respiratoire. De sorte que d'une manière générale on peut dire que les animaux qui respirent le plus activement sont ceux qui forment le plus de sucre dans le foie. Dans l'abstinence et l'hibernation où nous avons vu cette

(1) De l'origine du sucre dans l'économie animale {foc. cit.).

fonction diminuer, la respiration est également ralentie quant à son nombre et à sou intensité. En consultant notre table récapitulative à la fin du chapitre premier, il semble qu'il y a quelques espèces d'animaux, tels que les chats, les chevaux, qui présentent assez régulièrement un chiffre plus élevé dans la quantité du sucre du foie. L'évaluation ainsi faite serait insuffisante, parce qu'il ne faut pas seulement comparer les foies les uns aux autres, mais il faut ramener la quantité de sucre qui y est contenue au poids total du corps. On comprend, en effet, qu'un animal pourvu d'un foie peu volumineux pourrait avoir un chiffre très élevé pour le sucre dans le foie, et cependant un chiffre très bas pour le sucre ramené au poids du corps. Dans un autre travail, plus tard , à propos de la destruction et des usages du sucre dans l'organisme, nous reviendrons sur toutes ces questions.

Etat de santé ou de maladie. — La quantité de sucre produit dans le foie est d'autant plus considérable que la santé est plus parfaite. Je ne veux pas examiner ici l'influence spéciale de certaines maladies sur la formation du sucre dans le foie, je désire seulement indiquer que cette fonction, qui débute avant la naissance et qui, à l'état physiologique, se continue d'une manière non interrompue jusqu'à la mort, peut cependant être arrêtée temporairement quand il survient un état maladif. Les productions morbides développées dans le foie n'arrêtent pas la formation du sucre, parce que les parties non altérées du tissu hépatique continuent à fonctionner. J'ai bien souvent examiné des foies de lapin ou de mouton qui étaient comme criblés par des douves ou des distomes, et cependant il y avait encore beaucoup de matière sucrée. J'ai rapporté (p. Sg) une analyse faite sur un foie de veau rempli d'hydatides, qui cependant était bien sucré. Chez un surmulot qui avait la moitié du foie et la partie correspondante du diaphragme envahies par une tumeur cancéreuse, j'ai trouvé beaucoup de sucre dans la portion du foie restée saine. La fonction du foie est particulièrement arrêtée par les maladies dites inflammatoires , ou dans des lésions traumatiques qui , produisant de la fièvre et retentissant plus on moins sur l'organisme, amènent une suspension des phénomènes digestifs. C'est ainsi qu'un chien auquel on aura fait une grave opération sur le ventre, la poitrine ou sur la cavité cérébro-spinale, ou chez lequel on aura injecté quelque substance putride dans les veines, etc., deviendra triste, malade, ne mangera plus ou peu, et alors

le sucre aura disparu de son foie. On ne pourrait pas attribuer cette absence du sucre dans le foie à la cessation de l'alimentation ; en effet, dès le lendemain de la maladie, la matière sucrée manque, tandis que dans l'abstinence simple,cefte disparition n'a lieu qu'après douze à quinze jours, l^a maladie a donc arrêté la formation du sucre, et après que la quantité qui existait dans le foie s'est trouvée détruite, il ne s'en est plus reproduit. Cet arrêt de la fonction sucrée dans le foie peut du reste arriver de bien des manières ; j'en donnerai le mécanisme ailleui\s, en traitant de la paralysie du fuie, il faut donc être prévenu que si l'on prend le foie d'animaux lanfjuissants, malades ou morts de maladie, on n'y trouvera que très peu ou pas de sucre, à moins que la mort ne soit venue en très peu d'heures, sans agonie, et que toute la quantité de sucre hépatique n'ait pas eu le temps de se détruire. Il serait intéressant de savoir si la suspension de la fonction glucop^énique du foie peut être longtemps compatible avec la vie. D'après les expériences que j'ai faites à ce sujet sur des chiens, il ne me paraît pas que cette suppression, si elle est bien complète, puisse durer au delà de quelques jours sans amener la mort.

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