‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 107 sur 225 · FAUNE, HABITANTS DE L'ÉTINOPIE MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

FAUNE, HABITANTS DE L'ÉTINOPIE MÉRIDIONALE

sant de l'Aouach, tributaire de la mer Rouge; en outre, une grande parie du plateau qui limite le Choa vers le nord est habitée par des populatons d'origine galla, Au point de vue ethnologique, le Choa forme done une sorte de massif insulaire : les Éthiopiens proprement dits y sont enveloppés par les Tlm-Orma, de beaucoup les plus nombreux, mais épars en tribus diverses, dont les alliances se forment et se brisent suivant les intérèts momentanés et les caprices des chefs. Les mœurs des habitants du Choa sont les mêmes que celles des Amhariniens, si ee n'est qu'ils obéissent plus humblement à leur roi : le peuple entier est asservi au souverain ; les esclaves proprement dits sont peu nombreux et la vente des nègres est interdite aux chrétiens, mais eux tous sont autant d'esclaves, que le maitre peut dépouiller de leurs biens et priver de la vie. Quelques communautés de Falacha où Fendja sont éparses dans le Choa, et d'ordinaire on range parmi ces juifs abyssins la secte des Tabiban, qui possèdent un monastère dans le voisinage immédiat d'Ankober, au milieu des forêts de l'Emamret ; le respect qu'on a pour eux provient de la frayeur qu'ils inspirent comme nécromanciens. Comme dans l’Abyssinie proprement dite, les mahométans du Choa ont été forcés à la conversion, mais ils furent jadis très nombreux, et le nom de djiberti, sous lequel ils sont connus dans toute l'Éthiopie, rappelle que la ville maintenant disparue de Djabarta, dans l'Ifat, fut une de leurs cités saintes. Les étrangers, surtout des Français et des Italiens, sont relativement nombreux dans le Choa, et depuis les visites de Rochet, de Lefebvre, de Harris, de Combes et Tamisier, d'Isenberg et Krapf, des centaines de missionnaires, d'industriels et de marchands se sont présentés dans la cour errante des successeurs de Sehla Sellasié: mais jusqu’à présent les inventions européennes n’ont eu que peu d'utilité : fabriques d'armes, poudreries et moulins n’ont point réussi, et les concessions de chemins de fer faites à des visiteurs n’ont témoigné que de la bonne volonté du roi de Choa d'entrer en relations directes avec de puissants alliés d'outre-mer. Les voyages d'exploration scientifique dans le pays galla, interrompus depuis l'expédition du missionnaire Fernandez, au commencement du dix-septième siècle, jusqu'à celui de M. Antoine d’Abbadie, deviennent aussi plus fréquents, grâce à l’extension du pouvoir éthiopien dans ces contrées; mais les dangers sont grands encore, et des deux Italiens, Chiarini et Gecchi, qui poussèrent récemment jusqu'à Bonga, l’un succomba à la latigue, l’autre fut sauvé à grand’ peine par l'intervention du râs du Godim. Le problème qui amena M. Antoine d’Abbadie dans ces contrées,

c'est-à-dire la reconnaissance complète du cours du fleuve de l'Éthiopie

méridionale, n’est pas encore résolu ; on ne sait pas si, après avoir décrit

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sa grande courbe à l'est du Kaffa, le cours d'eau qui continue la Gougsa ot reçoit le Godjeb se retourne à l'ouest pour couler vers le Nil ou s'iloblique , , , 0 Q [LE « ‘ vers l'océan Indien, mais il est probable qu'il descend à l'est pour for. mer le Djouba : ee n'est point le Nil, ainsi que le crut M, d'Abbadie,

Dans l'espace triangulaire compris entre la chaîne éthiopienne, li mer Rouge et le cours de l'Aouach, le gros des habitants, nomades où séden. laires, constitue la nation des Afar où Afer, c'est-à-dire des « Errants ». désignés plus communément par les Européens sous le nom de Danakil: dans le voisinage de l'Aouach, on les appelle ordinairement Adel où Adail d'après la tribu des Ad-Ali, l'une des plus puissantes; mais de tribu À tribu les différences de mœurs, de coutumes, de dialectes sont peu cons. dérables et s'expliquent par le passage plus où moins fréquent d'étrangers sur les routes de caravanes, Les Danakil eux-mêmes se disent Arabes, comme tant d'autres peuplades de l'Afrique orientale, et eette prétention peut s'expliquer par des croisements locaux ainsi que par la conversion nominale des Mar à Fislam; mais il n'est pas douteux que l'ensemble de la nation ne se rattache aux Galla de l'ouest, aux Choho du nord, aux Somal du sud ; ils parlent également une langue d'origine hamitique et présentent un type physique analogue. La plupart sont encore fétichistes : dans l'aride région du lac Alalbed, ils adorent un arbre solitaire, un eæsalpinia à la belle floraison rose; ailleurs ils portent leurs offrandes au sycomore, Ce sont en général des hommes de belle taille et d'une grande souplesse, el comme danseurs ils ont une singulière élégance ; les femmes, dont le vi. sage n'est jamais voilé, ont dans leur courte jeunesse des formes admiables, mais leur vie de labeur dans ce pays de laves et de sables, sous le climat le plus brûlant de la Terre, les a bientôt flétries. Plus sommairement vêtus que les Abyssins et les Galla, les Danakil ne portent qu'un pagne d’étoffe multicolore et une Loge ou chamma, remplacée souvent par une dépouille d'animal jetée négligemment sur l'épaule; les hommes passent un dard de pore-épie dans leur chevelure savamment tressée; comme les Galla, ils sont très fiers quand ils peuvent l’orner d'une plume d'autruche, témoignage du meurtre d’un ennemi. Dans la région septentrionale, les cabanes des Afar sont décorées avec beaucoup de goût : le sol est couvert de nattes à fond jaune, brodées de dessins rouges et violets".

Les Afar sont un peuple indépendant, Divisés en deux groupes princi-

# Hildebrandt, Zeitschrift für Erdhunde zu Berlin, 1855.

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paux, les Asahian ou Asaïmara et les Adohian ou Adoïmara, et en de nombreuses tribus où kabilet (kabaïl), — au nombre de cent cinquante ou davantage, — qui se liguent où se séparent suivant leurs intéréls, ils reconnaissent des chefs héréditaires, appelés sultans où rds, d'après l'importance de la tribu; mais ces chefs ne sont nullement des maitres + ce sont les exécuteurs de la volonté de tous, exprimée à la majorité des suffrages dans les assemblées générales. Contre l'ennemi, tous se réunissent et combattent avec frénésie pour le maintien de leur liberté, La peuplade la plus puissante est celle des Modaito, qui possède toute la région du bas Aouach, le lac Aoussa et les pâturages de l'intérieur entre Kad et Raheïta, Nul Européen n'a traversé leur territoire sans s'être réclamé de la qualité d'hôtg ou avoir demandé la fratermté du sang; les deux nouveaux frères corgent un bœuf dont ils versent le sang sur leur front et dans la peau luquel ils découpent des lanières pour se faire des colliers et des bracelets". Vers IS40, les Arabes de Zeïla, renforcés par des immigrants du Yemen et par des mercenaires persans où baloutches, s'avancèrent dans le pays des Danakil jusque dans le voisinage d'Aoussa, mais il ne revint pas un seul des assaillants, En 1875, un adversaire plus redoutable que les Arabes de la côte essaya de forcer le passage : à la tête de 550 Égyptiens armés de fusils perfectionnés et traînant des pièces de canon, le pacha Munzinger voulut s'ouvrir une route vers le Choa, peut-être avec l'ambition de conquérir ce royaume pour le vice-roi d'Égypte; mais la même tribu des Modaïto qui avait exterminé les hommes de la première expédition se rua sur la seconde avec le même succès. Munzinger périt avec la plupart des siens sous les lances des Danakil, « Les fusils, disent-ils, ne servent qu'à cffrayer les peureux* ! »

Les eaux de la montagne se perdant au milieu des sables et des laves avant d'atteindre la mer, les Danakil ne peuvent se livrer à l'agriculture, si ce n'est sur les hords de l'Aouach, où se voient quelques jardins, bien insuffisants d'ailleurs pour fournir aux habitants les vivres nécessaires. Ce sont les bénéfices du commerce qui permettent aux Danakil de se procurer dans les ports du littoral et dans les villes du Choa les denrées alimentaires. Au passage, chaque caravane acquitté dans les eampements un droit de douane établi par l'usage; mais, en échange, elle a droit à la protection de la tribu, et, grâce à ses guides el aux sauf-conduits, elle chemine sans danger entre la mer et les montagnes. Souvent les souverains d’Abyssinie

!Autonelli, Esploralore, dic. 1883.

* Antonelli, Bollettino della Socità Geografica italiana, 1885.

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ont voulu fermer au commerce telle ou telle route du désert pour en ouvrir

, s + . . FS . F à d'autres à leur profit; mais leur pouvoir s'arrête aux limites de la plaine,

et là ce sont les Danakil qui, du boat de leur lance, montrent la route à suivre. Dans là partie septentrionale du désert, la tribu des Taltal, qui, d'après Rüppell, ressemble beaucoup aux Abyssins par les traits du visage, s'occupe spécialement de l'exploitation du lac de sel Alalbed et vend aux Éthiopiens du plateau les tablettes taillées dans les dalles salines. Les Taora et les Saorta, qui vivent au sud de la baie d'Adulis et dans la péninsule de Bouri, sont aussi des Afar, modifiés par leurs croisements avec les Alyssins, et parlent le dialecte du Tigré, très fortement mélangé de mots arabes! : d’après Rohlfs, les femmes des Taora et des Saorta seraient en proportion des hommes d’une petitesse de taille extraordinaire. Les Danakil du nord ont pour chefs ou redanto des magiciens qui sont en rapport avec le monde des esprits et qui connaissent l'étoile patronne de chaque homme, La dignité de redanto est héréditaire, mais à la condition que le fils soit sans lare physique ou morale; ii ne saurait converser avec les esprits s'il n'était sain de corps et d’intelligence*. Sur les eôtes de la mer Rouge, quelques familles d'Afar vivent de la pèche et se hasardent au loin dans la mer sur des bateaux qui se redressent en pointe à la proue et à la poupe et dont la grande voile carrée se compose de nattes. Jadis ces barques étaient fort redoutées des navigateurs de la mer Rouge : les Danakil, aussi hardis sur l’eau que sur la terre ferme, attaquaient souvent et capluaient de grands navires marchands, mais ils ont dù abandonner leur métier de pirates depuis que des canonnières à vapeur peuvent les poursuivre dans les petites criques du littoral et le dédale des îles coralligènes. Les fils des corsaires n'ont plus d'autre occupation que la pêche, ce sont les seuls marins de là mer Rouge qui poursuivent encore le dugong ou lamentin®; de ses os ils tournent des perles moirées employées dans la fabrication des rosaires.

La race des Somal, parents des Afar par les traits, la langue et l'origine, est représentée dans le bassin de lAouach, entre la baie de Tadjoural et le royaumede Harrar. La puissante tribu des Issa, qui parcourt cette région, franchit même une fois par.an le cours de l’Aouach pour entrer dans les plaines des Danakil, La cause de cette émigration temporaire provient de l'inégalité des elimats : les pluies ne tombent pas dans la même saison sur les bords de la mer Rouge et de la manche d’Aden. Immédiatement après

G. Rohlfs, Meine Mission in Abessinien.

Leo Reinisch; — Fr von Hellwald, Naturgeschichte des Menschen. 5 Eduurd Rüppell, Reise in Abyssinien.

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