N° 65, — PAYS DES LEGA
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une forte part de sang nègre, et si le teint est plus noir chez elles, les traits sont en général plus beaux et le corps plus charnu ; leur caractère aussi est
plus joyeux : ces mulâtres n'ont pas l'aspect mélancolique des autres Lega,
qui d'ordinaire se tiennent appuyés sur leur lance, la tête penchée sur l'épaule droite : Schuver les compare à des grues. Les Lega sont une des na-
! Taille moyenne des hommes, d'après Schuver : 1",60 à 1,75; » » femmes » » 1,90 à 1",60.
tions les plus nombreuses des plateaux, comprenant au moins une cenlaine de mille individus; leur roi peut ranger en bataille vingt mille guerriers, sans compler les troupes nègres de ses vassaux; mais il n'abuse pas de sa puissance pour faire des conquêtes. Peuple pacifique et débonnaire, les Lega laissent aux femmes une grande liberté d’allures et permeltent aux esclaves de travailler à leur guise. Eux-mêmes sont de lahorieux agriculteurs; ils eultivent avec amour la terre rouge de leurs admirables vallées et se reposent le soir devant les huttes en fumant des narghilé dont le globe est une citrouille, ou en mâchant des baies de café, rôties avec du sel, du beurre et de l'oignon. Ils ne payent aucun impôt à leur roi, mais les tribus se chargent alternativement de cultiver et de moissonner les champs qui doivent le nourrir lui et sa famille; c’est lui qui fixe les amendes lorsque ses sujets ne préfèrent pas régler leurs disputes par la loi du talion. La nation reconnait aussi un grand-prètre, qui célèbre les mystères sacrés dans une kinissa, nom local qui paraît dérivé du terme «kilissa », — c'est-à-dire église, — employé par les populations chrétiennes du plateau oriental. Quand il abat un animal, le sacrilicateur ne manque Jamais de se baigner le front dans le sang et laisse les eaillots sécher sur ses joues en croûtes noirâtres. Mais l’ancienne religion paraît ètre sur le déclin, et les missionnaires zélés qui enseignent l'Islam acquièrent une influence croissante; il est probable qu'en un petit nombre d'années les Lega seront entrés dans le giron du mahométisme. Au milieu des Lega vivent quelques milliers de Denka, venus en suppliants dans le pays et travaillant en qualité d'esclaves. N'ayant aucun moyen de fuir devant les négricrs dans les plaines rases du Sobat et du Yal qu'ils habitaient jadis, ils ont dù se réfugier dans les montagnes en s’offrant aux indigènes comme porteurs et mercenaires. Ces Denka se distinguent des autres tribus par deux ou trois traits horizontaux qu'ils se sont marqués sur le front en gardant pendant plusieurs semaines des tiges de céréales fortement liées autour de la tête. Ils ne se marient point avec les femmes du pays et le manque de femmes les oblige à pratiquer la polyandrie, qui est devenue chez eux une institution légitime réglée par des cérémonies. La capitale du pays lega est le bourg de Goumbali, situé à 1980 mètres d'altitude sur un des hauts affluents du Djabous, Le village papal, Gobo, est pius au sud, à 2260 mètres de hauteur’,
A l'occident des montagnes du Damot, les massifs avancés sont habités par de nombreuses peuplades changalla ; mais la nation la plus puis-
4 J, M. Schuver, mémoire cité.
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sante est.celle qui habite les deux vallées du Djabous et du Toumat, tri-
butaires du Nil Bleu, et les montagnes du faite, entre les deux versants, du Bahr c!-Azraq et du Bahr el-Abiad, Ces nègres, les Berta, qui seraient au nombre d'environ 80 000 et qui sont généralement désignés par les Arabes sous le nom de Djebalaïn ou « Montagnards », appliqué aussi à d'autres peuplades, ont les cheveux crépus, les lèvres saillantes, la face aplalie, moins toutefois que leurs frères de race dans l'Afrique occidentale; mais ils ont la taille fort bien prise, les membres souples et lorts : le guerrier berta, armé de la lance et du bouclier, est de superbe apparence. Les femmes s'ornent le visage au moyen d'un anneau d'argent ou de cuivre passé dans une narine et d’un cerele de fer traversant le haut de l'oreille gauche; les jeunes gens s'attachent aux tempes ou au cou des défenses de sanglicrs ; dans les grandes occasions, hommes et femmes se peignent le corps en rouge comme les guerriers bàrt; dans quelques tribus, les femmes se latouent le visage, de manière à produire une quanité de petites pustules qui ressemblent à celles de la variole". En d'autres peuplades, les guerriers ont un tatouage assez élégant qui consiste à découwir l'épiderme de façon à figurer des arabesques élégantes, mais le privilège d'un pareil tatouage n'est accordé par la coutume qu'aux vainqueurs ayant coupé une ou plusieurs têtes*, Les Berta, de même que toutes les autes peuplades nègres du Nil Bleu, sont composés exclusivement d'agrieulteurs : elle est la cause principale de leur contraste avec les nègres du Nil Blanc, tous éleveurs de bétail, La langue des Berta appartient à la même famille que celle des Chiloûk, Nouër et Denka, mais l'arabe est devenu chez eux la langue policée, depuis que la contrée, d'abord par la conquête égyptienne, puis par le soulèvement général des populations nlotiques, est entrée dans le cercle d'attraction de l'Islam : ce sont des Arabes qui administrent les villages et qui choisissent le chef de la tribu: dans chaque village indépendant s'est établi quelque marchand arabe faisant fonction de consul pour la protection de ses compatriotes ; grâce à lui, l'inconnu est accueilli comme un frère. On égorge un mouton où une chèvre dont le sang est recueilli dans une calebasse; tous les assistants empent leur main dans le vase et se la serrent mutuellement, toute dégouttante de sang ; les pointes ce lances aspergées se délourneront désormas de l'étranger, Les Berta sont de grands discoureurs et tiennent sou-
vent des conseils où chacun pérore à son tour, secondé par un approbateur
! Frédévie Cailiaud, Voyage à Mercë.
* Kovalevshiv, Annales des voyages, 1850, n° XI,
qui se tient à ses côtés; mais il n'a pas d'interrupteurs : mieux élevés que les Occidentaux, les Berta attendent toujours la fin d'un discours avant d'y répondre". Si ce n’est dans les districts du nord, où tous les jindigènes se réclament de l'Islam, la religion des Berta est encore en grande partie animiste : lors de la nouvelle lune, ils dansent à Ja Jumicre des astres et terminent leurs fêtes par des orgies; pour amulettes, ils ont cerlaines racines, des fleurs, et le scarabée, probablement une espéce de bousier (ateuchus Ægyptorum) : après deux mille années, l'influence ésyplienne se retrouve chez ces peuples obscurs du haut bassin nilotique!, Is ont aussi, de même que les Bouroun et d’autres tribus arabisées’, des tarambich, casse-tête en bois recourbé dont la forme diffère peu de celle des boumerang; d'après quelques auteurs, ils ne lanceraient pas ces bàtons à la façon des Australiens, ils le garderaient à la main et dans leurs escalades des montagnes s’en serviraient pour s'accrocher aux branches des arbustes où aux saillies des rochers; mais l'explorateur Marno, qui à parcouru ces contrées, affirme dans ses récits qu'il a vu des indigènes lancer le Larambich, de même que le couldeba, arme de fer plus redoutable encore, recourbée en forme de faucille”. Schuver confirme ces observations, mais, d’après lui, les Berta ne sauraient pas faire revenir larme à l'endroit précis d'où elle a été lancée. Il n'y a point de villes proprement dites dans le pays des Berta, Leur village le plus important, Kirin, situé sur le versant occidental des monts, dans le bassin du Yavach ou Yal, se compose de grandes cabanes éparses entre les énormes blocs granitiques d'un éboulis. Nulle assemblée nationale n’est plus pittoresque d'aspect que celle de Kirin; chaque rocher porte son groupe d’hommes dans les altitudes les plus diverses, debout, couchés, accroupis ou se retenant aux saillies. Plusieurs tribus berta ont des chefs qui portent le titre de rois, mais dont la puissance est très précaire, Dès que le mek ne plait plus à ses sujets, hommes et femmes se réunissent et viennent lui déclarer que Lous le haïssent, jusqu'au bétail et aux poules, et qu’il est temps pour lui de mourir, puis on le pend à un arbre voisin. Si la maladie empêche le roi de tenir chaque jour sa cour de justice, son influence devient néfaste au lieu d’être favorable et le gibet en débarrasse son peuple‘, L'infidélité de la
femme est toujours punie de mort.
1 Hartmann, Die Vôlker Afrikas.
2? Frédéric Cuilliaud, ouvrage cité,
5 Ernst Marno; — Hartmann und Barnim, ouvrages cités.
* Rich, Lepsius, Briefe aus Ægypten, Æthiopien und der Haicinsel der Sinaï; — E. Marno; — Hartmann et Barnim, ouvrages cités.
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Au nord et au nord-est des Berta, la « marche sans maitres » qui sépare le Nil Bleu des plateaux éthiopiens de l'Agaoumeder, est occupée par de nombreuses tribus d'origines diverses : on y parle cinq langues,