PEUPLES DU KORDOFAN
chameau ; ils cultivent aussi le sol dans les terres basses qui bordent le Nil 4 x fondent des villages permanents ; prudents convoyeurs, ils accompanent les caravanes d'Ef-Obeïd aux stations du Nil. Quelques tribus de Kababich portent d'immenses chapeaux, pareils à ceux des kabyles de Tunis et d'Alger". Les Baggàra n'ont d'autres travaux que ceux de paitre leur bétail, de chasser l'éléphant, le buffle et d'autres grands animaux et parfois de courir sus à l’homme. Dès que les pâturages n'offrent plus une nourri- “re suffisante à leurs troupeaux, ou lorsque le taon s'acharne à la pourœite du bétail, ils lèvent leur camp ou fergan, chargent sur les bœufs ls nattes qu'ils avaient disposées en forme de tentes, et, suivis de la bande iéroce de leurs petits chiens, ils émigrent vers un autre site de la steppe. Carlo Piaggia rencontra une de ces caravanes de Baggära fugitifs, qui se développait sur une longueur de # kilomètres : hommes et bestiaux, elle comprenait au moins cinquante mille individus; des oiseaux, comme entrainés par la colonne d'air que déplaçait la caravane, tourbillonnaient par myriades autour des animaux, les débarrassant de leurs parasites *. La plupart des Baggâra ont la peau rouge de l’indigène américain et pour la beauté du corps, la forme athlétique de la poitrine et des épaules, l'élézance des mains et des pieds, ils n'ont que peu de rivaux parmi les hommes. Leur costume est le même que celui des villageois du Kordofän : eux aussi portent une espèce de chemise blanche, rayée de rouge, qui aie le bras droit à découvert; ils s’ornent de verroteries, d'anneaux, d'objets en ivoire et en corne. Les femmes suivent encore pour leur cheveore l'antique mode égyptienne représentée sur les monuments, et leurs resses, qui tombent devant à la moitié du front et des deux côtés sur es épaules, sont ointes de beurre et de pommades aromatiques ; Faneau doré que nombre de femmes <e pass 4! dans une narine, se rattache souvent à une chaîne suspendue en arriére de la chevelure : on dirait la rèue dont se sert le chamelrer pour conduire sa monture. Les hommes portent Ta lance, qu'ils mainent avec adresse, et déjà les armes eurowennes, épées de Nolingen, fusils de Liège, leur sont devenues fami ee, peu d'Arabes sont aussi belliqueux et pratiquent avee plus de serupule ls devoirs de la vendetta.
Les Baggära sont parmi les plus zélés des musulmans ei c'est avec ferveur que, sous la direction du Mahdi, ils se sont jetés dans la guerre Sinte; maintes fois ils ont franchi le Bahr el-Arab pour attaquer les popu-
‘ Luuy, Journal de Voyage de Siout à El-Obeïd.
* Bclletiino della Società Geografca Italiana, 1880, 5 Prout, ouvrage cité,
lations nègres du pays des Rivières, et vers la fin de l’année ASK5, date des nouvelles les plus récentes, l'issue de la guerre était encore incertaine'. Quoi qu'il en soit, l'Islam, tout en se répandant du Kordofän vers les contrées des alentours, est loin d'avoir fini son œuvre dans le pays même et nombre de pratiques interdites par le Prophète se sont maintenues : pour les Kordofänais la principale différence du paganisme an mahométisme est que, dans un cas, l’amulette est un morceau de corne ou un chiffon, tandis que dans l’autre il est formé d’un sachet enfermant un verset du Coran ou la prière écrite par un fakih.
Le mariage temporaire se pratique dans toui le Kordofän : même à El-Obeïd, la coutume du « quart-frane », que l’on attribue spécialement aux Hassanieh, se retrouverait dans un grand nombre de familles d'autres peuplades. La polyandrie, réglée pour chacun des maris par un achat partiel de la femme, serait une institution des plus communes. Chez les Ghodiat de la campagne, chez les Arabes Djoama aucune jeune fille n'a le droit de se marier avant de présenter à son frère où à son oncle un enfant, fils de père inconnu, qui servira d’esclave au chef de la famille. En d'autres tribus, la femme n'appartient qu'au plus fort où au plus endurant. Au jour désigné, les jeunes gens qui se disputent la possession d’une jeune fille s’assemblent, armés de la courbache, devant les anciens et les femmes, et ceux d’entre eux qui subissent le plus de coups sans se plaindre, sont jugés dignes de remporter le prix. D'autres fois, deux rivaux se couchent par terre, l'un à droite, l'autre à gauche de la jeune fille, et celle-ci, dont les coudes sont armés de couteaux aigus,
s'appuie de tout le poids de son corps sur les cuisses nues des jeunes
gens. Celui qui subit le plus galamment l'hofrible blessure devient l'époux
Re el fortuné et le premier soin de la femme est de panser la plaie qu'elle à EC faite. Mainte autre coutume témoigne de l'énergie barbare de ces «Arabes»
du Kordofän et du Fôr. Souvent, quand un vieillard sent approcher sa fin, il s'éloigne des cabanes sans même avertir les siens, fait ses ablutions religieuses dans le sable du désert, s’y creuse une place, et, s'envelop- Ar pant dans son linceul, s'étend, les pieds tournés vers la Mecque. Il £-\ RCE regarde le soleil, puis se voile la face, attendant que le sable apporté par 4 ; le vent du soir vienne le recouvrir; peut-être les hyènes commenceront de TAGATX sk le ronger avant qu'il ait poussé le dernier souffle, mais il mourra sans se plaindre : la tâche de son existence était finie”. ï | # Lupton-bey, Proceedings of the R. Geographical Sociely, may 1884.
4. 24 2 Prout; — Wilson et Felkin, ouvrages cités; — Cuny, Journal de Voyage de Siout à El-Obeïd. PAU r 5 Wilson et Felkin, ouvrage cité.
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La capitale de la province du Kordofâän et la résidence du Mahdi,
El-0beïd, appelée Lobeït par tous les indigènes, occupe la situation précise ë I
où se trouvent réunies les conditions nécessaires pour la fondation d’une jap
N9 73 — El -OBEID,
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Cimetières É CHAR
en briques ei en maçonnerie
590 mètres.
elle: détruite de nouveau, comme elle le fut en 1821, lors de l’arrivée des «Tures >, elle renaîtrait au même endroit ou dans le voisinage immé-
diat, El-Obeïd est bâtie dans une des parties du Kordofän où la pluie
lombe avec le plus d'abondance; la chaleur y est aussi moins forte qu'ail- pr
leurs, puisque l'altitude de la ville est de 579 mètres, et pourtant on n'a point à escalader de montagnes pour atteindre le bassin où elle se trouve : dans cette région les monts isolés ou disposés en avenues laissent la marche ouverte dans tous les sens et les chemins de caravanes y convergent sans rencontrer d'obstacles. À l’ouest du Nil, Et-Obeïd est la première station de repos et de réorganisation sur la route du Fôr, du Wadaï et de l'Afrique occidentale ; ses relations principales ne sont pas avec Khartoum , mais avec les villages situés à l'extrémité du grand méandre que décrit le fleuve en amont de Dongola. Les cataractes du Nil augmentant de beancoup les frais de transport, les caravanes qui viennent d'Égypte ont intérèt à prendre la vo : lu désert. au sud-est vers Khartoum, au sud vers El Obeïd : dans les &::: les, les objets de fabrication européenne étaient à peu près au même pri. avant l'insurrection du Kordofän. Alors le trafic d'El-Obeiïd était fort considérable, surtout pour la vente des esclaves, qui forment, d'après Muuzinger, les trois quarts de la population du Kordofàn : presque toutes les plumes d’autruche importées du Fôr passaient par El- Obeïd, de même que les cotonnades européennes à destination des contrées oceidentales'. L’exportation des gommes était évaluée en 180 à cent mille quintaux, représentant plus de deux millions de franes*. En perdant ce trafic, qui donnait toute son importance à El-Obeïd, que deviendrait la capitale du Kordofn, dût-elle être choisie pour chef-lieu du nouvel em- 4 pire? Depuis la destruction de l’armée égyptienne, l'isolement de la ville n'a pourtant pas été aussi complet qu’on se l’imagine, et les relations ont été fort actives par le Wadaï et le Fezzan avec Tripoli; mais les Européens n'ont pas eu leur part accoutumée comme intermédiaires du commerce”,
La ville n'offre point l'apparence d’une cité compacte : e’est plutôt un
ensemble de villages où s'élèvent quelques constructions en briques,
bâties « à la chrétienne ». Autour du quartier méridional, qui est la ville
proprement dite, presque toutes les demeures sont de simples tokoul : pal k comme ceux des hameaux de la campagne, des huttes en terre, que le | # délayent les fortes pluies“, des cabanes en nattes où en branchages, entou- vai DER UN rées de haies en épines pour empêcher que les chameaux ne viennent ronger col NEA CE CRE les étoffes et les cordages qui se trouvent dans les demeures. Les popu- | EE MARNE Li Ou lations de provenance diverse se sont partagées dans les quartiers suivant | lon k k. Le? d'e NEA 0e } : % ne (1 RTS 1 Esploratore, giugno 1882.
A USAU ‘ # Wilson et Felkin, ouvrage cité. .
j ! : 5 Commerce du Kordofän, d'après Prout, en 1876 : Nu :" Importation + 1 250 000 franes; exportation : 3 512000 franes. Ensemble : 4562000 francs. 1 ER DE CC RTE 4 G, Lejean, Voyage aux deux Nils. ù Meet it ‘À RC Nr
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ent la marconvergent emière sla- Vadaï et de Khartoum, » que décrit nt de beauont intérêt ul vers Elne étaient à rs le trafic selaves, qui 1 Kordofn : ent par Elon des con- [SSO à cent En perdant deviendrait nouvel em- Ja ville n'a ions ont été s Européens ‘ommerce”, & plutôt un nn briques,
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