EL-OBEÏD. M
leur origine : ici sont les marchands djalin où danagla; plus loin sont les Nouba, les Takroûr, les immigrants du Fôr, les Maugrabinss; avant la guerre, quatre où cinq cents Grecs avaient leurs boutiques au centre du quartier méridional. Quelques jardins bordent les kherän ou lits sableux, quelquelois humides, qui traversent la ville, mais presque toutes les cabanes sont environnées de champs de dokhn. Pendant les sécheresses, on ne voit entre les cabanes que des espaces poudreux ; la ville offre un aspect désolé ; mais vers la fin du kharif, quand la végétation est dans sa beauté, les quartiers extérieurs d'ELObeïd paraissent être de grandes prairies, et les toits coniques des tokoul se montrent à peine au-dessus de la mer flottante du dokhn aux épis rouges. Avant la guerre, la population d’El-Obeïd, y compris les villages de la banlieue, était évaluée à 90000 habitants. Un voyageur italien hasarde même le chiffre de 100 000 individus ; 1} est probable que la capitale du Kordofän est devenue presque déserte depuis que le Mahdi à ordonné, sous peine de mort, d'abandonner les maisons de briques, et d'habiter soit la tente, soit la hutte de branchages, afin qu'aucun indice extérieur ne témoigne d’inégalité entre les musulmans, tous « fils d’un même père! ».
Au sud-ouest d'El-Obeïd, un groupe de hameaux à quelque importance, Abou-Haraz, situé dans une large vallée forestière, au milieu de judins entourés de haies vives. Une autre ville, Melbeïs, est construite dans un bas fond, près d’une mare qu'emplissent des eaux descendues de la montagne de Kordofän. C’est non loin de là, sur les bords du khôr Kachgil, tributaire de l’'Aboû-Hablé, que fut livrée en 1883 la bataille décisive qui mit un lerme à la domination égyptienne par Fextermination d'une armée de onze mille hommes. En même temps, le prestige des Européens perdait singulièrement aux yeux des indigènes, ear le commandant des troupes égyptiennes était un Anglais, le général Hicks, et la plupart de ses officiers avaient été détachés de l’armée britannique. Dans tout le bassin du Nil on se répéta, de tribu en tribu, que l'Angleterre avait été vaneue par le Mahdi. Les canons des « Infidèles » avaient tonné en vain contre les guerriers envoyés par Dieu.
Les grandes routes des caravanes dans le Kordofän étaient naguère longées par le fil du télégraphe, très redouté par les indigènes : plusieurs d'entre eux osaient à peine parler à côté des fils, craignant que leur voix
ne fût entendue à Khartoum ou en Égypte”. Au nord d’El-Obeïd, la ville
1 W'Kelly, Spectator, may 5, 1884.
# Wilson and Felkin, Uganda and the Egyptian Sou:lan.
principale, située sur la route des caravanes entre le Kordofän et le coude du Nil à Dabbeh, est Bara, fondée par des marchands danagla. Sous la domination fôrienne, avant l'invasion des Égyptiens, ce lieu de marché fut très prospère : alors, dit la tradition, « toutes les femmes de Bara, même les plus pauvres, avaient des pendants d'orcilles en or, des bracelets et des chevillères en or et en argent. C’est près de Bara que se livra, en 1821, la bataille qui valut aux Égyptiens la possession du Kordofän, et que vengea, après le cours de deux générations, la bataille encore plus sanglante de Kachgil. Une des étapes de la route entre Bara et Dabbeh est l'oasis de Kaïmar ou Kadjmar, où se trouve un petit lac intermittent, plein d’eau saline, mais les puits des alentours donnent de l’eau douce, presque aussi bonne que celle du Nil. Près de là, sur le Djebel-Haraza, un rocher porte des peintures curieuses, vues par Lejean, qui représentent probablement «6 razzia; un des personnages, de taille gigantesque, à la barbe taillée en pointe et porte un costume assez semblable à celui des Frances aux premières Croisades. Au delà, sur la route de Dabheh, s'étend l'oasis d'El-Safi, l'une des plus belles de l'Afrique par la magnificence de sa végétation. Quoique non habitée d'une manière permanente, elle peu être considérée comme le centre de la nation des Kababich, qui en cultivent les terres et viennent abreuver leurs bêtes dans ses eaux; lors du passage de Guny, au moins 15 000 chameaux paissaient aux alentours du lac Es-Safñ', L'eau, venant peut-être du Nil, par filtration dans le sable ou les roches profondes, s'étend en une vaste nappe parsemée d'îles ; et dans la saison des pluies, les arbres des bords sont en partie submergés par le flot montant; des bandes d'oies et de canards nagent sur le lac, tandis que les rives sont bordées d'oiseaux pêcheurs, cigognes, hérons, ibis, secré-
laires et pélicans ?,
DiR FÔR
Le Dàr Fôr ou « Pays de Fôr », appelé plus communément Darfour, par une fusion de deux mots analogue à celle qui nous fait dire « Angleterre » au lieu de « Pays des Anglais », est la contrée qui s'étend à l'ouest du Kordofän, sur la route du Niger. Le Fôr n'appartient pas en entier au
1 Cuny, ouvrage cité, 2 Bohndorff, Ausland, 14 juli 1884,
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KORDOFAN, DÂR FÔR. 415
bassin du Nil; son versant occidental, qui n’a encore été exploré que par de rares voyageurs, parait perdre ses eaux en des dépressions sans issue; mais si les pluies étaient suffisantes, les kherân de cette région, changés en cours d’eau permanents, finiraient par atteindre le lac Tzâdé. Les eaux qui coulent sur le versant nilotique se perdent aussi dans la plaine, si ce n'est dans la saison du kharif, où les ruisseaux nés dans la partie méridionale des monts Marrah vont grossir le Bahr el-Arab. Le Ouàdi-Melek où Oued el-Mek, c’est-à-dire la « Vallée Royale », appelé aussi Ouâdi-Massoûl, qui se dirige au nord-est du Fôr, vers la grande courbe du Nil, roule aussi de l’eau lors des années pluvicuses, peut-être pendant dix ou quinze jours; mais le courant n’atteint jamais le Nil, son embouchure étant barrée par des sables mouvants, L'énorme lit fluvial, presque loujours à sec, pourrait contenir une masse liquide comme celle du Rhône ou du Rhin; ses berges, gréyeuses ou calcaires, çà et là traversées par des courants de lave, sont de 5 à 50 kilomètres l’une de l’autre; des arbres se suivent dans les fonds en un ruban de verdure’. La moitié orientale du Fôr, appartenant au bassin du Nil, est la région ia plus importante au point de vue politique, probablement à cause de l'attraction commerciale exercée par les cités nilotiques, et naturellement c’est dans le voisinage des monts, où l'eau coule avec le plus d’abondance, que les habitants se pressent en plus grand nombre. A ect égard, le Fôr reproduit le Kordofän, mais en de plus vastes proportions : autour d'une région centrale semée de villages permanents, s’arrondit la zone des savanes herbeuses et du désert. Une mareille contrée ne saurait avoir de limites précises : ce sont des camps, des puits, des bouquets d’acacias ou de broussailles, des ossements abandonnés que l’on signale à l’étranger comme le lieu de passage d’un pays dans un autre. C’est donc sans essayer une approximation actuellement impossible que l’on évalue à 500 000 kilomètres carrés la superficie du Fôr et de ses dépendances : au nord le désert, à l’est le Kordofän, au sud, le cours du Bahr cl-Arab, à l’ouest le Wadaï, bornent cet espace, dont la population totale scrait, d’après Nachtigal, d'au moins # millions d'hommes”. Mason, qui a visité également le pays, ne pense pas que le nombre des habitants dépasse un million et demi d'individus”.
Le Fôr, dont la capitale est à plus de 600 kilomètres du Nil en droite ligne, est trop éloigné de cette grande route du commerce pour avoir été
‘ Cuny, ouvrage cité; — Sidney Ensor, Journey through Nubia lo Darfour; — Colston, Reconnaissance of Wady Massoul.
? Pelermann's Mittheilungen, 1875, u° VIII.
* Môme recueil, 1880,
fréquemment visité. Si ce n’est de nom, il n’était pas même connu à la fin du siècle dernier, et c'est alors qu'il entra pour la première fois dans l'histoire de la géographie, grâce au voyage de l'Anglais Browne, qui resta trois années dans le pays, mais plutôt en captif qu’en homme libre’, Un Arabe, Mohammed el Tounsy ou « le Tunisien », séjourna plus longtemps dans le Fôr et y rédigea un ouvrage intéressant, traduit depuis en fr-nçais*; c’est le livre où l’on trouve encore le plus de renseignements utiles sur l’histoire, les mœurs et les usages des Fôriens. Le Français Cuny se présenta en 1858 à la cour d'El-Facher, mais il y mourut mystérieusement quelques jours après son arrivée, sans même que son Journal de voyage, d'ElObeïd à El-Facher, ait été conservé; le souverain du Darfour avait voulu sans doute justifier le surnom donné à son pays : « Souricière des Infidèles ! » « Ceux-ci peuvent bien y entrer, disait-on, mais ils n'en sortent plus. » C'esL au troisième visiteur européen, Nachtigal, qu'échut l'honneur de décrire, le premier pendant ce siècle, l'intérieur d'un pays si peu connu. Get explorateur était encore dans le Darfour que déjà le négrier Zibehr en commençait la conquête, terminée bientôt après au nom du gouvernement égyptien. La contrée était ouverte aux voyageurs et les officiers européens de l'état-major purent en dresser la carte ; mais l'oceupation égyptienne n'a pas même duré dix années : le gouverneur nommé par le khédive est prisonnier des musulmans révoltés et la frontière du Fôr est de nouveau interdite pour un temps aux explorateurs.
Il est peu de pays où l’on puisse avee plus de vérité que dans le Darfour donner le nom d’ossature aux montagnes de la contrée : c'est bien autour de ces saillies de rochers que se rattache, comme aux os du squelette, tout l'organisme vivant, les ruisseaux, les plantes, les animaux, l’homme et son histoire, Sans les montagnes de Marrah il n’y aurait point de Darfour. Cette chaîne de laves et de granits, dont la forme générale est celle d’un croissant, commence au nord du quatorzième degré de latitude et se dirige vers le sud sur un espace d'environ 200 kilomètres pour se reployer ensuite vers l'occident, À lendroit où Nachtigal la traversa, vers son extrémilé septentrionale, elle porte le nom de Kerakeri, qui signifie « éboulis », « elapier », et que lui ont valu les blocs écroulés par milliers sur les pentes. Au seuil le plus élevé, que franchit la route du Wadaï à El-Facher, 11 trouva une allitude approximative de 1066 mètres, que les sommets voisins dépassent de 150 à 500 mètres, Durant la courte occu-
!W. G. Browne, Travels in Africa, 1799, 2 Cheikh Mohammed ebn-Omar, el Tounsy, Voyage au Darfour, trad par Perron,
nu à la fin
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squelette, , l'homme int de Darile est celle latitude et >s pour se versa, Vers qui signifie jar milliers du Wadaï à es, que les
burle occu-
ENPLORATION DU FOR. 17
pation du pays, les officiers de l'armée égyptienne, notamment Mason, Purdy, Messedaglia, ont exploré partiellement l'intérieur du massif, mesurant quelques cimes qui dominent l’ensemble des hautes croupes grani- Fa Sol tiques : l’une d'elles, le Toura, dans la partie septentrionale de la chaîne, s'élève à 1440 mètres ; d’après Mason, le point culminant du Marrah atteint