POPULATIONS DU FOR
d'origine africaine, se mêlent aux traditions arabes ; encore pendant ce
siècle, les sacrifices humains se faisaient aux grandes cérémonies royales.
A l'avènement de chaque souverain et en d’autres circonstances, deux : ï
frères adolescents étaient sacrifiés en grande pompe et les hauts fonetion-
naires mangeaient celte chair avec le roi‘. L'agriculture, encore à l’état
rudimentaire, puisque le charrue du pays est une espèce de houe qu'un
homme tire après lui en marchant*, est néanmoins fort en honneur : Fa jadis le sultan du Darfour, comme le roi des Foundj dans le Senâr, comme à
l'empereur de Chine et d'autres souverains, tenait à gloire d’être le pre-
mier semeur de son royaume. Après les pluies, il sortait en grande pompe, accompagné des dignitaires de l'État et de cent femmes jeunes et belles, el jetait la semence dans un champ préparé : tous ses courtisans l’imiaient ; puis le peuple semait à sen tour, chacun dans son champ respectif, et quand Ja récolte venait récompenser son travail, c'est au sultan labou-
reur que le fidèle sujet faisait remonter son hommage. Presque toute la à
région des montagnes est parfaitement cultivée en terrasses et produit des
éréales et du coton; mais, d'après Ensor, un centième au plus des terrains culüvables de la plaine serait soumis à la charrue. L'industrie fôrienne est
pu développée, si ce n’est pour les paniers et les objets de poterie; cependant les étoffes de coton que l’on tisse dans les tentes sont très solides et
tort appréciées : on les préfère de beaucoup pour l'usage à celles qu'apportent les marchands du Dongola et qui sont de fabrication européenne ou
américaine ; ces derniers tissus sont principalement utilisés comme mon-
naie*; les plaques de sel sont aussi employées comme moyen d'échange.
Depuis l'annexion du Darfour à l'immense étendue des possessions égyp-
uennes, les relations de commerce étaient devenues fréquentes avec le Nil;
les caravanes allaient et venaient fréquemment entre El-Fâcher et le fleuve
par les marchés du Kordofân ou bien directement vers Dabbeh, au grand
coude du fleuve. Dès 1875, le gouvernement égyptien a mème fait tracer
ane Ligne future de chemin de fer, qui emprunte la route normale, celle
qu'offre le lit du Ouâdi-Melek, généralement évitée par les caravanes, à
cause du danger des attaques *. Avant la conquête égyptienne, presque tout
le trafic du Darfour avec le reste du monde se faisait par la « grande cara-
‘ane >, qu'alimentaient de nombreuses kafilah de moindre importance,
parties des bords du Tzädé et du Niger, Chaque année, ou seulement tous
Werner Munzinger, Ostafrikanische Sludien.
* Nengin, Langlès et Jomard, Histoire de l'Égypte. * D'Escayrac de Lauture, le Désert el le Soudan. trie * Niduey Ensor, {Incidents on a Journey through Nubia to Darfour.
les deux ou trois ans, suivant Ja situation politique et l'état des marchés, les pèlerins takroûr s'organisaient en kafilah dans le Darfour septentrionale les marchands s’associaient à eux pour faire à la fois œuvre pie et trafic fructueux. La grande caravane comprenait parfois des milliers d'hommes et quinze mille chameaux. L'armée mouvante, à laquelle n'osait se heurter aucune des tribus pillardes de la steppe, ne se dirigeait point vers Khartoum, ni mème vers le Nil nubien; guidée par les étoiles et le soleil et suivant les anciennes traces, elle marchait d’aiguade en aiguade dans la direction du nord, et n'atteignait le Nil qu’à Siout : comme la caravane du Kordofän, elle avait sa route particulière, ses puits et ses 0: et ne risquait point d’avoir à disputer la possession de l'eau jaillissan çà et là dans le désert : d'ailleurs, elle-même se fractionnait en plusieurs troupes qui se succédaient à plusieurs jours d'intervalle, afin de laisser à l'eau le temps de s'amasser au fond des puits. Obligées de se hâter, certaines caravanes achevaient Ja route en quarante-cinq jours; mais d'ordinaire elles se reposaient aux lieux d'étape, dans les oasis, et n’arrivaient dans la vallée du Nil qu'après un voyage de deux ou trois mois. Apportant les précieuses denrées de l'Afrique centrale, ivoire, plumes d’autruche, gomme, lamarin, robes de fauves, cornes de rhinocéros, auxquelles s’ajoutaient des esclaves, des euriuques et la plupart des chameaux de la caravane, les marchands restaient environ six mois en Égypte pour attendre le retour des pèlerins de la Mecque, puis ils reprenaient le chemin du Darfour, porlant des étoffes, des perles, des verroteries, des armes ciselées, objets d'un faible poids, mais d’une grande valeur, pour lesquelles ils n'avaient pas besoin d’un long convoi d'animaux". Lors de l'expédition française en Égypte, le général Bonaparte, voulant nouer des relations avec le sultan de Darfour par la grande caravane, lui demanda l'envoi, en échange de marchandises, de « deux mille eselaves noirs, ayant plus de seize ans, forts et
vigoureux ».
Le Fôr se parlage naturellement en une province centrale, eelle de la région montagneuse, d'où descendent les eaux et où les maîtres du pays ont presque toujours résidé, et en provinces du pourtour, comprenant la région des steppes. Le ddr du milieu, où se trouve le district des hautes montagnes, est connu sous le nom de Torra: les autres sont désignés d'après leur situation géographique : dàr Tokonavi où « du Nord :, Dali
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