NUBIENS
ne le sont de nos jours ; en beaucoup d’endroits on remarque sur les rochers de la rive les ruines pittoresques de maisons et même de villes comme on n'en construirait plus aujourd'hui; des vestiges de cultures abandonnées se voient à une hauteur où l'on ne se donne plus actuellement la peine d'élever les eaux; en maint village, les habitants ne défendent même plus leurs demeures contre les termites : quand la maison tombe, ils se réfugient sous une hutte de branches ou de nattes, L'émigration, d'une part, et de l'autre le passage et le séjour de fonetionnaires et de soldats de toutes races ont naturellement modifié diversement le type primitif, et l'on rencontre fréquemment parmi les Nubiens des hommes et des femmes qui rappellent le type des Rétou figurés sur les monuments d'Égypte. Combien s'en trouve-t-il aussi qui n'ont plus le caractère général de la race et que la servitude et la misère ont rendus lâches, peureux, mous comme les fellähin ! Mais, pris en masse, les
Nubiens sont actifs, gais, confiants et doux ; en contact avec les Égyptiens, ils se laissent souvent entraîner à l'ivresse. Convertis à l'Islam, ils sont beaucoup plus zélés pour leur foi que les paysans des basses campagnes du \il et font régulièrement les prières et les prosternations d'usage. Ils ne sont point incapables d’une civilisation supérieure, ainsi qu'en témoignent nombre d’entre eux qui ont eu l’occasion d'étudier au Caire où même en Europe, et que le prouve dans le passé l'existence de l’ancien royaume païen de Meroé, auquel succédèrent les États chrétiens de Dongola et d’Aloa. Le nom de kirâgé, — dérivé du grec kyriaké, c'est-à-dire Jour du Seigneur, — qu'ils donnent encore au dimanche, rappelle la religion disparue !.
Les Baräbra, que l’on désigne spécialement comme les Danagla ou Danagalé, « gens de Dongola », vivent dans la Nubie méridionale, principalement autour de la capitale et dans les îles du fleuve; ils se distinguent des Barbarins du nord par leur amour du commerce ; à Khartoum, dans le Kordofàän, au Darfour, ils se groupent en colonies nombreuses. Ils se vendent aussi comme mercenaires, el ce sont eux qui, dans le pays des Rivières, ont fait tant de razzias de captifs pour le compte des marchands d'esclaves. Le dialecte des Danagla diffère peu de ‘eclui des Baräbra du nord, si ce n’est qu'il est beaucoup plus mélangé de mots arabes, grâce aux relations de commerce. Les Mahas, qui vivent sur les deux bords du Nil, dans la région de la troisième cataracte, ont le teint plus noir que ls Danagla et ont en général plus de bravoure, le caractère plus fier et plus sombre; ils se considèrent comme une race à part. Les Kenouzi, les
1 Alfred von Kremer, Ægypten.
Hs NOUVELLE GÉOGRADITE UNIVERSELLE,
Kens des anciennes inscriptions, occupent Ha vallée plus au nord, Korosko à la première cataracte, Quant aux populations de pasteurs qui, sur lun et Fautre versant, pressent les paysans nubiens dans leur étroit vallée nilotique, elles se disent toutes arabes, quelle que soit d'ailleurs leur origine; li langue qu'elles parlent et qui gagne chaque année on extension est bien Ha langue du Prophète: le nom qu'elles donnent ou Nubiens, et qui rappelle par le sens l'ancienne appellation de «barbares signifierait <embarrassé, gêné, parlant ave peine 2" Nulle part les pass teurs ne se confondent avec les Nubiens cultivateurs ; ils ont leurs villages distincts, leurs jours de fête, leur costume : presque toujours ils vont la tôle nue,
Les représentants les plus caractéristiques de ees ce Arabes» de Nübie el ceux qui constituent le groupe des tribus les plus nombreuses sont les Bichärin, dans lesquels on voit les Bedja par excellence, et dont le nom, légèrement modifié, serait peut-être celui de a race entière 5 c'est à 200 000 individus que l'on évalue ordinairement le nombre de ces Bedja, Les Bichärin ont rarement une taille élevée, mais ils sont nerveux, très bien proportionnés dans leur maigreur, d'une singulière adresse, Leur couleur, très différente de celle des populations nigritiennes, n'a point de reflets noirâtres, si ee n'est dans les familles modifiées par des croisements de race; elle est plutôt rouge, comme celle de Ffadien du Nouveau Monde, et chez les femmes, qui vivent sous la tente, elle diffère peu de la teinte des paysannes des Calabres et de Kicile, Les jeunes garçons ont la figure si douce et si fine, qu'on les confondrait facilement avec des
jeunes filles, Dans l'âge mur, les traits du Bichâri sont réguliers, un peu anguleux ; le nez droit s'avance en forte saillie ; la peau, toujours saine el pure, est comme tendue sur les jones maigres, el souvent les Tèvres, en relraile, laissent voir le pur ivoire des dents, blanchi par la mastication presque constante de la racine de Farak, arbre toujours vert qui nait en abondance près de Dongola*; ils ne fument jamais. La vieillesse les atteint de bonne heure : la fatigue, la misère, la soif et la faim flétrissent rapide-
ment leurs traits”. L'œil des Bichärin est vif, brillant comme une braise,
mais à demi fermé, par l'habitude prise d'abaisser la paupière devant la
lumière aveuglante que réfléchissent les sables : cet œil demi-elos donne
à la physionomie quelque chose de féroce, et d'ailleurs nombre d'entre eux
1 Georges Pouchet, mémoire cité, :
# Wilson and Felkin, Uganda and the Egyplian Soudan; — Cuns, Journal de Voyage de Siout à El-Obeid; — Colborne, ete,
# Linant de Bellelonds, l'Etbaye, pays habité par les Arabes Richarièh.
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