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BICHARI, CONDUCTEUR DE CHAMEAUX

Dessin de Sirouy, d'après une photographie de M. Richard Buelita.

oi

BICHARIN, ABABDEN.

méritent l'accusation de cruauté, Des vayageurs les dépergnent souvent comme des hommes sans pitié, sans honneur : leur mauvaise passion

dominante est l'avarice, Gais, curieux, loquaces, ïls causent avec esprit;

veu religieux pour la plupart, ils ont encore diverses pratiques d’origine

ès antérieure à l'Islam : ils ne tuent pas les perdrix, qui sont pour eux

des oiseaux sacrés; 11 respectent aussi les serpents". Au point de vue

des langues comme par le domaine géographique, les Bichârin unissent

es populations hamitiques aux Égyptiens : c’est dans leur ancien idiome

que sont rédigées les inscriptions hiéroglyphiques et démotiques des

Éthiopiens de Meroë*. Chez les Bichârin, la propriété n'est pas personnelle ;

1! * SLR , nl Te 0 1 : ! sie : lu * :

elle n'est divisée qu'entre les familles ou les tribus : ee sont es groupes

et non les individus qui possèdent ; en outre, quelques parties de la steppe

sent considérées comme propriété commune ce! toutes les tribus y ont le

droit de vaine päture. Les Bichärin ont des règ es de duel qui témoignent

«un grand courage. Chacun à son tour prend le couteau et le plante dans

e corps de son adversaire, de manière à ne pas le blesser mortellement.

Les anciens jugent des coups, louent où blâäment l'attitude des combat-

ants, et les séparent quand ils semblent avoir satisfait à l'honneur. Dans

quelques tribus, ladultère est tenu pour un délit de peu d'importance :

cest par les femmes que <e transmet la noblesse de la race”,

Les Ababdeh, autres « Arabes » d’origine africaine, probablement les

ebadéi de Pline, auraient été au nombre d'environ 40 090 iors du voyage

de Russegger; mais ils paraissent avoir beaucoup diminué, sans doute

en se confondant avec les Bichärin, dont ils étaient, à l'époque de leur

puissance, les ennemis héréditaires. Leurs principales tribus ont leurs

cumpements en Nubie; les autres parcourent jusqu'au nord de Kosseir

a région de plateaux et de ravins comprise entre le Nil et la mer Rouge.

Les \babdeh se disent « il: des djinn », comme pour indiquer qu'ils sont

‘üutochtones, nés dans le désert, Ils ressemblent aux Bichârin, si ee n’est

qu'ils ont les traits plus fins, les mouvements plus gracieux, le caractère

vlus doux, Les Ababdeh du nord parlent arabe, quoique avee un mélange

de mots baräbra; ceux du sud ont gardé leur dialeete bedja ; enfin, dans

evoisinage du Nil, le langage dominant chez eux serait celui des Barba-

us’. Nunzinger à constaté que les Ababdeh de Kosseir se refusent à

ler leur langue nationale devant des étrangers : la révélation de lidiome

Berghotf, Globus, april 8ST, = Fr, Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient. ant de Bellefonds, ouvrage cité.

von Heugüin, Pelermann's Mittheilungen, 1862, n° \.

mystérieux aménerait le désastre sur leurs têtes. Le malheur atteindrait aussi leur famille si, après le mariage, la femme revoyait sa mire: comme le Bantou de l'Afrique méridionale, l'Ababdeh doit ehoisir une demeure éloignée où il n'ait pas à craindre de rencontrer sa marätre!, I ne vit pas sous la tente comme l’Arabe, mais se construit une éahane au moyen de claies et de nattes, qu’il déroule et charge sur des chameaux quand il lui faut changer de pâturages ; il gile aussi dans les grottes, comme ses ancêtres les Troglodvtes : en fouillant l'argile des erevasses on y trouverait certainement de nombreux objets d'origine préhistorique. D la gomme, quelques autres menues denrées et des poissons, dans le voisinage de la mer Rouge, servent aux Ababdeh de moyens d'échange pour se

procurer le dourrah nécessaire à leurs sobres repas. La plupart des vova-

geurs vantent leur probité, leur douceur, leur franchise; si misérables

qu'ils soient, ils ne mendient point comme le fellah *.

Les puissantes tribus des Kababich et des Hassanieh, qui débordent de leurs domaines, dans le Kordofän et dans la péninsale de l'Entre-Deux- Nils, où elles sont trop à l'étroit; les Choukrieh, empiétamt sur les steppes au nord de FAthâra; les Saourat, les Haouin et les Djeraïad de là Bavouda ; les Robatat et les Chaïkieh, qui vivent sur les dems enes du Ml entre Berber et Dongola et qui parlent maintenant la langue des Danagla, complètent la population de la Nubie. Peut-être ces Arabes où Arabisés seraient-ils au nombre de deux à trois cent mille, Quant aux immigrants d'autres provenances, ils se sont fondus dans la masse de Ta nation baribra et la mémoire de leur origine ne s'est gardée que pour les familles aris- Locratiques avant intérêt à se rappeler leur généalogie : tel est le cas pour les Bosniaques, descendants des soldats envoyés en 1520 avee mission de rétablie a paix dans la contrée, DK firent élever des forteresses sur les escarpements qui dominent le fleuve, s'y établirent en souverains et s'allie rent par les femmes aux anciens chefs : de nos jours, ces « Kalady » de Bosnie sont encore les personnages les plus considérables de Ja basse Nubie, surtout entre Assouân et Korosko, et c'est à eux que le gouver-

nement égvplien confiait l'administration locale.

Eu aval de Berber, le rendez-vous principal des caravanes, \boù-Häimed, occupe une de ces positions où devait nécessairement s'établir an mar hé :

Kiunzinger, Bilder aus Oberügypten, der Wüste und dem Rothem More; — Belzon, loyau en Egypte elen Nuhie.

2 Lepsius, Briefe aus Ægypten, ete, : — Klunzinger, ouvrage cité

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ABOU-HAMED, MARAOUL. 455

une grande ville serait née en cet endroit si des deux côtés du Nil ne S'étendait l'immensité du désert, C'est là que le fleuve, cessant de couler au nord-ouest, se rejette brusquement vers le sud-ouest pour décrire sa grande courbe qui s'achève à 400 kilomètres plus au nord; afin d'éviter l'énorme détour, les marchands doivent quitter le Nilet suivre pendant sept ou huit jours le chemin du désert à travers les rochers et les sables. Une ile considérable, Mogràt, élargit la vallée du Nil, au sud d'Aboû- Hâmed, et donne à ce marché des terrains de eulture plus étendus qu: ceux de presque lous les autres villages nubiens. Néanmoins le port où viennent s'embarquer et débarquer les marchands de Korosko n'est qu'un groupe de pauvres cabanes, habité par des éhameliers et des pêcheurs. II est vrai que dans ce pays les caravaniers n'ont pas besoin de magasins pour entreposer leurs denrées ; ils déposent leurs ballots dans le sable, sous l protection de l'édicule consacré au saint Aboû-Häimed, et quand ils reviendront, après des mois ou des années, 1ls trouveront leur propriété conne ils l'ont laissée, à l'ombre du tombeau respecté".

Quelques ruines se trouvent sur les bords du Nil entre AboûHfimed et

quatrième cataracte, mais c'est en aval de ces rapides que se voient les

as remarquables débris antiques de Ta haute Nubie, après ceux de Méroé. Le village qui se trouve actuellement dans eet endroit de la vallée, Maraoui, porte un nom qui semble dérwé de celui de l'antique capitale: cependant les archéologues, appuyés sur les textes des auteurs, ne dloutent nullement que Maraoui ne soit la Napata d'Hérodote : les inscriptions déchiffrées sont unanimes à cet égard, Maraour, aw pied de rochers blames, occupe une situalion géographique importante, kr où recommence la navisalon en aval de la quatrième cataracte et au pont de convergence des deux chemins de Berber et de Chendi, à travers la steppe de Bayouda : une des vallées les plus fertiles et les moins desséchées de la région, le Ouädi Aboû-Doùm, s'unit à la vallée du Nil précisément en face de Maraoui, De hauts amas de décombres rappellent les monuments détruits, el, à une petile distance en amont, des restes de grands édifices se voient encore à la base du superbe mont Barkal, énorme masse quadrangulaire de grès, posée au milieu de la plaine comme un piédestal attendant une tue : le nom hiéroglvphique du Barkal était « montagne Sainte » et le temple principal S'y dressait à la gloire d'Ammon-Ra. Hen reste quelques débris, suffisants pour qu'on ne puisse douter de l'origine égyptienne

du monument attribué à Ramsès le Grand: néanmoins le nom d’Ame-

! Cailliaud, Voyage à Méroë; — Trémaux, Voyage en Éthiopie

nermha IE se lit aussi sur des béliers et sur un lion de granit, de grandeur naturelle; en 1865, Mariette a découvert parmi les monuments du Barkal cinq stèles du plus haut intérêt, prouvant que dans les dynasties

égyptiennes il faut faire une place importante à l'Ethiopie : durant une

période de cinquante et un ans, trois rois éthiopiens, résidant en Nubie, ont dominé sur la plus grande partie de l'Égypte‘; lun d'eux, Tahraka, porta ses armes jusqu'en Asie. Les musées d'Europe possèdent plusieurs des monuments du mont Barkal.

Des groupes de pyramides s'élèvent dans le voisinage du temple; toutefois les plus remarquables constructions de ee genre, au nombre de vingt-cinq, se trouvent sur la rive gauche du Nil, près du village de Nouri. Celles-ci, plus grandes que les pyramides de Méroë, sont moins bien conservées à cause de la moindre dureté du grès, et presque toutes ont perdu leur revétement extérieur de pierres polies : dans l’intérieur en remarque des voûtes, mode de soutènement que l'on croyait naguère d'invention étrusque et que l’on retrouve pourtant en diverses contrées de lOrient?, notamment à Saggarah, dans les tombes de la sixième dynastie”. Au sud de Nouri, dans le ouàdi d'Aboû-Doûm, se voient les ruines d’une belle église et d’un eouvent de style byzantin; mais nulle part, sur la rive gauche du fleuve, ne se montrent les traces d’une ville importante comme devait l'être Napata, sur Ja rive du nord. Toute la contrée fut jadis populeuse. Au-dessous du groupe de constructions dont Maraoui est le centre, de nombreuses ruines appartiennent à diverses époques historiques : pyramides, datant des âges de la civilisation égyptienne; églises et couvents, qui rappellent l'influence byzantine; fortins, ‘construits après le triomphe de Fislam.

Le sommet de la courbe que décrit le Nil avant de reprendre la direction du nord ne pouvait manquer de devenir, comme le méandre d’'Aboû-Himed, un rendez-vous de marchands; mais ici le détour du fleuve est beaucoup plus allongé et les caravanes ont pu choisir entre plusieurs sites pour leurs escales de départ et d'arrivée. Ainsi se succèdent sur la rive gauche, de l'amont à l'aval, les villages d’entrepôt : Korti, Amboukol, Aboû-Doûm (Abdoûm), Dabbeh, Aboû-Gossi, où aboutissent les routes de Khartoum par le Ouädi-Mokattam. Dabbeh est la station choisie par les forces anglaises comme centre de ravitaillement; Aboû-Gossi est l'endroit marqué par les ingénieurs où le chemin de fer du Nil s'enfoncera dans le désert par le Ouâdi-Melek, pour se bifurquer aux puits de Sotahl et se diriger, d'un

1 Ernest Desjardins, Revue des Deux Mondes, 1ù mars 1874.

# Cailliaud, Voyage à Méroé; — Trémaux, Voyage en Ethiopie; — Moskins, Travels in Ethiop 5 G, Maspero, Notes manuscrites.

, de granonuments dynasties dant une en Nubie, Tahraka,

lusieurs |

: toutefois ingt-cinq, Celles-ci, ASCTVÉES À leur revéarque des 1 étrusque otamment ouri, dans d’un couuve, ne se re Napala, lessous du ses lines it des âges

l'influence

à direction û-Himed, beaucoup pour leurs rauche, de hoû-Doûm Khartoum anglaises TE par les ert par le

Louer, d'un

ên Ethiopia

côté vers Khartoum, de l'autre vers le Darfour*. Naguère la ville impor-

tante de la contrée se trouvait en aval, sur un rocher de grès qui domine d'environ 50 mètres la rive droite du fleuve : c’est Dongola el-Adjousa où Dongoia le Vieux, que l’on croit avoir existé sous le nom de Deng-our à l'époque de l'ancien empire égyplien : on y à découvert une stèle, transférée depuis au musée de Berlin, Dongola fut la capitale d'un royaume chrélien qui se maintint pendant huit siècles, jusqu'au quatorème; elle était encore populeuse lorsque les mamelouks, fuyant le courroux de Mohammed-Ali, s'établirent en dévastateurs dans le pays, suivis de près par ls Tures, qui complélèrent l’œuvre de destruction, Les îles qui se succèdent entre les bras du Nil, de Dongola le Vieux à Dongola le Neuf, sont cultivées pour la plupart et présentent un charmant

aspect avec leurs bordures de palmiers se reflétant dans leau mobile.

! Sidney Ensor, Journey through Nubia to Darfvor.

DJEBEL-BARKAL, DONGOLA.

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