‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 159 sur 225 · HISTOIRE DE L'ÉGYPTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'ÉGYPTE

d'observations astronomiques, la connaissance des nombres et de la géométrie, une architecture savante, tous les arts et presque tous les métiers qui se pratiquent de nos jours, tous les jeux qui charment notre enfance ou nous reposent des travaux de l'âge mûr. C'est dans les papyrus, sur les bas-reliefs des monuments de la haute Égypte, que nous retrouvons les origines de nos sciences, et maint précepte de morale que répète encore la « sagesse des nations », maint dogme que proclament toujours les religions existantes, se lisent sous leur première forme dans les documents que nous ont livrés les tombeaux de Thèbes et d'Abydos. De l'Égypte nous vient l'écriture, modiliée depuis par les Phéniciens et communiquée par eux à tous les peuples de la Méditerranée : le moule même de notre pensée a pris son origine aux bords du Nil. Sans doute l'humanité ignore ses premiers âges, et nul ne peut affirmer que la civilisation naquit en Égypte : mais nous ne pouvons la suivre dans les âges antérieurs aux annales égyphennes : les pyramides sont pour nous la borne des temps.

Les Égyptiens n'avaient pas de chronologie proprement dite, puisqu'ils divisaient le temps d'après les années de règne des souverains qui se succédaient sur le trône"; mais les dates incertaines que donne la succession des règnes indiquée partiellement sur les édifices el rapportée par le prêtre Manéthon, sous Ptolémée Philadelphe, peuvent être contrôlées par quelques dates certaines, celles de phénomènes astronomiques. C’est ainsi que Biot, diseutant les hiéroglvphes traduits par Emmanuel de Rougé, a pu fixer dans l'histoire d'Égypte trois dates comprises entre le quinème et le treizième siècles de l'ère ancienne? : dans la série des temps les annales égyptiennes nous montrent done un point connu, antérieur de sept siècles à l'ère chaldéenne de Nabonassar, qu'une autre coïncidence astronomique à permis de placer en 746, De même, Chabas a trouvé, dans un papyrus « médical » de la bibliothèque de Leipzig le cartouche de Menkerâ où Myeérinus, suivi de la mention du lever héliaque de Sothis ou Sirius comme ayant eu lieu dans la neuvième année du règne; si linlerprétation du texte est exacte, le caleul amènerait à fixer cette date entre l'an 9007 et l'an 5010 de l'ère ancienne, soit à mille années après l'époque attribuée au règne de Menkerà dans la table chronologique de Mariette. Quoi qu'il en soit, on peut espérer que d'autres découvertes nous feront remonter d'une manière certaine le cours des âges et fixeront aux origines de l'histoire des dates positives, auxquelles se rattachera la chronologie

‘ Mariette, Aperçu de l'histoire de l'Égypte. * Biot, Recherches sur quelques dates absolues, séance de l'Académie des Sciences, 7 fév. 1853.

flottante des événements les plus anciens dont le souvenir s'est conser: dans la mémoire humaine, La même nécessité qui à fail adopter une mesure commune des espaces terrestres, le mètre, et qui But discuter maintenant l'emploi d'un méridien commun, rend également indispensable la recherche d'une ère commune pour établir la concordance des événements dans les diverses contrées, Tôt où tard, quand Tes savants chercheront à remplacer pour la numération des années la bizarre methode qui prévaut actuellement dans l'Europe chrétienne, divisant l'histoire en deux ères, dans la première desquelles ans et siècles se comptent à rebours, c'est très probablement dans les annales égyptiennes qu'ils chercheront le premier point fixe de repère entre la nuit des temps vaguement entrevus et la clarté de l’histoire.

Si antique est la civilisation de l'Égypte, qu'à certains égards on ne la

connaît que par sa décadence ; les annales nous montrent la population des bords du Nil toujours asservie el par conséquent sous un régime qui devait l'avilir, supprimer le ressort individuel et l'initiative, remplacer la vie spontanée par la règle, mettre les formules à la place des idées, Mais un peuple ne saurait se développer, accroitre son avoir de connaissances, qu'en proportion de sa liberté : ce qu'un maître fait prodiguer en un jour pour sa gloire avait été laborieusement acquis par des hommes libres ou du moins jouissant par intervalles de ce répit dans la servitude que donnent les luttes entre les cités et les changements de maitres. C'est done par une période d'autonomie, d'indépendance relative, que doivent avoir passé les Égyptiens pour qu'ils aient pu acquérir les ressources matérielles et la science dont témoignent les monuments qu'il nous ont laissés. La construction des grandes pyramides, que tant d'écrivains ont célébrée comme une preuve de la haute civilisation des Égyptiens, prouve bien en effet qu'avant cette époque la nation avait fait des progrès très considérables dans les sciences et dans les arts; mais déjà dans ces temps antérieurs à nous d'environ cinquante siècles le peuple avait déchu. Ainsi que le disait Herder, peut-on s'imaginer l'état profond de misère, le degré d'abaissement auxquels devait être tombée la masse de la population pour qu'il fût possible de l'employer à dresser de pareils tombeaux? Triste civilisation, celle qui employait des milliers d'hommes pendant des années à transporter quelques blocs de pierre! L'asservissement des habitants de l'Égypte, que les écrivains hébreux attribuent à Joseph*, devait être accompli depuis longtemps pour que les rois et les prêtres pussent employer le

1 Genèse, chap. xivu, versets 13 à 26.

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