‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 160 sur 225 · HISTOIRE DE L'ÉGYPTE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'ÉGYPTE

peuple à un pareil labeur terres el hommes étaient déjà devenus la propriété des Pharaons; au-dessous du maître, les populations n'étant plus qu'un troupeau.

Semblable au Nil, la civilisation égyptienne cache sa source dans des

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el, par delà ce roi Ménès que les annales disent avoir été le fondateur de l'empire, les hiéroglyphes nous monrent les Hor-chesou où « serviteurs d'Horus », travaillant aussi à dresser des monuments sur le sol d'Égypte, d'après des plans tracés sur des peaux de gazelle ?, Quel était alors l'état social des riverains du Nil? On ne sait; mais il est certain que les constructions les plus anciennes laissées par eux, notamment la pyramide à degrés de Sagqarah et le temple d’Armakhis, près du grand sphinx, témoignent d'une civilisation déjà sûre d'ellemème; nulle statue égyptienne n'est plus vivante, plus rapprochée du grand art que celle de Khephren, pourtant lune des plus antiques !Aux premiers temps de l'histoire égyptienne, les tableaux qui couvrent les murs des nécropoles montrent que la philosophie des Égyptiens était humaine et rationnelle, ne ressemblant en rien, dit Mariette, au fétichisme mystique né à Thèbes, vingt siècles plus tard : l'époque la plus parfaite à tous les points de vue est précisément la plus ancienne qui nous soit connue, Lorsque l'Égypte entra dans une de ces périodes de domination guerrière que {ant d'hommes considèrent encore comme l'indice de la véritable grandeur, les souverains de l'Égypte purent utiliser pour les conquêtes la force l'impulsion que donnait à leurs armées une civilisation antérieurement acquise, et leur empire s'étendit bien au delà des bornes naturelles du bassin nilotique, jusqu'en Asie. D’après Mariette et la plupart des égvptologues, la monarchie des Pharaons, à l'époque de sa plus grande étendue, embrassa tout l’espace compris entre les contrées équatoriales du haut Nil et les côtes de la Caspienne, entre les bords de l'Océan des Indes elles montagnes du Caucase, Mais les expéditions guerrières sont loujours le signe avant-coureur de la décadence : sous le conquérant Ramsès If, la chute est rapide, et dans les dernières années du règne on voit apparaître des œuvres barbares, des « sculptures de la plus étrange grossièreté » *, La loree provenant d’une civilisation supérieure finit par s'épuiser, et l'Égypte fut conquise à son tour : depuis plus de vingt-deux siècles, elle n'a cessé de se trouver sous la domination de dynasties étrangères.

La destinée politique et sociale des cultivateurs du sol égyptien est

‘ Mariette, Des nouvelles Fouilles à faire en Égypte, Académie des Inscriptions, 21 nov. 1879, * Fr, Lenormant, Les Premières Civilisations. ® Fr, Lenormant, ouvrage cité.

clairement indiquée par le milieu dans lequel ils vivent. Le Nil, proprio commune de la nation, inonde toutes les terres à la fois et, avant que les géomèlres eussent cadastré le sol, il devait les rendre également propricté commune; les canaux d'irrigation, indispensables pour la culture depuis que l'exploitation du so! a dépassé la zone des terres régulièrement inondées, ne peuvent être creusés et entretenus que par des multitudes de travailleurs piochant en commun. Ine s'offre done que deux alternatives aux cultivateurs : être tous associés, égaux en droit, ou tous esclaves d'un maitre, nalil où étranger, Pendant le cours de l'histoire écrite, c'est la dernière alternative qui s'est toujours réalisée, quelle qu'ait été d'ailleurs, sous les Pharaons, les Ptolémées et les sultans, la splendeur des cités et la prospérité apparente de la contrée, Les bas-reliefs des monuments nous

montrent le peuple égyptien, iv à trois mille ans, courbé sous le fouet

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comme il l'est encore aujourd'hui; toujours opprimé, pressuré à l'excès,

le fellihne saurait se déplacer ‘comme le Bédouin nomade; dans l'immense plaine uniforme du delta ou dans létroite vallée du fleuve, il n'est pas une seule retraite dans laquelle il puisse tenter de se mettre à l'abri, Sa misère est sans issue, Son avenir sans espoir, et pourtant il aime passionnément sa terre natale, Loin des bords du fleuve aimé, le felläh est envahi par la

tristesse et meurt rongé par la nostalgie : les plus beaux paysages sont les

plus simples.

Depuis bientôt un siècle, ce sont des conquérants de l'Europe occidentale qui se disputent l'Égypte, centre naturel de l'Ancien Monde et clef de toutes les possessions coloniales sur les rivages de la mer des Indes, ainsi que l'écrivait déjà Leibniz en 1672. L'importance capitale de cette post Lion maitresse ne pouvait échapper aux hommes d'État : à devait se ga-

gner la partie dont l'enjeu est la péninsule Cisgangétique, Si les armées

de la République Française avaient réussi à conserver l'Égypte, par elles

si rapidement conquise, c'en était fait de la puissance de l'Angleterre dans l'Hindoustan : l'héritage du Grand Mongol lui échappait. Mais, après la destruction de Ja flotte française dans les eaux d’Aboukir, la Grande- Bretagne, reprenant la possession incontestée des chemins de la mer, redevenait à son tour la maîtresse de l'Égypte, sans même qu'elle se donnit la peine de la conquérir, et les Français durent l'évacuer après deux années d'occupation, Au conflit des armes suceédèrent les manœuvres diplomatiques, les luttes d'influence entre ministres à Constantinople et au Caire, Lors de l'inauguration du canal de Suez, œuvre française qui ouvrail aux bateaux à vapeur la route directe des Indes, il sembla que la France allait enfin exercer une sorte de suzeraineté sur l'Égypte : mais

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l'Angleterre, concentrant ses efforts sur l'acquisition de cette contrée de passage, à fini par conquérir politiquement l'Égypte, de mème qu'elle s'est assuré la prééminence commerciale sur le canal des deux mers. Officiellement, l'Angleterre n'intervient que pour donner des conseils et rendre des services au souverain; en réalité, ses envoyés sont bien près d'être les maitres absolus. Ils rédigent les traités, déclarent la guerre et concluent la paix, distribuent les places et les pensions, dictent les sentences aux magistrats et ne S'effacent derrière les fonctionnaires égyptiens que pour la signature des listes d'impôts el pour tous autres actes dont il leur convient de ne pas être responsables.

On peut dire que le bassin du Nil, avec ses quarante millions d'habitants, est devenu virtuellement, pour un temps plus ou moins long, partie de l'immense Empire Britannique. Bien que les généraux anglais n'aient gucre d'armée à leur disposition, les mercenaires de toute race ne leur manqueront pas pour achever la conquête, commencée naguère, pour le compte du khédive et du sultan, par les Munzinger, les Baker, les Gordon, les Gessi, les Stone, les Prout. Toutefois les difficultés militires de l’annexion ne sont pas les seules. Dussent même les autres puissances européennes aider la Grande-Bretagne à consolider son pouvoir en Égypte, cette autorité ne S'appuierait pas, comme dans la plupart des autres colonies anglaises, sur le concours d'une population d'origine britannique, Ceux des étrangers domiciliés dans le pays qui disposent des ressources financières, qui fondent les industries, écrivent les journaux, dirigent l'opiuion publique, sont pour la plupart des Européens du continent, Ttaliens, Français, Grees, Autrichiens, don: les intérêts et les vœux sont en opposition avec ceux des Anglais. Mieux accueillis par les gens du pays que les conquérants du nord, au regard froid, à la bouche sévère, que le climat empèchera toujours de former des colonies proprement dites, ces immigrants d'Europe constituent dans les villes une société grossissante qui déjà s'élève à près d’une centaine de mille individus, et qui ne manquera certainement pas de gèner l'exercice du pouvoir britannique. Il est vrai que les nouveaux maîtres de la contrée ont un moyen sûr, sinon de se faire aimer par les populations, du moins d'acquérir leur respect: c’est de rendre le sol aux cultivateurs, de les arracher aux usuriers qui les rongent, de leur assurer une justice impartiale, de laisser de plus en plus « l'Égypte aux Égyptiens ». Mais cet art de s'effacer peu à peu, quel gouvernement le posséda jamais! Celui de la Grande-Bretagne en donnera-t-il l'exemple? Si l'on en croyait les affirmations solennelles et réllérées des chefs du gouvernement anglais, ils n'auraient qu'une ambi-

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A6 NOUVELLE GÉOGRAPIE UNIVERSELLE.

ton : rétablir l'ordre dans les finances et Fadministration de l'E puis, après avoir accompli cette œuvre pie, se retirer en laissant à successeurs un bon exemple à suivre !

Rattachée comme elle l'est au cerele d'attraction de la politique Utile péenne, l'Egypte est naturellement une des contrées les mieux explore du continent africain, Lors de l'expédition française de la fin du si dernier, les nombreux savants qui accompagnaient Bonaparte, Dear ol Kleber, étudiérent le pays à tous les points de vue, géologie et minéralogi histoire du sol, hydrographie, annales, architecture, mœurs et coutumes,

économie sociale, et l'ensemble de leurs travaux est encore le monument

seientitique le plus considérable qui existe sur la basse vallée du Nil. La

carte générale qu'ils dressérent à l'échelle du centemillième est aussi restée à maints égards li plus complète que Fon possède, notamment pour la haute Euvpte où Naïd. La carte moins grande que fit graver Linant de Bellefonds, directeur des travaux publies en Égypte, est un autre document précieux ; mais, en dehors des grands traits de la contrée, marques par l'ossature de rochers qui limitent les campagnes verdovantes, les linéaments du sol changent d'année en année et telle carte locale, levée ave le plus grand soin pendant la génération précédente, serait presque complètement à refaire : d'un côté les berges du Nilont été rongées par le flot, de l'autre se sont déposées des battures que les fellähin ont endiguées déja et soumises à Ja charrue; des canaux envasés ont été remplacés par d'autres fossés d'irrigation: des chemins, des villages ne sont plus au mème endroit et portent des noms nouveaux; les cartes spéciales faites pour le cadastre des grands domaines leur donnent successivement une physionomie différente, Quant aux déserts ce arabique » et libyque », 1° ne sont connus encore que par le réseau des ilinéraires de quelques vovageurs. d'un côté entre le Nil et les ports de la mer Rouge, de l'autre dans la direction des oasis. [serait temps que le pays où Ératosthène fit, il va plus de deux mille années, la première mesure d'un are de méridien, possédit enfin un réseau de mesures géodésiques auquel pussent se rattacher toutes les cartes spéciales.

Mais la plupart des explorateurs de l'Égypte ont plus étudié l'histoire ancienne du peuple que sa vie actuelle et la géographie spéciale de a contrée, Lorsque la découverte de Champollion eut révélé le mystère st longtemps et si ardemment cherché des hiéroglyphes, et que les savants purent enfin déchiffrer les inscriptions qui par milliers couvrent les murs et les colonnes de l'immense bibliothèque architecturale de l'Égypte, c'est avec avissement qu'ils pénétrèrent dans ce monde d'autrefois naguère presque

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