LIAISON
É gup'e.)
POPULATION DE L'ÉGYPTE, bi
populations égyptiennes ; le choléra, qui en LSS5 fit de Damiette un vaste hôpital, n'exerce périodiquement ses ravages que dans une faible partie de Ja contrée ; mais lanémie, causée par l'insuffisance de la nourriture, sévit par toute l'Égypte, en frappant de préférence sur les enfants. n'est pas de pays au monde où les aveugles et les borgnes soient plus nombreux ; en débarquant sur les quais d'Alexandrie, l'étranger remarque aussitôt les effets de l'ophtalmie contagieuse dans la foule qui se presse autour de lui, et ses observations subséquentes, appuyées par la statistique', confirment cette première impression. La pauvreté du sang, la réverbération de la lumière sur les murs blancs et sur les eaux du fleuve, les alternatives brusques de température et surtout la poussière saline el nitreuse qui se forme par la décomposition du limon nilotique et que le vent soulève en tourbillons, sont les causes auxquelles on doit attribuer ces dangereuses ophtalmies; néanmoins les Bédouins du désert ont presque tous une vue excellente, Les mouches, la « plaie d'Égypte », contribuent certainement à entretenir et envenimer les ophtalmies. C'est pitié de voir les petits enfants autour desquels les mouches tournoient en essaims; ils n’ont plus mème la force de chasser les insectes qui se posent sur leurs veux malades, et tristes, sans mouvement, ils attendent que le sommeil vienne interrompre leurs souffrances.
La lèpre, moins commune en Égypte qu'en Syrie, n'a malheureusement pas disparu. L'espèce de fièvre gastrique connue en Orient sous le nom de denque est assez commune, L'éléphantiasis des Arabes atteint fréquemment des indigènes, surtout dans le della; une autre maladie de peau, le « bouton » du Nil, analogue à la « datte » de Bagdad, et au « bouton » d'Alep et de Biskra, est endémique en Égypte, et la plupart des habitants et des étrangers ont à souffrir de cet ulcère, une fois pendant leur vie ou leur séjour, le plus souvent sous une forme assez bénigne.
Plus des neuf dixièmes des Égyptiens sont mahométans; mais dans ce pays, où les religions se sont succédé comme les alluvions du Nil, la nation n'a pas eu le temps de se donner une foi correspondant à son culte ofliciel et plus d'un observateur a pu retrouver dansles légendes et dans les cérémonies des fellähin les traces de la religion qui rassemblait jadis des foules dans les parvis des temples de Thèbes et de Memphis : telle fète nocturne où se pressent les paysans, attendant la visite de la vache d'or, dans le sanctuaire en ruines de Dendérah, rappelle les processions so-
! Proportion des personnes attcintes d'ophtahmie, dans la population égyptienne, d’après Amici : 17 pour 100.
516 NOUYELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
lennelles faites en l'honneur de la génisse Hathor'. Les Égyptiens ne sont mahométans qu'à la surface, et peu nombreux, en comparaison de la foule des indifférents, sont ceux qui observent avec serupule toutes les prescriptions de Mahomet. Les mosquées sont peu fréquentées; le felläh ne fait pas toujours ses ablutions dans le canal qui passe près de sa demeure et le Bédouin ne s’arrète pas dans le désert pour se frotter de sable. Depuis un demi-siècle, l'esprit de tolérance religieuse a fait de grands progrès en Égypte : quelle que soit la fervetr des hadji les plus ardents, nul d'entre eux ne se présenta pour combattre les Anglais jusqu'à ce que la « guerre sainte » fût proclamée, el même alors aucun des rares volontaires qui entrèrent dans les rangs n'était originaire de la basse Égypte?. Si fiers qu'ils soient d'appartenir au peuple des élus, les musulmans égyptiens n’ont plus le droit de mépriser les hommes étrangers à leur foi, puisqu'ils n’osent pas les combattre et que ces étrangers se présentent avec toutes les apparences de la supériorité intellectuelle et toutes les ressources de la force matérielle. Toutefois, c'est précisément dans les limites du territoire égyplien que se trouve le centre de la propagande hostile aux chrétiens. La redoutable confrérie musulmane du Mahdi où « Guide » Sidi Mohammed Ben Ali es-Senoûsi a son couvent métropolitain à Serhboûb ou Djaraboûüb, dans l'oasis de Farèdgha®; mais le Guide lui-même, allié, dit-on, à celui qui a soulevé les tribus arabes du Kordo‘än et du haut Nil, est un Algérien et c’est de la Maurétanie que viennent presque tous les fidèles qui l'entourent. S'il à choisi cet endroit, c'est qu'il offre à la fois deux précieux avantages : une situation presque centrale pour la propagande dans le monde musulman, et son éloignement de tout posle militaire où commercial occupé par des Européens. Il à pu y poursuivre presque secrètement son œuvre pendant une vinglaine d'années, sans qu’une menace d'intervention vint contrarier ses efforts.
En recevant la religion des Arabes, les Égyptiens ont aussi, malgré leur grande supériorité numérique, pris la langue des vainqueurs, qu'ils parlent d'ailleurs avec pureté; l'université d’el- Azhar, au Caire, est même un des endroits où se discutent et se règlent les questions les plus délicates de la grammaire et de la littérature arabes, L'emploi de quelques mots turcs et coples et le mode particulier de prononciation pour cerlines lettres, telles sont les seules différences du langage égyptien, com-
paré à celui du Hedjaz. Arabes par la religion et l’idiome, les Égyptiens
1 G, Maspero, Noles manuscriles, Mackenzie Wallace, ouvrage cité, Il, Duveyrier, Bulletin de la Société de Géographie, 1881.
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MŒURS DES ÉGYPTIENS. o17 sont devenus Tures par l'organisation politique, l'administration, l'absence d'aristocratie héréditaire. Pour les institutions sociales ils se sont aussi en grande partie conformés à l’exemple donné par leurs conquérants arabes