N° O1. — DOMAINES DE LA DAÏRAI DANS LE DELTA
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ont grossi le domaine particulier du souverain, des membres de sa famille et des personnages considérables de l'État; la Compagnie du canal de Suez est aussi l’un des grands propriétaires du pays : c’est au quart du sol arable de l'Égypte que l'on évalue l'ensemble des propriétés appartenant sous divers noms à la famille khédiviale; entre Assiout et Bedracheïn presque toute la terre est le sol du khédive et chaque station du chemin de fer est bâtie à côté de l'usine et de la ferme agricoles. Un autre quart
! Salaire moyen du travailleur agricole : 57 à 68 centimes, suivant les saisons, (Mac Coan, Egypt as it is; — Statistique de l'Égypte pour 1878).
du sol se compose de terrains ouchouri ou « de dime » appartenant en toute propriété à ceux qui les font mettre en culture. Quant aux terres des
pauvres, divisées en petits lopins autour des villages, et constituant la moi-
tié du territoire avec les possessions des communautés, elles sont grevées d'une taxe variable, le kharadj, qui peut être accrue à la volonté des gouvernements, mais qui est en moyenne d’un cinquième, comme au temps de Joseph". En payant cet impôt, le détenteur du sol n'en reste pas moins à la discrétion de l'État; il n’est propriétaire que par tolérance, et ses héritiers ne sont considérés comme tels qu'après avoir fourni la preuve qu’ils sont en mesure de cultiver la terre concédée et d'en acquitter les impôts. S'ils veulent iransformer leurs terres kharadjieh en propriétés à titre définitif, c’est à la condition de payer d'avance un impôt de six ans en une seule fois ou par versements partiels; outre le titre, ces payements anticipés leur valent un dégrèvement futur de la moitié de l'impôt foncier. Les terres wakf (vakouf) appartenant aux mosquées ou aux écoles changeront probablement de propriétaires en tout ou en partie; la saisie de ces biens de mainmorte permettra au gouvernement britannique d'équilibrer son budget égyptien.
Officiellement, la plus grande propriété territoriale de l'Égypte serait celle du khédive; toutelois ce domaine, la daïrah-sanieh, devenu le gage des prêteurs européens depuis l'année 1878, est géré par une commission dont la direction effective n'est pas en Égypte : les véritables propriétaires sont des banquiers de l'Occident. Une partie considérable de ce domaine est louée à ües entrepreneurs qui sous-louent le sol aux paysans; des champs sont directement concédés aux ouvriers, mais une étendue notable de la dairah, qui serait certainement mise en culture si elle appartenait aux fellähin, reste en friche, Pour l'exploitation directe, les créanciers du khédive ent recours soit à des ouvriers salariés, soit à des agents, qui s'entendent avec les maires des villages pour obtenir des travailleurs. Le labeur est rétribué par une pitance régulière ou par des cadeaux personnels faits aux chefs d’escouade : de la corvée gratuite au salaire librement débattu, entre ouvrier et patron, s'échelonnent tous les modes de rémunération. Mais tant d’intermédiaires ont à recevoir leur part de bénéfice dans la eulture du domaine khédivial, tant d'intéressés, ayant, à divers titres, collaboré à la « régénération de l'Égypte », réclament la récompense due à leurs bons services, que le revenu définitif de ces terres, pourtant si fécondes, se réduit à bien peu de chose ; il n'atteint pas 60 franes par hectare, el
»* Mackenzie Wallace, Egypt and the Egyptian Question.
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TENURE DU SOL EN ÉGY\PTE, 521
mème il y à déficit, si aux dépenses annuelles on ajoute le service des intérèts pour l’acquittement des dettes antérieures".
Au contraste de tenure entre les terres des grands personnages et les terres kharadjieh des petits eultivateurs correspond en beaucoup d'endroits le contraste du mode d’arrosement. Au point de vue de l'irrigation, il faut distinguer nettement entre les terrains seft et les terrains nii. Ces derniers, ainsi que le nom l’indique, sont les champs que recouvrirait en entier l'inondation fluviale, si des levées ne la retenaient, et que pénètrent par suintement les eaux profondes venues soit du courant, soit des canaux naturels ou creusés à une faible profondeur au-dessous de la surface du sol; les fosses les plus basses ont leur prise d'eau à # mètres en contrebas des terres cultivées; elles ne s'emplissent que durant la période de crue et se dessèchent pendant la période des basses eaux, Au siècle dernier, l'Égypte entière n'était arrosée qu'au moyen de bassins successifs échelonnés sur les deux bords du fleuve et recevant leurs eaux par les canaux nili*; plus des trois quarts des campagnes de la haute Égypte sont encore soumis au système d'aménagement par les bassins, Les canaux sefi, c'est-à-dire « d'été », tous d'origine moderne, sont creusés audessous du niveau moyen des maigres, de S à 9 mètres en contrebas du sol, de sorte que l’eau y pénètre en pleine saison de sécheresse; dans la région de la haute Égypte, on les trace parallèlement au fleuve, suivant une très faible pente, de manière à leur faire atteindre bientôt le niveau des teries à arroser. Dans la basse Égypte, d'où le système des bassins d'irrigation à complètement disparu, les canaux sefi restent partout au dessous des terres, et c'est par pompes à vapeur, sakich ou chadouf qu'il faut élever l’eau d'irrigation. Un de ces canaux sefi est le fameux canal Mahmoudieh, qui prend l’eau du Nil pour arroser les campagnes bordières du désert jusqu'à la ville d'Alexandrie et qui est en même temps une grande voie de navigation; mais, en partie comblé par les vases, il n’a plus assez de profondeur pour que le courant s'y établisse régulièrement, et des machines à vapeur, établies à Atfeh, sur la branche de Rosette, doivent y suppléer pour emplir le canal. La branche de Damiette alimente
! Etat du domaine, lors de la cession, le 51 octobre 1878 :
Superficie cultivée directement... , , , .. , .. 77 020 hectares A DT re PE ET 93 119 D » concédée aux ouvriers, +, 4 4 4 4 à 15 068 Û LORS LUCILE ER PE ET D RRO 39 940 »
Ensemble , , . . , . . 178 747 hectares,
? Rousseau, frrigation d'Égypte.
022 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE.
aussi de nombreux canaux d'été, grâce à son élévation relative au-descue des campagnes du delta.
Les premières eullures set se firent sous Mohammed-Ali lorsqu'on con mença les plantations de cotonniers Jumel, et maintenant encore ce sont presque uniquement les produits de grande valeur, le sésame, Le sucre, | coton, que lon obtient dans les terres seli, arrosées trois mois durant, avant l'époque de l'inondation ordinaire, Aussi la petite propriété n'atolle aucune part dans ces campagnes irriguées au temps des basses eaux : ce sont les personnages de l'État, les riches prèleurs auxquels l'Égypte srl les intérêts de la dette, qui seuls prolitent de ces récoltes industrielles Toutefois ils ne sont pas les seuls à subvenir aux dépenses d'entretien, qui sont énormes, car les boues qui s'accumulent dans les fossés les com blent peu à peu en maints endroits ; une seule année suffirait pour changer un canal seli en une simple coulée nili, si les chiourmes de fellähin n'étaient employées pendant des semaines et des mois au curage des exeavations, L'ensemble des canaux seli représente une masse de déblais égale à une fois et demie celle du canal de Nuez, et, chaque année, la masse de terre et de vase qu'il faut déplacer à nouveau pour le neltovaue des fossés s'élève au tiers des déblais primitifs, Pour ces travaux énormes il faut le concours de la population tout entière; le labeur journalier du lellh ne suffisant en moyenne que pour le déplacement d'un demi-mètre cube de terre, de trois quarts de mètre au plus dans les circonstances exceptionnelles, c'est par dizaines de millions qu'il faut compter les journées de travail :en 1872, Linant de Bellefonds évaluait à 490000 lommes le nombre des travailleurs employés chaque année, pendant une movenne de deux mois, au eurage des canaux d'été’, et chaque fellàh doit en outre s'occuper de neltoyer les canaux nilt de sa commune, ainsi que la rigole partieulière qui apporte de l'eau à son propre champ. Pour un seul canal, le Mahmoudieh, Mohammed-Ali employa 515 000 corvéables,
Ge n'est pas tout : les erues exceptionnelles du Nil pourraient être un désastre effroyable pour la contrée si les digues n'étaieat pas entretenues avee soin et même exhaussées dans les circonstances périlleuses. En INT#, toutes les cullures d'été, la canne à sucre, le cotoumier, le deurrah, le mais étaient menacées d’une destruction complète, et c'en était fait de toute la richesse du pays, si la population, mue par le sentiment du danger commun, ne s'était défendue sans relâche contre les eaux montantes. Pendant plus
t Mémoire sur les principaux travaux d'utilité publique exécutés en Égypte. # Felix Mengin, Hislore de l'Égynte.
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