‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 225 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE BASSIN DU NIL w

LE FLEUVE fe “.

Descendant du sud au nord et traversant dans son Cours inférieur des campagnes largement ouvertes, le Nil ineline, pour ainsi dire, toute l'Afrique nord-orientale vers le bassin de ln Méditerranée. Son delta correspond, malsré la différence des formes, à une autre bouche, à la fois

marilime et fluviale, celle des Dardanelles et du Bosphore, par laquelle les HR à régions que parcourent les fleuves de l'Europe orientale se penchent égale- ji ment vers la Méditerranée, Ainsi, comme un cercle intérieur décrit dans iÿ un cercle plus vaste, se développe au centre de l'Ancien Monde une zone ji

de terres riveraines formant comme un microcosme à part et comptant au nombre des cités qui brillent dans l'histoire des villes telles que Memphis, Alexandrie, Jérusalem, Tyr, Antioche, Éphèse, Milet, Smyrne, Athènes, Uonslantinople,

Le Nil est par ia longueur de son cours l'un des plus grands fleuves de | la Terre et, parmi les tribus de ses bords, plusieurs croient que le monde

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est parlagé en deux par le fleuve, serpent mythique s'enroulant autour du monde et se mordant la queue", Il dépasse certainement tous les autres cours d'eau du groupe oriental des continents, même le Yangtze-kiang et les trois grands courants sibériens: il est même supérieur en développement au fleuve des Amazones, et ne le cède probablement qu'au seul Missouri- Mississippi ; Loutefois on ne connait pas encore avec une certitude absolue

2 Felkin, Uganda and the Eguptian Soudan, vol. 14, pe 40.

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la rivière maitresse qui se jette dans le grand N'yanza, formant ainsi le cours supérieur du Nil; peut-être celte rivière est-elle plus considérable qu'on ne l'imagine et les sinuosités de son cours donnent-elles à l'ensemble du lit fluvial, des sources de l'Afrique australe aux plages de la Méditerranée, une longueur encore plus grande que celle du fleuve américain, Le développement du Nil, mesuré seulement à partir du N’yanza, est de 6270 kilomètres"; en ligne droite, suivant le méridien, à droite et à gauche duquel serpente la vallée du Nil, la distance de lac à mer est de 91 degrés et demi, soit environ 5500 kilomètres; mais peut-être faut-Al descendre encore à plus de 5 degrés au sud de le eur et à 2 degrés à l’est de l’émissaire de sortie pour y trouver les prescières eaux du bassin nilotique. Les sinuosités du lit allongent le courant fluvial de plus des Lois quarts’. Pour la superficie du bassin, le Nil est inférieur aux deux fleuves américains, le courant des Amazones et le Missouri-Mississippi; d'après le tracé approximatif de nos cartes d'Afrique, il est à peu près égal au Congo pour l'étendue de l'aire d'écoulement : si ce n’est dans la partie moyenne de son cours, entre le pays des Makraka et l'Éthiopie, ses versants latéraux n'ont qu'une faible largeur”. Enfin, la sécheresse de la plupart des régions que parcourt le Nil ne lui permet pas de se comparer pour la masse liquide avec les autres grandes artères fluviales du monde; d'après le tableau des portées fluviales que l'on à pu caleuler d’une manière approximative, 1l serait probablement le vingt-septième fleuve de la Terre. Suivant les évaluations des ingénieurs, PAtrato, qui débouche dans la mer des Caraïbes, près de listhme de Panama, et forme ainsi une sorte de pendant au grand fleuve africain, roulerait une masse d’eau plus considérable, quoique son bassin soit près de cent fois moindre.

La pente générale du sol, des plateaux de l'Afrique centrale aux rivages de la Méditerranée, coïncide avec la vallée du Nil; toutefois c'est uniquement à ce fleuve que les régions traversées doivent leur uiité géographique.

Les hautes terres de l'intérieur parsemées de laes, les espaces maréca-

4 Longueur du Missouri-Mississippi. « ... + . + 1052 kilomètres, » du Nil, avec l'afflaent supérieur du Nyanza, 7000 » » du fleuve des Amazones, avec l'Apourimac. 6000 » ÿ de l'Irtich-0b', ee Se re 0 S DOBDP LT » du Selenga-Angara-Yeniset. , , , , . . 9900 » ù du Vitim-Lena, , . une rares ours, car. DUO cd D ) du Yangtze-kiang, 4 4, 4650 »

2 Elia Lombardini, Essai sur l'hydrologie du Nil.

5 Superficie approximative des bassins fluviaux : Amazones. . . ,. , , 7000 000 kil. carrés, À Nil, , . , , , . 9 990 000 kil, carrés, Mississippi. . . . . 9496000 » » Congo, . . . , . . 5200000 » »

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NIL ET SES SOURCES. ô

geux où les principaux affluents du sud-ouest viennent s'unir au Nil Blane, la citadelle de montagnes occupée par les Éthiopiens, le Kordofân, entouré de solitudes, les déserts de Nubie, l'étroite et sinueuse vallée de Ja haute Égypte, enfin la campagne verdoyante où se ramifient les bras fluviaux avant de s'unir à la Méditerranée, loutes ces contrées sont autant de domaines géographiques bien distinets, et l'histoire en aurait été toute locale si le Nil el ses affluents, serpentant de l'une à l'autre région, ne les avaient unies de leurs fils d'argent. C'est grâce au fleuve que les bords du Nil inférieur se sont peuplés de colons d'origine nubienne, que l'antique eivilisation d'Égypte remonta jadis jusqu'à Meroë et même au delà, que des guerres fréquentes ont sévi entre Éthiopiens et gens des plaines pour la possession des cours d'eau, et que, pendant ce siècle, vice-rois et khédives du Caire ont fait de si constants efforts pour rattacher à leur domination tout le bassin du haut Nil, jusqu'aux grands lacs et au faîte de partage. Les divisions naturelles entre les peuples riverains sont marquées sur cette longue artère de Afrique nord-orientale par les seuils des cataractes et les confluents de rivières. Il importe done d'étudier d'abord le fleuve qui a fait l’histoire de ces contrées.

Les anciens disaient que le Nil prend sa source dans les « montagnes de la Lune », et c’est, en effet, dans l'Ou-Nyamouëzi où « Pays de la Lune » que Speke à vu les affluents les plus méridionaux du système lacustre d'où s'échappe le Nil. Mais, parmi ces tributaires, en estl un que la lonqueur de son cours, sinon l'abondance de ses eaux, permette de considérer comme la branche maitresse du fleuve? On cherche encore cette « tête du Nil»; comme au temps de Lucain, personne n’a eu la gloire de voir le Nil naissant, ou du moins ceux qui habitent ses bords en ignorent le rôle historique, Suivant les cartes qui ont été dressées d'après les itinéraires de Stanley, de Pearson, de Smith et des missionnaires français, il semblerait que le Mwarou (Liwoumba, Louwambé), naissant au sud du cinquième degré de latitude boréale, et eoulant au nord, puis au nordouest vers le N'yanza, serait le vrai Nil « de la Lune », du moins pour k longueur du Hit; mais, si les altitudes barométriques rapportées par l'explorateur Pearson sont exactes, il est impossible que ce cours d’eau aille se jeter dans le bassin lacustre, puisqu'il coule à une moindre élévation. D'autre part, il ne saurait se diriger à l'ouest, vers le lac Tanganyka, puisqu'il en est séparé par des seuils d'environ 150 mètres! et que de nombreux voyageurs auraient dù le traverser en route ; il se perd

‘EG, Ravenstein, Map of Eastern Equatorial Africa.

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donc probablement en quelque bassin d'évaporation. Les indigènes dirent à Speke que cette région, comprise entre le grand lac et les haûtes monlagnes du littoral, est parsemée de lacs et de fonds salins, pareils à ceux que les informateurs arabes de Denhardt, Erhard, Wakefield ont découverts plus au nord. Naguère, on aurait pu croire aussi que des rivières abondantes descendaient du versant occidental de la montagne géante de l'Afrique, le Kilima N'djàro, qui dresse ses deux pitons neigeux à 400 kilomètres à l’orient du N'yanza; mais les eaux qui s'échappent des ravins de l'énorme volean prennent surtout la direction de l'est et du midi pour s’écouler dans la mer des Indes; les ruisseaux peu abondants du versant occidental vont se perdre dans les dépressions du plateau. Les cours d’eau que Stanley et d’autres voyageurs onl reconnus sur la côle orientale du N'yanza ne sont pas des rivières considérables et naissent encore loin du Kilima N'djàro. Le faite de partage entre le versant de la mer des Indes et celui du haut Nil n’a pas la hauteur des sommets orientaux, el ressemble plutôt à une berge élevée se terminant brusquement à l'est et s'inclinant doucement du côté de l’ouest ; de distance en distance des volcans se dressent sur cette haute berge, et, d’après les Arabes, dont le témoignage a été récemment confirmé par celui du voyageur Fischer, plusieurs de ces monts offrent encore des signes d'activité; des éruptions même auraient eu lieu. Un des cônes est le Dounyé Ngaï ou le « Mont Céleste »; deux cimes portent le nom de Dounyé M'houro ou « Pie de la Fumée », et des eaux thermales coulent en abondance de leurs fissures. À la base des escarpements orientaux de la falaise, haute d'environ 1500 mètres, qui porte le Mont Céleste et les autres volcans bordiers s'étend un lac thermal, prolongé par des marais où se dépose la soude. En cet endroit le sol forme une dépression profonde entre la chaîne des volcans et le Kilima \'djàâro: l'altitude du lac est de 640 mètres seulement".

L'affluent du grand lac qui à certainement le plus de droits à être tenu pour la rivière maîtresse du bassin, du moins par la masse liquide, est le Tangouré, Kagera * ou rivière de Kitangoulé, qui s'épanche dans la partie occidentale de la mer intérieure, à peu près vers le milieu du littoral : ses premiers explorateurs lui ont donné le nom de Nil d’Alexandra. I naît dans une région montueuse, à une centaine de kilomètres au sud de l'équateur et à près de 5900 kilomètres en droite ligne de la Méditerranée, puis, uni aux torrents qui descendent du massif de Mfoumbiro, il coule

‘ Fischer, Hamburger Correspondent, 21 déc, IS85: — Proceedings of the Geographical So-

ciely, Fév. 188%.

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