‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 225 · LE RE · texte numérisé non relu

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Certaines îles sont le domaine incontesté de belliqueux hippopotames, qui se groupent par tribus et familles et ne tolèrent point la présence d'autres grands animaux sur leurs territoires respectifs. Les naturels ont construit des bateaux d'une espèce particulière pour la aplure de ces monstres : x

Mackay, Proceedings of the Geographical Sociely, may 1884,

56 NOUVELLE GÉOGRAPIDE UNIVERSELLE,

en heurtant l'embareation l'animal engage sa tête dans le creux du bordage et l’on en profite pour le percer de coups; mais pareille chasse est toujours périlleuse !.

Sur l'immense pourtour de plus de 1200 kilomètres, sans compter les mille petites indentalions des côtes, les paysages varient à l'infini. Presque partout le littoral est rocheux, gneiss, granit où basalte ; mais, tandis qu'en maintsendroits lazone riveraine est une étendue plane et sans arbres, ailleurs de hautes collines, des montagnes même, s'élèvent au bord de l'eau, parsemées de bouquets de verdure, entre lesquels se montrent des villages; de la rivière Katonga au Tangouré une grande partie de la rive est basse, et les pêcheurs poussent leurs radeaux à la gaffe jusqu'à 5 kilomètres du bord. Au sud se dressent des rochers nus, auxquels des broderies de lichens rouges ou orangés donnent l'aspect de bloes de fer, et plusieurs sont en effet composés de minerai ferrugineux”, Les sites les plus gracieux se déroulent au nord-ouest du bassin dans lOu-Ganda où pays de Ganda : les baies qui découpent le rivage paraissent divisées en nappes Inéales par des promontoires boisés; de toutes parts on voit briller des eaux argentines entre les massils verdoyants; de chaque vallon s'échappe un vuisseau bordé de hautes herbes où d’arbustes, au-dessus desquels se reploient les branches des grands arbres, [n'est probablement pas de contrée au centre de FAfrique qui ait un sol plus fécond et un climat plus égal que ce pays de Ganda : les plantes de la zone tempérée qu'y ont introduites les Européens ont parfaitement réussi®.

Au large du littoral de Ganda, entre la haute mer et les golfes des côtes se prolonge en chaîne continue un archipel de quatre cents îles, dont le groupe le plus considérable porte Le nom de Sessé, Les paysages de ce monde insulaire sont encore plus variés que ceux des rivages de FOu-Ganda et la végétation + est plus riche : des arbres superbes recouvrent les pentes jusqu'aux plages, qu'entoure une bordure de papyrus, À Fouest, une île basaltique, le Boukerebé, PAice-sland de Stanley, dresse ses parois noirâtres à plus de 100 mètres au-dessus du lac, De toutes les roches insulaires qui frangent la côte sur le pourtour du N'yanza, la plus étrange est celle que Stanley appela «ile du Pont ». Ce roc, situé non loin de l'angle nordoriental du lac, se compose de deux piliers de basalte, unis Fun à Fautre par une arcade surbaissée d'environ # mètres de flèche, Des arbres ont

inséré leurs racines dans les fissures de la pierre : le rocher à disparu, on

1 Wilson and Felkin, Uganda and the Egyplian Souacn.

2 Mackav, Procce liigs of the Geographical Soccety mas IS 5 Wilson, Proceedings ofthe Geographical Society, june FSSU,

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N'YANZA. 59 d.

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ne voit que deux groupes de verdure enguirlandés de lianes qui retombent dans le flot, traçant chacune leur petit sillage; à travers l'arcade, festonnée de plantes, se montre la chaîne vaporeuse des montagnes côliè es, Re. Les bateaux qui voguent sur le lac, parfois groupés en flottes considérables, :f contribuent à la beauté des paysages du N'yanza. Quelques riverains ont |

des bateaux à voiles, les marchands ont lancé de grandes embarcations ; pareilles aux dhaou des Arabes zanzibariens, et les missionnaires européens ont charpenté des chaloupes sur le modèle anglais: mais la plupart Î

des esquifs sont encore de construction primitive : ce sont des pirogues

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arrondies vers l'arrière et pointues à l'avant; la moitié antérieure émerge en entier et se redresse à la façon des gondoles par une haute proue ornée de deux cornes d'antilope et d'un bouquet de plumes : on dirait de loin un animal élevant le cou hors de l'eau et cherchant sa proie. Ces bateaux,

que montent de dix à quarante-huit rameurs, ne marchent qu'à la pagaye; ils n'ont ni mât, ni voile; formés de troncs d'arbres mal équarris que rattachent des branches flexibles et calfatés par des écorees mêlées de boue, ils ne résistent guère à la pression de l'eau et les accidents sont fréquents; les rameurs ne se hasardent guère loin du rivage. Naguère, les flottes de Ganda n'osaient s'approcher de l'île d'Ou-Vouma : armés d’un simple couteau, les insulaires nageaient vers les barques, plongeaient à quelque distance pour arriver sous la carène dont ils tranchaient les attaches ligneuses : en quel- he ques secondes, l'embareation élait rasée par le flot et les rameurs luttaient contre la mort! Les dangers de la navigation sur le N'yanza assurent aux divinités du lac une grande vénération de la part de tous les riverains. nr

Ces dieux, qui résident dans les îles, ne daignent communiquer avec les mortels que par l'intermédiaire d'ambassadeurs, auxquels on parle les mains pleines de présents?, Avant longtemps, les bateaux à vapeur auront privé ces dieux de leur prestige et les feront rentrer dans les rangs des simples mortels. Lorsque l'Américain Chaillé-Long voulut s'embarquer sur le lac, le roi d'Ou-Ganda fit abattre les têtes de sept magiciens que l'on adorait et que l'on exécrait à la fois comme les mauvais génies du lac : il espérait ainsi favoriser le voyage de son hôte”, Les tempêtes, les trombes fi Y sont fréquentes sur le lac, M. Wilson a constaté l'existence d’un courant nn constant qui se fait sentir dans le golfe de Speke et se porte dans le direc- À tion de l'ouest, parallèlement au littoral; il est causé par l'alizé du sud-est, qui souffle régulièrement pendant presque toute l'année,

! Ernest Linant de Bellelonds, Bulletin de la Soviélé de Géographie du Caire, 1876. à # Speke, ouvrage cité, :

2 5 Petermann's Mittheilungen, 1875, n° XI. A:

66 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE,

L'eau surabondante de la mer intérieure s'écoule lentement par un large solfe de la côte septentrionale ouvert au nord de l'ile Ou-Vouma, puis, graduellement resserrée en fleuve, elle précipite son courant ? c'est là que se forme le Nil, À peine le courant de sortie at-il pris Faspeet d'un cours

d'eau, qu'il atteint le bord d'un seuil d'où il plonge en cascade : c'est |

le « Courant des Pierres ». Un groupe de rochers. portant quelques arbres, -e dresse à peu près au milieu de la chute, large d'environ 400 mètres; d'autres blocs de pierre, moins élevés, divisent le courant à droite et à gauche, et plus bas d'autres éeueils sont parsemés dans le courant, au | mulieu de la masse écumeuse et tourbilonnante : de lille nom de Djindja | ou de Pierres » sous lequel les habitants de l'Ou-Ganda désignent la ne cataracte, Npeke Tut donne Fappellation de « chutes de Ripon », Ripon- ! falls, généralement indiquée sur les cartes, La hauteur verticale de lr eas- ; cade est de # mètres, et pourtant les poissons, qui se pressent en foule à | la base de Ta nappe croulante, S'élancent par centaines à la fois pour ( retomber dans le courant supérieur, Un bac traverse le fleuve tranquille l à une petite distance en amont de PDjindja, La vue du lac est en grande s partie cachée par un promontoire boisés un petit bouquet de palmiers sur c ù ane péninsule basse indique la ligne de séparation entre les eaux du golfe r et le courant fluvial, Au delà, des îles verdoyantes semblent continuer les li collines de la terre ferme. l’ D'après Nlanles, Le Nil, appelé ei Kivira, serait d'un bers environ plus e considérable que le Tangouré, Faffluent principal du grand lac. Large d'un l demi-kilomètre en moyenne, il coule d'abord au nord-ouest en formant \ quelques rapides; plus bas, il s'étend à droite et à gauche en vastes maré- ) cages emplis de roseaux, mais le fleuve maintient sa profondeur normale li entre les jones, et, par delà les marais, les deux versants de la vallée le déroulent leurs prairies, leurs bois et leurs vallons, A'une centaine de kilo- lt

mètres de ses chutes, le Nil débouche dans un autre lac, le Gita-N'zivé,

appelé lac Tbrahin par PAméricain Chaïllé-Long, qui le découvrit en 1879.

Cest une nappe d'eau peu étendue en comparaison des mes douce que possède Afrique centrale : il occuperait un esp d'environ 900 kilomètres carrés, Dans cette région, le NE re ques cours d'eau, entre autres le Louadjerri, qui naît dans les ei de FOu-Ganc.. non loin de la rive du N'vanza, et que Speke croyait êti efflnont de ce grand

lac. L'explorateur anglais traçait sur la carte un troisièie émissaire, le

hafou, qui se serait réuni au grand Nil, après un cours d'environ 200 kilo-

mètres. C'eût été un phénomène extraordinaire que celui de trois rivières

S'épanchant d'un même ae pour aller se rejoindre à travers des régions

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