NIL KIVIRA, CHUTES DE RIPON ET DE MURCHESON
accidentées ; mais le Kafou, comme le Louadjerri, nait dans le voisinage du lac, sans communiquer avec lui,
Le Nil s'est à peine reformé dans un étroit canal, au sortir du lac Ibrahim, qu'il s'étend de nouveau, dit Chaillé-Long, pour former un immense marécage n'ayant en moyenne que 9 où # mètres de profondeur et recouvert de végétation : ici des arbres, ailleurs des forêts de roseaux, Ce marais est le Kiodja ou Kapeki, découvert par ltalien Piaggia, A une petite dislance en aval, sur la courbe occidentale d'un long méandre, le fleuve reçoit la rivière navigable de Kafou, En aval, il décrit une autre courbe vers l'est et vers le nord, puis, tournant brusquement à l'ouest, se maintient désormais dans la mème direction jusqu'au grand lac de Mwoutan-\'zigé : dans cette partie de son cours, ilest en général désigné sur les cartes anglaises sous le nom de Somerset, Large de plus de 400 mètres en moyenne, le fleuve serait parfaitement navigable si la pente n'en était trop rapide : d'après les mesures approximatives faites par les voyageurs, la chute totale du Nil, sur cet espace d'environ 190 kilomètres, serait de 695 mètres, soit plus de # centimètres et demi par mètre de cours. La première eascade de cette partie du Nil, celle de Karouma, est plutôt un rapide; l'eau, resserrée entre des parois de syénite, glisse d'un ressaut presque aussi régulier qu'un barrage fait de main d'homme et fuit en nappes écumeuses : de l'aval à Famont la différence de niveau est d'environ 5 mètres, Mais à ee premier rapide en succèdent d'autres, le Tada, le Nakoni, FAssaka, le Kadia, le Wadé, de Ketoutou; est le, seuil principal que franchit le Nil pour descendre de la région des hauts plateaux. Sur un espace de 90 kilomètres, l'eau s'échappe d'écluse en écluse, se heurtant sur les rochers, emplissant Fatmosphère de vapeurs qui retombent en pluie sur les arbres de la rive; même les pirogues des indigènes ne peuvent s'avenlurer dans ces rapides. L'action du courant a, pour ainsi dire, scié le rocher en abaissant graduellement le niveau du fleuve : la paroi de la rive méridionale s'élève à 40 où 90 mètres de hauteur verticale au-dessus des eaux bouillonnantes".
C'est par une imposante cascade que se termine le cours torrentiel du Nil Somerset, Sur une vingtaine de kilomètres en amont de la chute, l'eau est tellement inclinée, que rapide succède incessamment à rapide : la pente du fleuve est d'au moins 10 mètres par kilomètre*, Soudain le courant, réduit à une largeur d'à peine 50 mètres, s'élance d'une corniche entre deux
4, Lioant de Bellefonds, Bulletin de la Société de Géographie du Caire, V876. # & G Gordon, Journal of the Geographical Society, 1876,
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falaises noires et plonge à 55 mètres de profondeur dans un bassin d vagues lournoyantes, entourées d'écume; un brouillard irisé s'élève de la chute comme une fumée, ondulant sous la brise; à 100 mètres au-dessus du flot toujours agité se balancent les éventails des palmiers. Baker, le premier Européen qui visita cette cataracte, lui donna le nom de « chute Murchison », appellation que l'on pourrait changer pour celle de Choa- Morou, le village le plus rapproché. Presque immédiatement en aval du remous inférieur, l'eau se calme; le fleuve, large de 150 à 250 mètres, est presque sans courant : on dirait plutôt un reflux du ae Mwoutan-N'rigé que la continuation du rapide cours d'eau que l'on à vu fuir entre les rochers, Ce phénomène s'expliquerait, d’après Linant de Pellefonds et d'autres voyageurs, par l'existence d'un effluent latéral qui se dirigerait an nord-ouest pour aller rejoindre le Nil inférieur sans traverser le lac : cet effluent serait le véritable fleuve’,
Le lac découvert par Baker et dénommé par lui Albert-\'vanza est connu par ses riverains orientaux sous le nom de « Mer des Kauterelles », — Mwoutan-N'zigé, — D'autres indigènes Fappellent la « Grande Eau Pourtant il est de dimensions bien inférieures au N'vanza : il s'étend du sud-ouest au nord-est sur une longueur d'environ 190 kilomètres: sa largeur moyenne dépasse 90 kilomètres; d'après les mesures approximatives de Mason, il oceupe une superficie de 4650 kilomètres carrés; son altitude est de 700 mètres: du N'vanza à ee bassin inférieur, le Nil a donc descendu près de li moïié de la rampe du continent, entre les plateaux et la Méditerranée, Comme la mer Morte, le Mwoutan-Nzigé parait emplir le fond d'une fissure du sol; ilest dominé à droite el à gauche par des monlagnes escarpées, tandis qu'à ses deux extrémités, du nord et du sud, 1 se termine par des baies à pente douce, bordées de plages basses, Les hautes falaises de la rive orientale, roches de granit, de gneiss et de porphyre rouge, forment comme un premier degré à l'escalier qui monte vers le plateau d'Ou-Nyoro et d'Ou-Ganda, Les rivières qui proviennent des marais de ces hautes terres n'ont pu encore se tailler un Hit régulier à travers les parois exiesoures du plateau, et, comme le Nil aux chutes de Murchison, elles descendent toutes en cataraeles, moins puissantes que celles du grand fleuve par la masse liquide, mais d'une hauteur plus considérable ? Ta hauteur de ces “olonnes d’eau plongeant dans les sombres eluses du haut des
corniches de rocners est évaluée approximativement à 500 mètres,
1 Chippendalls — CG, 6, Gordon, Bulletin de la Société de Géographie de Paris. nov IST — Bulletin de la Sociilé de Géographie du Caire, 876.
bassin de lève de la au-dessus Baker, le e « chute de Choan aval du nôtres, est tan-\'zigé entre les efonds el LCPAIt au
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Livingstone et d'autres explorateurs de Afrique centrale considéraient le lac Tanganyka comme appartenant au bassin du Nil et l'excédent de ses eaux se serait déversé au nord-est dans le M'woutan-\'zigé. Les découvertes récentes ont prouvé que les deux grands lacs ne sont point en communicalion, Dans leurs voyages de circumnavigation, Gessi, puis Mason, ont reconnu que le lac Albert ne reçoit d'autre rivière dans sa partie méridionale qu'un cours d’eau paresseux, obstrué d'herbes, sans profondeur; en ces parages marécageux, il est couvert d’une forèt flotlante où à moitié submergée d'ambateh où ambadj, arbres de la famille des légumineuses (herminiera elaphroxylon) qui élèvent à 5 où 6 mètres de hauteur leurs tiges ornées de feuilles en étoiles et de fleurs d'un jaune doré comme celle des genêts; le bois de l’ambatch, ressemblant au liège, est le plus léger que l'on connaisse; un homme porte facilement un radeau suffisant pour soutenir huit personnes". Même les barques des indigènes ne peuvent pénétrer dans ce fourré, au milieu des racines entremêlées dans le fond vaseux, Du haut du mât, Gessi put voir qu'au delà des forêts s élend une vaste savane entre les deux parois de montagnes qui continuent les chaînes riveraines. En dehors des bas-fonds du sud, où l'eau est noirâtre el vaseuse, el de quelques parages de la côte orienlle où jaillissent des sources salines utilisées par les habitants de lOu- Nyoro, le M'woutan-N'rigé, dont le flot se renouvelle sans cesse par le courant du Nil, ne contient que de l'eau douce et pure, On n'a point remarqué de courants, si ee n'est celui de la houle, poussée par le vent. La navigation y est fort dangereuse à cause des brusques sautes des courants aériens au tournantdes promontoires el à l'issue des eluses, En s'embarquant sur leurs périlleux bateaux, les indigènes ne manquent jamais de jeter dans le flot des objets précieux, en offrande aux divinités de la « mer » : un chef, ami de Baker, se fit donner par lui des verroteries pour les offrir au lac et le rendre propice à l'étranger, Mais depuis ces premières visites le Mwoutan-N'zigé, annexé pour un temps au royaume khédivial, a vu d'autres embarcations : deux bateaux à vapeur l'ont parcouru dans tous les sens, Pour amener ces bâtiments, que des cascades arrêtaient sur le cours du Nil, il a fallu les démonter en entier et les expédier en morceaux par les portages; 4800 individus ont ainsi transporté le Khédire jusqu'au chan- Uer de reconstruction; six cents nègres trainaient la chaudière à travers les marais, les broussailles et les rochers, Les escarpements de la rive orien-
tale sont beaucoup plus élevés que ceux de la rive d'occident; en longeant
! Petermann's Millheiungen, 860, n° 113 — Schweinfurth, méme recueil, 1868, no 1
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celle-ci, on voit facilement l'autre côté du lac, tandis que des parages orientaux le lac parait une mer sans bornes.
Ainsi qu'on le dit, à lort, pour lous les autres cours d’eau qui se jettent dans un lac et ressortent à une certaine distance, le Nil traverserait el Mwoutan-N'zigé sans se mèler aux eaux environnantes, [n'en est rien : suivant la différence des températures dans les deux masses liquides, Peau fluviale, plus üède, s'étale en une mince couche à la surface du lac ct les vents opèrent le mélange, où bien, plus froide, elle descend dans les profondeurs de la cavité lacustre pour déplacer des eaux plus légères. Quoique le volfe de sortie soit à une vingtaine de kilomètres seulement du golfe d'entrée, cependant le Nil, qui s'enfuit dans la direction du nord, n'est point le courant qui forma la cataracte de Murchison : celui-er s'est perdu dans la
« Grande Eau >»; l'autre fleuve est le trop-plein de limmense réservoir. Entre les deux entonnoirs fluviaux, la profondeur est peu considérable e! tout un archipel d'ilots et de bancs de sable parsème les eaux au-devant de la côte,
Au sortir du M'woutan-N'zigé, le Nil, appelé aussi dans cette partie de son cours Kir, Meri et Bahr el-Djebel ou « fleuve des Montagnes », et de maints autres noms, suivant les dialectes des tribus riveraines, coule dans la direction du nord et du nordiest, Le fleuve est d'allure tranquille et, large de 900 à 2000 mètres, serpente en longs méandres entre deux rives
verdovantes, Dans le milieu du chenal, l'eau est profonde, de à à 12 mètres, et de gros bâtiments pourraient en toute saison desservir les escales riveraines jusqu'à 200 kilomètres en aval du lac. Des îles boisées et des îlots, | s'élevant hors de l'eau comme des bouquets de papyrus, bordent les rives: | souvent, surtout au commencement des crues, on voit des iles flottantes | passer au fil du courant, Les matériaux originaires de ces îles consistent en trainées de feuilles et de roseaux qui viennent s'échouer sur des fourrés de | hautes herbes aquatiques, se raidissant sous leffort de l’eau comme des | cordes d'ancre, Ces débris de plantes se décomposent et forment une première couche de terreau flottant, qui ne tarde pas à se couvrir de végétalion; les radicelles, les racines <'entrenièlent et finissent par donner au tapis végétal une certaine solidité; pendant cinq, six années, la flore se $ renouvelle dans ces jardins flottants, puis le lacis du chevelu se décompose à son tour, les terres se divisent et descendent en rondelles inégales, tour- (
noyant sur le flot*, Mais il arrive souvent que les débris végétaux s'accu- Ù
1 Mason, Bulletin de la Société de Gécgraphie du Gaire, n° ÿ, 1878. * Romolo Gessi, Esploratore, 1877.
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mulent en assez grande quantité pour que les masses flottantes prennent racine çà et là au fond du lit fluvial, et l'on à vu dans le bassin du Nil des rivières entièrement recouvertes par ces planchers mobiles et élastiques, sur lesquels se hasardent même les caravanes. C'est à la Tormation rapide des îles d'herbes que le Nil doit d'avoir été fréquemment bloqué dans cette partie de son cours et forcé de se creuser de nouveaux lits. Dans les plaines qui s'étendent à l'ouest du Nil actuel, on remarque en beaucoup d’endroits les restes d'anciens courants, « fausses rivières » qui furent autrefois le Nil. La chaîne de montagnes peu élevée qui limite celte plaine à l'occident et qui constitue le faite de partage entre le bassin du Nil et celui du Congo pourrait être désignée sous le nom de « chaîne des Explorateurs » : les cimes qui se succèdent du sud au nord ont été appelées Schweinfurth, Junker, Chippendall, Speke, Emin, Baker, Gordon et Gessi.
La grande courbe que le Nil décrit en aval du poste de Doufilé, à l'altitude d'environ 600 mètres, marque un endroit très important dans l'hydro-
* partie de graphie du bassin. Plusieurs rivières abondantes viennent y rejoindre le fé es»,et de courant principal, entre autres l’Asoua où Acha; un certain nombre de Ë coule dans géographes la représentent comme issue de ce lac Mbaringo où Baringo “A k nquille et, (Bahr Ingo) que Speke croyait jadis former le golfe nord-oriental du 1 deux rives N'yanza et dont on contestait récemment l'existence, après en avoir fait ‘a 12 mètres, une nappe distincte. Peut-être ce nom de Bahr ou « Mer » n'est-il qu'un US cales rive- salembour involontaire, provenant de l'appellation de Ba-Ringo ou
t des ilots, « Peuple du Léopard », ainsi nommés parce qu'ils portent à la guerre des “l L les rives: peaux de léopard’. Le voyageur Thomson, qui vient de parcourir ces FE
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décompose amont du confluent, un plan incliné, sur lequel le courant du Nil glisse ales, tour- en nappes écumeuses comme sur le talus d’une chaussée, est complète- j ux s'uccu- ment infranchissable* : c'est le rapide de Fola, appelé par Wilson la « hui- k el ! Mackay, A/rique explorée et civilisée, mai 1884, : il
régions, mais dont on n’a pas encore publié les récits (août 1884), a sans doute résolu cette « question » fort discutée du Baringo. Quoi qu'il en soit, il paraît probable que l’Asoua ne sort point d’un lac, mais descend d’une région montagneuse, à l'est du Nil Somerset; quant à l’effluent du Mbaringo, il s'épancherait directement dans le N’yanza : ce serait le Yagama, qui tombe dans le golfe nord-occidental du grand lac. A leur jonction, les deux cours d’eau, Nil et Asoua, bordés de montagnes à droite et à gauche, sont obstrués de rochers qui rendent la navigation difficile; même, en
* Gordon, Journal of the R. Geographical Society, 1876. x. 9
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lième » cataracte. Toutes les embarcations du haut Nil doivent s'arrêter en aval de cette chute et transborder leurs marchandises : l'arrêt forcé de la navigation est une des raisons qui ont fait abandonner la voie du Nil en amont des rapides. À partir du grand coude de Doufilé, les caravanes qui se dirigent vers les bords du N’yanza continuent leur marche au sudest et vont rejoindre le Nil Somerset à Foweïra ou Faoucira, au-dessus des rapides de Karouma; ce chemin en droite ligne, qui a servi aussi de voie militaire aux modernes conquérants égyptiens, est deux fois plus court que la route tortueuse de la vallée fluviale,
En aval de l’Asoua, le Nil est encore çà et là hérissé de roches qui rendent le passage difficile : à Yerbora, les courants partiels s’enfuient entre des blocs de pierre; à Makedo, ils forment deux chutes ayant près de deux mètres à pie, puis se précipitent encore en rapides au Teremo-Garbo et au Djenkoli-Garbo'; mais nulle part les seuils ne sont absolument infranchissables pendant les crues. C’est jusque-là que pénétra d'Arnaud, lors de sa mémorable expédition, en 18#1. Les bateaux à vapeur remontent librement pendant neuf mois de l'année jusqu'à Ragât ou Redjàf et au méandre de Bedden, en aval de ces chutes qui forment la « septième » cataracte; quand les eaux sont basses, ils ne peuvent dépasser le poste fameux d’Ismailiva ou Gondokoro, qui fut pendant longtemps la capitale des hautes provinces du Soudan égyptien. Une butte gréyeuse, quoique d'apparence volcanique, le Redjäf, qui dresse à plus de 100 mètres de hauteur sa masse conique, d'une régularité parfaite et terminée par une roche en forme de tour, est la borne qui signale de loin aux matelots la limite de la grande navigation. Ce monticule est désigné par les indigènes Bâri sous le nom de Logvek ou le « Trembleur », parce que le sol frémit fréquemment dans cette région ; d'après Felkin, l'aire de vibration qui commence à Redjàf s'étend au loin vers le sud-est et comprend toute la contrée des grands lacs”.
. A la tête de la navigation sur le cours moyen, à Redjàf ou Gondokoro, la
portée normale du fleuve, calculée par Lombardini, d'après les évaluations de Dovyak et de Peney, serait de 550 à 560 mètres cubes; les eaux, réglées par les grands réservoirs lacustres du N'yanza et du M'woutan-N’zigé, oscilleraient d'une maigre de 500 à une crue de 900 mètres cubes à la seconde”, Le flot des eaux pluviales, uni en un seul courant à Gondokoro et à Lado ou Lardo, la capitale nouvelle de la province de l'Équateur, présente un aspect imposant; mais, coulant dans une plaine à très faible 1 Alf. Poney, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1865,
3 Wilson and Felkin, Uganda and the Egyptian Soudan. 3 Essai sur L'Hydrologie du Nil.