NIL ET BAUR YOUSEF
l'ac- J chaine libyque, longue d'une dizaine de kilomètres, et débouche soudain kilo- à dans une vallée en forme d'amphithéâtre ayant environ ISO kilomètres de
sou- 4 circonférence : c'est le Fayom. Les eaux du canal, se ramifiant en filles et 8, où 4 en filioles, bordées de saules et de tamaris, présentent l'aspect d'un système écle!: 1 de veines et de veinules dans un organisme vivant : sur la carte, le Fayoûm il ait 3 omme 4 N° 10, — ENTRÉE DU FAYODM.
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RU qu'enferme le cercle des montagnes forme un talus de déjection aux pentes très faiblement inelinées, mais offrant néanmoins une déclivité sensible sur tout son pourtour, au sud, à l’ouest, au nord ; dans la partie basse, le sol du Fayoüm est diversement mesuré comme étant de 29 à 55 mètres audessous du niveau de la Méditerranée. A l'endroit où débouche le canal dérivé du Bahr Yoûsef, les eaux sont entrainées par la force de gravité sur
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on NOUVELLE GÉOGRAPITIE UNIVERSELLE,
tout le cireuit du Fayoñm et donnent à ses campagnes une fécondité comparable à celle de la vallée du Nil, L'humidité surabondante va former au sud le petit lac de Gara'a ou le « Greux », dont l'eau est douce comme celle des canaux qui l'alimentent, et jadis elle pénétrait au loin dans l'ouàdi Reyän; à l'ouest, les égouts de la plaine cireulaire s'amassent en un grand lac, ayant, du sud-ouest au nord-est, une longueur d'environ 50 kilomètres. Ge réservoir, dit le Birket el-Keroûn, est à peine saumâtre quand il occupe toute la dépression occidentale de la vallée, et les animaux s'y abreuvent volontiers !; mais, quand l'évaporation réduit la masse liquide, elle devient salée, et ses bords se couvrent d'efflorescences cristallines qui ressemblent à la neige; des fonds vaseux, revêtus d’une légère couche de sel, comme les sebkha d'Algérie, forment en quelques endroits des fondrières pertides où bètes et gens ne peuvent s'aventurer sans danger d'enlisement*, On croyait naguère qu'une cluse ouverte au nord dans les parois de la vallée de Fayoñm emportait l'excédent des eaux dans la dépression du Bahr belä-mà où « Fleuve, Mer sans eau »; mais les recherches des géologues n'ont point justifié cette hypothèse, Le nom pluriel de ces vallées, — car les bassins sont nombreux et distinets, — est Behâr belâä-mà ou « Lacs sans eau ». On n'y trouve point de couches de limon nilotique, comme il devrait en exister si le fleuve ÿ avait passé; les lignes d'affleurement que des voyageurs avaient cru y retrouver sont des assises de gravier, et les vergues, les mâts de navire dont parlent les Arabes sont des troncs d'arbres pétrifiés comme il s'en rencontre en diverses parties du dé-
sert, Certaines dépressions des Behär belà-mà ont plusieurs lieues de
longueur”,
Le Fayoûm, l'Arsinoïlide des anciens, est une des régions où se firent les travaux hydrauliques les plus remarquables des ingénicurs égyptiens. Avant l'intervention du travail de l’homme, toute la dépression cireulaire, dans laquelle les eaux du Bahr Yoûsef se déversaient alors librement, était une mer intérieure : la tradition est unanime à cet égard, et d’ailleurs l'afflux continuel du courant nilotique dans la dépression fermée du Fayoûm devait avoir pour résultat d'emplir la cavité jusqu'à un niveau suflisant pour que la perte par l'évaporation compenst les apports : le nom mème de Fayoñm ou micux Piom, Phaïom, aurait le sens de « terre inondée » en ancien égyplien; en arabe, le mot fayyodm offrirait un sens très
1 Martin, Descriplion de l'Égypte, tome XNI.
# Paul Lucas, Troisième voyage ; — Jomard, Description de l'Égypte, tome NL.
5 Olivier, Voyage dans l'Empire Olloman; — Ascherson, Mittheilungen der Geographis:hen Gesellscha tin Hambury, 1876-57; — Gerhard Rohlfs, Petermann's Mittheilungen, 1879, I.
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FAYOËNM, LAC MOERIS, 09
approprié à la région : il signifie « producteur des épis »!, Dès que la dérivation du Bahr Yoûsef fut barrée à son entrée dans la gorge, la mer, perdant peu à peu de sa masse liquide, s'est rapetissée, réduite à un marais semi-cireulaire; elle se dessécherait complètement si les vannes du barrage
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Ruines de la digue du lac Mœris
(L 10 kil ne laissaient pénétrer dans le Fayoñm les eaux nécessaires pour l'arrosement des fonds émergés, C'était déjà une œuvre considérable que d'avoir conquis à la culture une surface très étendue, où l'on comptait, dit-on, jusqu'à cent cinquante villages. Mis, d'après l'hypothèse très probable, fondée sur l'exploration attentive de la contrée, qu'a cherché à faire prévaloir l'ingénieur Linant de Bellefonds?, la partie Ja plus haute des terres
1 M. Duveyrier, Notes manuscriles.
à 4 Je "Jo s DUT WU inc) j Mémoire sur le lac Maris; — Mémoires sur les princij;aux travaux publics exécutés en Égypte.
reprises sur la mer intérieure aurait été utilisée pour la création de ce lac Mocris qui fut une des merveilles du monde et que l'on doit considérer encore, des siècles après sa disparition, comme ayant été l’un des prodiges de l’industrie : ce qui donne à l'hypothèse de Linant la plus grande probabilité, c'est que de nos jours encore, dans ce pays d'Égypte où les traditions sont si durables, les bassins où s’emmagasine le trop-plein des crues pour se reverser ensuite sur les campagnes altérées sont construits précisément de la même manière que l'aurait été le réservoir du Moeris, à en juger par l'aspect des terrains. Des restes de digues, ayant en certains endroits 9 mètres de hauteur et 60 mètres de base, s'élèvent dans la partie orientale du Fayoûm : c’étaient là sans doute les levées extérieures de l’immense bassin dans lequel venaient, au temps de crue, se déverser les eaux du Bahr Yoûsef, évaluées dela vingt-quatrième à la vingt-huitième partie du Nil; des pyramides, qui se dressaient aux angles de ce barrage et dont on a retrouvé les restes, racontaient la gloire du pharaon Amenemha I, sous le règne duquel, quarante-sept siècles avant le creusement du canal de Suez, aurait été formé le magnifique réservoir du Mocris. Hérodote, qui le vit peut-être, mais qui ne le mesura point, lui donne une circonférence énorme, beaucoup plus grande que celle de tout le Fayoûm ; d'autre part," plusieurs géographes anciens le représentent comme inférieur à sa véritable étendue. D’après Linant, il occupait une surface d’environ 500 kilomètres carrés dans la partie orientale du Fayoñm, et la masse liquide enfermée devait atteindre à la fin de la crue la quantité prodigieuse de 2915 millions de mètres cubes. Une faible part de cette eau pouvait servir à l'irrigation du Fayoñm occidental; mais presque tout l'excédent pris au Nil dans sa période de trop-plein revenait aux campagnes nilotiques dans la période de sécheresse : cette réserve liquide suflisait pour l'irrigation de 180000 hectares. Parmi les réservoirs modernes, il n’en est pas un seul qui puisse se comparer en dimensions à
celui de nos civilisateurs les Égyptiens, et il n’en est guère qui aient été
aussi judicieusement établis, comme le lac Moeris, en dehors de la vallée maitresse soumise à l’action directe des courants et du flot de crue. Les bassins de retenue que construisent les ingénieurs ne sont que des laes artificiels dans lesquels se jette toute la masse des eaux fluviales, et d'où s’épanche le trop-plein pour retomber dans le lit inférieur : l'œuvre même du fleuve, avec ses remous, ses érosions, ses affouillements, est de travailler incessamment à la destruction de son réservoir, et l’on sait, par mille exemples, qu'il arrive souvent à son but. « Un réservoir traversé est un réservoir détruit », a dit un hydraulicien moderne. Actuellement, le bas-
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