NIL ÉGYPTIEN, DELTA
sin du lac Moeris serait difficile à réparer, car l'exhaussement des terres alluviales à l'entrée du Fayoûm obligerait les ingénieurs à surélever de plusieurs mètres la crête des levées".
Le Bahr Yoûsef se continue sous divers noms jusqu'au delta, mais dans sa partie inférieure il n'a plus qu'un très faible débit : un lit unique, celui du grand Nil, à recueilli presque toutes les eaux fluviales ; le courant se resserre en un seul tronc avant de se répandre en mille canaux dans les campagnes de la basse Égypte. Bien qu'amoindri en volume, le Nil offre ici la même apparence que dans la Nubie, ou, plus haut encore, au confluent de Khartoum; le retard du courant, ayant pour conséquence l'élargissement du lit fluvial, pourrait même faire croire que le Nil est devenu plus puissant dans son cours inférieur, D'un mouvement lent et régulier, l'eau glisse entre les berges, reflétant les arbres, les villages en terre grise, quelques blanes édifices. Rien de brusque ni de heurté dans le paysage immense; les méandres se développent par longues courbes, d'environ 5 kilomètres en moyenne, et sur la nappe mobile qui s'étend de l’un à l’autre horizon se réfléchit l'image du ciel, presque toujours pur, aux nuances insensiblement dégradées, sans oppositions soudaines; à peine quelques bateaux, les dhahabiyé où « dorées », ayant tous même forme et même voilure, rompent-ils l’uniformité du tableau. De chaque côté l'étroite plaine, les escarpements, les ravins, les terrasses se continuent sans varier leur aspect : dans ce pays aux lignes si simples on s'étonne à peine de voir les masses régulières des pyramides s’alignant au hord du plateau occidental, le matin cônes roses et vaporeux, comme des flammes entrevues sous l'éclat du jour, le soir triangles sombres se détachant sur le ciel embrasé.
En aval du Caire, les deux rangées de hauteurs entre lesquelles coule le Nil, comme dans un fossé, s'écartent en s’abaissant, et le fleuve partage ses eaux en rameaux divergents pour se déverser dans la Méditerranée. On sait que la disposition triangulaire de 11 plaine alluviale dont il a fait « présent » à l'Égypte, suivant l'expression d'Hérodote, à valu le nom de delta à toute la région des bouches, et par analogie à toutes les contrées de même formation, quelles que soient d’ailleurs les irrégularités de leur contour; mais, en dépit de tous les changements qui se sont accomplis dans la géographie locale depuis vingt-cinq siècles, le delta d'Égypte est resté un modèle d'élégance par le rythme de ses branches divergentes et les découpures de ses rivages.
Aux premiers temps de l'histoire, le sommet du delta était plus au sud
! Duyenchel, Théorie des alluvions artificielles.
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qu'il n'est aujourd'hui. C'est à 7 kilomètres au-dessous du faubourg actuel de Bouläq que les eaux avaient leur bifureation il y a deux mille ans; mais, la pointe intermédiaire n'étant point armée d’un éperon de digues, le courant a dû l’user incessamment, d'année en année, de siècle en siècle, et la faire reculer vers l'aval : l’ensemble du delta se déplace du sud au nord à mesure que les alluvions se déposent en dehors des bouches et que s’exhausse le lit d’amont. Actuellement, la fourche du delta, appelée Batn el-Baqara ou « Ventre de la Vache», est à 21 kilomètres du Caire en suivant les sinuosités du fleuve semé d'îles; le déplacement a donc été d'environ 7 mètres par an. Dans tout le reste du delta se sont accomplis des changements analogues : les méandres ont rongé tantôt à droite, tantôt à gauche dans le sol meuble des alluvions; de simples fosses sont devenues de larges lits, tandis qu'ailleurs de puissantes rivières se sont desséchées ; chaque arcelle de terrain à été reprise et délaissée tour à tour par les courants. Obéissant à des idées mystiques sur la valeur des nombres, les écrivains de l'antiquité s'accordent pour énumérer sept branches principales dans le delta; les autres affluents du fleuve n'étaient pour eux que de « fausses bouches » : la moindre abondance de leur flot, souvent arrêté par une barre à leur entrée dans la Méditerranée, permettait de n’y voir que des coulées sans importance. Du reste, de continuels travaux de dragage, d’endiguement, de canalisation, maintenaient pendant les périodes de paix la direction normale des rivières, nécessaire au bon entretien des champs. Il serait impossible de tracer sur la carte le cours des sept anciennes branches du delta, car, livrées à elles-mêmes, elles recommençaient à errer dans la plaine, changeant de place à chaque nouvelle crue; mais on est à peu près d'accord sur l'orientation générale de ces rivières nilotiques, et telle fosse abandonnée où le fleuve ne rentre que pendant les inondations, telle dépression dans le fond des marigots de la côle peuvent être désignées comme des traces des anciens lits; les
recherches faites dans le delta par les savants de l’expédition d'Égypte ont
éelairei plusieurs points douteux de l’hydrologie du Nil aux temps d'Hérodote et de Strabon ‘.
De nos jours on ne compte plus que deux branches principales, indiquées d’ailleurs sur l'are de cercle convexe du littoral par deux pointes que forment les lèvres d'alluvions s’avançant au loin dans la mer. Ces deux branches sont la rivière de Rachid ou Rosette, identifiée avec la Bolbitine des anciens, et la rivière de Damiette, qui porta jadis les noms de Phatné-
1 Andréossy, Lac Mentaleh ; — du Bois Aymé, Mémoire sur les anciennes branches du Nil,
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