PAYS DES RIVIÈRES
leur avaient été donnés que des lèvres, Par des moyens détournés et d'autant plus cruels parce qu'ils occasionnaient plus d'incursions et de meurtres, les marchands d'esclaves arrivaient à constituer leur dl où capital humain, [ls n'attaquaient point eux-mêmes les viallges, mais ils exciaient les U'ibus les unes contre les autres, Encouragée au pillage, une peuplade fondait à l'improviste sur un camp d'ennemis, tuait les hommes, caplurait les femmes et les enfants, N'était-ce pas alors une apparente humanité de Ja part des traitants d'aller délivrer les captifs pour leur assurer les bienfaits d'une servitude moins dure dans leur zeriba ou dans les villes du nord? Mais la peuplade vaineue se vengeait tôt ou tard, et les traitants intervenaient encore pour délivrer les prisonniers à leur prolit. Et si la guerre continuait sans pitié, embrasait toute la province, ne devait-on pas intervenir entre les belligérants et mettre un terme au désordre en prenant des olages aux uns el aux autres? Tel était le régime introduit par « l'ère du progrès », et non seulement le pays se dépeupla, mais ce qui restait des habitants s'avilit par le vice, se déprava par la violence, Des tribus pacifiques devinrent hordes de brigands', Un des voyageurs européens possédait tout un arsenal de carabines dont les crosses avaient autant de erans qu'il avait abattu de nègres”.
Lorsqu'un gouverneur européen, Gordon, voulut enfin mettre un terme à ces horreurs, en F8TS, la révolte éclata, et tandis qu'officiellement le pouvoir encourageait ses représentants à la résistance, c'est aux révoltés qu'on envoyait des munitions de guerre : les marchands d'esclaves avaient pour eux la complicité ouverte ou déguisée de presque lous les fonctionnaires égypliens, et l'opinion générale était que la région du Babr el-Ghazàl et le Fôr constitueraient bientôt, sous le gouvernement du négrier Souleïman, un royaume séparé de l'Égypte et lui fournissant des esclaves, débarrassé de tout contrôle européen. Ces calculs furent déçus, grâce à l'héroïque persévérance et au génie militaire de Pitalien Gessi, qui non seulement parvint à faire lever le siège de la place dans laquelle il était enfermé, mais encore finit par triompher d'ennemis aguerris bien supérieurs en nombre el pacilia complètement le pays, en organisant sa garde de basenger anciens esclaves libérés par lui. On ne lui pardonna point celle victoire; bientôt après il était rappelé, de même que Gordon, le gouverneur de tout le Soudan égyptien. Néanmoins il ne parait pas que l'ancien régime de l'ope ession à outrance ait été rétabli. Le pouvoir khédivial, officiellement
1 Utmann; Schweinfurth; Lejean ; Gessi: Mano: Felkin, &. Lejean, Tour du Monde, 1865.
restauré, subsiste encore, du moins de nom, puisque, au commencement de l’année 1884, les musulmans révoltés du Kordofän n'avaient point franchi le Bahr el-Ghazäl; les forces de Lupton-bey, réduites aux deux tiers de leur effectif par les rencontres, avaient victorieusement repoussé toutes les incursions des Baggara, aidés des Nouër et des Denka ; il comptait sur l'appui des Niam-Niam pour triompher des Arabes, Mais les communications de la contrée des Rivières ont été coupées avec le nord. Jadis, quand le Nil était fermé par des embaïras d'herbes, les voyageurs pouvaient du moins passer en faisant un détour par le Fôr et le Kordofân; maintenant les fonctionnaires égyptiens ne pourraient lenter de revenir au Caire qu'en descendant au sud vers Zanzibar ou à l’ouest vers le Congo. Par la force mine des choses, la province qu'ils administrent devient pour un temps un royaume, autonome, mais en dépit des promesses de l'Angleterre, il est à craindre que l'époque est encore éloignée où « le Soudan » sera vraiment «aux Soudaniens ». I n'est pas en Afrique de contrée qui promette de devenir plus riche quand la chasse à l'homme aura été remplacée par l'exploitation du sol et que les trois millions d'habitants s'oceuperont d'exporter les produits autres que livoire : caoutchouc, gommes diverses, gousses de tamariniers, cire, beurre végétal, fruits, grains et légumes de toute espèce, colons, peaux ouvrées et métaux, Les Européens peuvent vivre dans la contrée, à la condition de mener une existence très active; néanmoins les vastes marécages du bas pays rendront toujours la région danereuse aux immigrants, tant que des sanatoires, analogues à ceux de
l'inde, n'auront pas été établis dans les montagnes du sud. | É
Les guerres et les razzias des négriers ont en maints endroits mêlé les L'ibus; les anciennes limites sont devenues indécises: les territoires ont changé d'oceupants; pendant la dernière génération, la population ne s’est maintenue d'une manière stable dans les domaines héréditaires que sur les deux bords du Nil, entre Magoungo et Doulilé, où les marchands d’eselaves n'ont guère pénétré, où du moins n'ont pas séjourné longtemps. Aussi celte partie de la contrée est-elle populeuse; on peut y voyager pendant des Journées entières sans avoir sous les veux un seul paysage qui n'ait été modifié par la eultui où subsiste un reste de jongle ou de forêt vierge. Dans ces districts dont F1 paix n'a pas été troublée depuis des générations les mœurs sont douces; on n'entend jamais parler de crime; un voyageur peut traverser la contrée dans tous les sens, n'ayant d'autre arme que son
bâton, Le contraste est grand entre ces populations pacifiques et celles
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