BASSINS DU SOBAT ET PU VAL
Le Sobat, que certains explorateurs croyaient être la branche maîtresse du Nil, le vrai Bahr el-\biad, et qui, en effet, roule parfois une masse d'eau supérieure à celle du fleuve principal, reçoit l'excédent liquide d'un bassin très considérable, dont la surface approximative atteint 10 000 kilomètres carrés, espace immense qui est encore en blane sur les cartes ou ne porte guère que des noms de peuples, placés un peu à l'aventure, d'après les indications des indigènes et celles des Européens qui se sont avancés le plus loin dans l'intérieur. Debono a remonté la rivière en barque à plus de 500 kilomètres; un bateau à vapeur s’est avancé jusqu'à 250 kilomètres du confluent; Antoine d’Abbadie, Beke, et récemment Schuver ont parcouru quelques vallées tributaires, sur Le versant occidental des
montagnes de l'Ethiopie ; en outre, ils ont interrogé les marchands arabes
et les indigènes et rapporté leurs récits. Le Yal ou Djal, qui naît dans les montagnes des Amam et des Berla, sous les noms de Yavach ou de Kichar, — c'est-à-dire la « Grande Rivière », — est encore moins connu que le Sobat dans son cours moyen et inférieur : des traitants arabes le désignent par l'appellation de Sobat, comme la rivière beaucoup plus considérable qui coule plus au sud; il n’est fermé par les sables à son embouchure que dans les années exceplionnellement sèches, comme en 1861. Entre le Yal et le Nil Bleu, sur un espace de plus de cinq degrés en latilude, le Fleuve Blanc ne reçoit pas un seul cours d’eau qui coule pendant toute l'année, Des palmiers deléb, des tamariniers, des bois d'ébéniers et de grandes forêts d’acacias, que l'on pourrait utiliser pour leur gomme, mais qui ne sont employés que pour le bois, bordent le Nil et ses deux affluents. Un de ces acacias est le roffdr ou l'arbre flûte (acacia fistula).
UA, Kaufmann, ouvrage cité.
dont les branchilles d'un blanc d'ivoire sont garnies de noix de galle que l'insecte perce d’un trou pour s'envoler : en balançant les arbres, le vent pénètre dans ces ouvertures, qui rendent un son doux et pénétrant comme celui de la flûte’, Vers l'embouchure du Yal cessent les forêts d’acacias et l’on ne voit plus se dresser çà et là les énormes troncs des baobab ; à droite et à gauche du fleuve s'étend la steppe nue, d'où s'élève parfois la fumée d'un campement arabe*,
La grande majorité des populations représentées dans le bassin du Sobat appartient à des peuplades nègres; les Galla ne s'y rencontrent qu’en des enclaves relativement peu étendues. Dans les premières plaines que parcourent les hauts affluents Baro et Garré, à leur sortie des montagnes éthiopiennes, vivent des peuplades denka et autres qui ont cherché au pied des monts un asile contre les négriers du bas Sobat : mélangées par la fuite, ces tribus en constituent de nouvelles, peu différentes des populations originaires. Au sud, les Yambo où Gambo, que M. Antoine d'Abbadie croit, d'après leur langage, appartenir à la nation des Chiloûk, landis que Schuver voit en eux des Denka, parcourent les campagnes unies où serpente le Bäko; plus loin encore, le sol, se redressant en plateau, est le domaine d'autres populations que l'on dit de souche nigrilienne, les Kirim, les Mala, les lehing, les Matze Malea. L'une de ces tribus
serait composée de pelits hommes, dont la taille ne dépasserait pas 1,40
de hauteur.
Naguère un groupe de peuplades guerrières, celui des Gambil, vivait sur la lisière de l'immense forêt de Wallega, longeant la base occidentale des monts éthiopiens, sous la même latitude que le confluent du Nil et du Sobat. La rivière principale qui parcourt leur territoire pour se déverser dans le Sobat était désignée par eux sous le nom de Komandji ou « fleuve des Vaches », parce que, pendant la saison sèche, leurs troupeaux, ne trouvant de pâturages qu'au bord du cours d’eau, se pressaient sur les berges. Pour évoquer les nuées pluvicuses, les Gambil jetaient dans le couant une vache écorchée; plus le sang s’étendait au loin sur les eaux, plus les averses promettaient d’être abondantes. La race de ces nègres était l’une des plus remarquables de la région nilotique par la force du corps : leurs signes distinetifs de tribu étaient deux cornes de gazelle ou de chèvre qu'ils s’attachaient au front; ils avaient aussi l'habitude de s’arracher deux incisives de la mâchoire inférieure. Mais il ne reste plus de ce peuple
1 G. Schweinfurth, ouvrage cité.
* Brun Rollet, le Nil Blanc et le Soudan.
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