CLIMAT, FLORE DE L'ÉTIIOPIE
ou les rochers ou bien par les tourbillons sablonneux du kharif, rouges colonnes mouvantes qui se promènent sur le désert.
La flore de l'Éthiopie est très variée, grâce à la diversité des climats. Les deux zones principales de végétation sont naturellement celles des hauts plateaux et des vallées basses, mais un grand nombre d'espèces prospèrent dans les deux régions à la fois : chaque plante a son domaine particulier, différant par l'étendue et par la hauteur verticale le long des pentes, Les rivages de la mer Rouge ont leur flore spéciale, le koudel (cassipourea africana) et le chora (avicennia tomentosa), arbres qui croissent dans la zone du littoral aiternativement couverte et délaissée par k flot; sur les bords de la baie de Haouakil, ces arbres sont presque aussi grands que les hêtres d'Europe et en ont l’asneet!. Au pied des montagnes de la chaîne éthiopienne la zone du Sahel, que l'on appelle souvent désert, mais bien à tort, n'a guère que des broussailles, si ce n’est dans le voisinage des sources. La flore des koualla se distingue surtout par sa richesse en arbres dont les feuilles tombent pendant la saison des sécheresses, Là eroissent les sycomores et les figuiers ; les tamaris se pressent au bord des torrents, les acacias entremêlent leurs branches épineuses sur les terrains pierreux; çà et là l'énorme baobab, le « pachyderme du monde végétal », cette malvacée qui est le plus grand des arbres, et qui pourtant offre à maints égards l'apparence d'une herbe, élève son tronc ventru, souvent creux et rempli d'eau, et ses rameaux en moignons, terminés par des rosettes de feuille; quand le vent le renverse, son vaste tronc de 20 à % mètres de tour est utilisé par les pasteurs, qui s’y réfugient avec leurs troupeaux. Les palmiers ne pénètrent guère dans les koualla, ne s'éloignant pas des côtes de la mer Rouge; le, L'hiopiens doivent importer leurs dattes de l'Arabie, Les plantes qui jeu fouruissent le pain sont principalement des céréales d'espèces particulières ou de variétés très différentes de celles d'Europe, qui prospèrent surlout dans la zone de hauteur moyenr£ où se sont groupées presque toutes les villes de l'Éthiopie. Les “ultiv:teurs du Choa et de l'Amhara auraient à leur disposition 28 semences de millet, 24 sortes de froment, 15 variétés d’orge*, diverses espèces de sigle et de mais; la céréale la plus commune est une eleusine, le dakoussa, dont on fit de la bière et qui fournissait jadis exelusiveznent le pain pour là table des rois; une pod, le tel ou tief, est aussi en grand &sage pour la fabriculion des pâtes alimentaires. Introduite d’Earope par Schimper, la pomme
! Ilevglin, Reise nach Abessinien.
*Tkuris, The Highlands of Ethiopia.
de terre a prospéré pendant quelque temps, puis, attaquée par la maiadie, elle a été presque entièrement délaissée par les paysans éthiopiens. L'espèce de bananier, musa ensele, qui croit dans les koualla n’y porte que rarement des fruits, peut-être parce qu’elle est originaire des plaines du pays galla ; on ne l'utilise en Éthiopie que pour ses feuilles, qui servent de fourrage, el ses racines, auxquelles la euisson donne le goût de la pomme de terre et dont on fait une pâte très appréciée dans le pays des Im-Orma. Quant aux arbres fruitiers d'Europe ou aux espèces correspondantes, ils donnent pour la plupart d'excellents fruits; mais la vigne, qui fut sans doute introduite d'Europe, ainsi qu’en témoigne son nom presque grec de voina (oïnos), et qui fut jadis très répandue, puisque toute la zone inter-
médiaire de l'Éthiopie a été appelée « pays des Vignobles », c'est à peine
s'il en subsiste encore quelques pieds : l'oïdium la fait périr !; quelques voyageurs accusent aussi Théodoros d’avoir fait arracher tous les ceps, sous prétexte que le vin devait être réservé pour des êtres supérieurs à l'homrc?, Enfin, le catier, la plante divine du Kaffa, ne paraît pas être d'origine spontanée dans l'Éthiopie proprement dite : on la cultive seulement dans le Godjam, aux environs de Gondar, sur les rivages méridionaux du lac Tana et en quelques autres régions du plateau.
Une des plantes sauvages les plus caractéristiques de l'Éthiopie, une de celles qui contribuent le mieux à donner aux paysages de la contrée leur physionomie spéciale, est le kolkoual, l'euphorbe à candélabre, qui ressemble aux euphorbes gigantesques des Canaries et des Açores ; ces plantes entremêlent si bien leurs rameaux charnus, qu'on s’en sert pour enclore les champs et les villages à défendre contre une attaque imprévue : quelques-unes dressent leur hampe ramifiée à plus de 12 mètres de hauteur; la sève laiteuse du kolkoual est un poison redoutable, très employé dans la pharmacopée éthiopienne, et son bois sert à la fabrica- Lion de la poudre, Une autre plante, ayant le port et l'apparence du palmier, orne le penchant des monts jusqu'à l'altitude de 3500 mètres : c'esl la djibara (rhynchopetalum montanum), dont la touffe de feuilles en forme de glaives est surmontée d'une tige florale de 5 à à mètres de hauteur, ceinte de belles fleurs lilas qui s'ouvrent successivement de bas en haut; mais la plante meurt quand elle a fleuri, Un autre végétal caractéristique des hautes terres est le chardon gigantesque (echinops giganteus), dont le tronc est comme celui d'un arbre et dont les fleurs ont la grosseur d'une tête
5 Th, von Heuglin, Reise nach Abessinien.
# Ach, Ralfray, Abyssinie.
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d'homme. Plus grandes encore, les bruyères s'élèvent à 8 mètres, C'est également sur les terrasses des dega que s'élèvent les majestueux kousso (brayera anthelmintica), qui de leur épais feuillage laissent retomber d’innombrables grappes de fleurs roses, employées en infusion contre le ver solitaire, non seulement en Éthiopie, mais aussi en Europe, depuis que le médecin Brayer en a recommandé l’usage, Une espèce de figuier, le ficus daro, ressemble au multipliant de Ffnde par ses racines aériennes qui forment de nouveaux troncs, forêt commençante.sous laquelle des centaines d'individus pou: raient trouver l'ombrage : des légendes, qui se rapportent évidemment au daro, parlent d'armées entières campant sous les branches d'un seul arbre d’Abyssinie. Le wanzé (cordie abyssinica) est un arbre touffu, que l'on plante d'ordinaire autour des maisons. La famille des conifères est représentée sur les hauts plateaux d'Éthiopie par l’if et surtout par le genévrier, dont le tronc gigantesque se dresse à 50 et 40 mètres, où même, dans le Choa, à 50 mètres de hauteur. C'est l'arbre que l’on plante autour des cimetières et dont les branches sont jetées sur les
tombes : le bois de genévrier, qui se débite en longs éclats, — car on ne se donne même pas la peine de le seier en planches, — est le bois de
construction par excellence; on l'emploie aussi comme combustible. Quelques régions éthiopiennes, notamment les contreforts du Zeboàl, à l'est de la chaine bordière, sont recouvertes d'immenses forêts de genévriers où la hache n’a fait encore que bien peu de clairières; ees bois y présentent une apparence unique, car dans aucune autre partie du monde on ne voit des conifères, comme ceux de la zone septentrionale, unis les uns an cutres par un réseau de lianes aussi enchevêtrées que celles des forêts topic des". Mais dans son ensemble l'Éthiopie est un pays déboisé; l’habitnde, si générale en Afrique, d'incendier les graminées des pâturages, expfque la destruction de presque toutes les forêts des hauteurs. En maints endroits on n'aperçoit du haut des montagnes d'autres taches vertes que celles des cultures autour des villages et les bois sacrés des églises, D’ailleurs les espèces d'arbres appartenant à la flore abyssine sont peu nombreuses : on n'en connait que 259, dont 50 seulement pour le voïna-dega ct [0 pour le dega*. Mais, grâce à l'étagement des climats et des espèces sur les pentes et sur les terrasses, l'Éthiopie pourrait devenir un jour un vaste jardin botanique pour la culture de tous les arbres d'Europe, de toutes les plantes alimentaires et industrielles. Pauvre en minéraux,
‘ Abargues de Sosten, Asociacion española para la exploracion de Africa. #6, Schweinfurth, Petermann's Mittheilungen, 1868, n° V.
puisqu'elle a seulement le fer, le sel et le soufre dans les pays voleaniques, el dans le Godjam et le Damot un peu de poudre d'or, elle à en compensation les ressources infinies que lui donne l’universalité de sa flore, européenne au sommet, indienne à la base; mais ces ressources resteront presque sans utilité tant que des voies de communication faciles ne mettront pas les plateaux éthiopiens en relations de commerce avec le monde extérieur. Pendant la saison favorable, quand les pluies ne changent pas les sentiers en fondrières et ne gonflent pas les torrents, il faut ordinairement des mois au voyageur pour traverser l’Abyssinie, des bords de la mer Rouge aux plaines inelinées vers le Nil. Les étapes, les approvisionnements sont rég! ‘ nar le souverain, et maint voyageur attendit penda nt des semaines et des moi: l’antorisalion de continuer sa route,
La variéu des climats et des flores a pour conséquence celle des espèces animales sauvage, :! domestiques : de mème que les plantes se succèdent sur les flancs des montagnes dans un ordre correspondant à celui des zones sur la rondeur de la Terre, de même la faune s'étage sur les pentes. En bas elle est arabe ou saharienne; sur les contreforts, elle correspond à celle du Sénégal; méditerranéenne sur les plateaux, elle est presque européenne sur les sommets des monts". Dans les plaines inférieures vivent les girafes, les zèbres, les ânes sauvages, dont une forme était nouvelle pour les naturalistes. Les autruches parcourent aussi les terres basses. Des nom-
breuses espèces d’antilopes qui habitent l'Ethiopie, il en est plusieurs qui
ne remontent les escarpements du plateau qu’à une faible hauteur, tandis que sur les plus hauts sommets du Simên, à plus de 4000 mètres, on rencontre des bouquetins. Diverses espèces de singes, entre autres le colubus guereza, à la splendide fourrure noire et blanche, ne quittent pas les forêts des régions basses dans le Choa, le Godjam, le Koualla-Woggara ; mais à 2000 mètres d'altitude vivent certaines espèces de eynocéphales. Quant au rhinocéros, on l’a vu dans les montagnes de l’Abyssinie jusqu'à lallitude de 2500 mètres, au milieu de rochers qu'il escalade à la course, L'éléphant est aussi une bête des montagnes, quoiqu'il préfère les fourrés des plaines inférieures, où il fait de grands ravages, dévorant les feuilles, cassant les branches, arrachant les troncs. Mais lorsque les fleuves ont tari, le manque d'eau le chasse des régions basses : c’est en vain que les lourds animaux vont se coucher dans le lit desséché des cours d’eau, pour qu'un peu d'humidité suinte dans le creux qu'ils ont ainsi formé ; quittant les terres chaudes pour entrer dans les hautes vallées où coulent encore quelques
4 Ach. Raffray, Bulletin de la Sociélé de Géographie de Paris, 1884.
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ruisseaux, ils parcourent les montagnes des Bogos, celles qui dominent le cours du Takkazzè et les rives du lac Tana. Toutefois ils deviennent rares, car les chasseurs les poursuivent avec acharnement, non seulement pour leur arracher le précieux ivoire, mais aussi pour venger les déprédations commises dans les cultures. Les Arabes de la plaine racontent que les éléphants savent parfaitement quand ils doivent attendre les convois des chameaux qui apportent des approvisionnements de dourrah dans les montagnes : en embuscade pour guetter la caravane, ils se présentent soudain, les chameaux effrayés se cabrent et s’enfuient en jetant leurs outres pleines de céréales, et les assaillants avisés s'emparent des provisions !, C'est aussi le manque d’eau dans les plaines qui force les hippopotames à pénétrer au loin dans l’intérieur de l'Éthiopie, jusqu’au pied des cascades; ils se baignent dans les vasques du haut Takkazè et ne craignent pas des’aventurer sur les pentes des monts environnants à une grande distance du torrent; ils sont aussi très nombreux dans les eaux du Tana; mais ils n’y atteignent pas les mêmes dimensions que dans le courant des fleuves africains. Les crocodiles remontent les cours d’eau de l’Abyssinie jusque dans le voisinage des sources; mais ceux qui ne peuvent s'échapper en remonlant les eaux courantes, et que le retrait des lacs ou flaques temporaires des fleuves desséchés laisse dans la vase, restent engourdis pendant la période des sécheresses; l’inondation nouvelle les réveille de leur Lorpeur. Le lion ne s'égare que rarement au-dessus des régions basses et vers le nord 1l ne dépasse pas le territoire des Beni-Amer : il se distingue de ses congénères de l'Afrique centrale par les nuances sombres de sa erinière, et même une de ses variétés, qui vit au bord du Takkazë, est d’un noir presque complet. C’est une gloire pour le guerrier de tuer un lion :ilen apporte triomphalement la peau à son roi, qui lui en rend quelques rognures, employées la décoration du bouclier. Le léopard est plus dangereux que le lon, car il a plus d’audace, et parcourt le pays jusqu'à 5300 mètres d'altitude; quand il a goûté la chair de l'homme, ül la préfère à celle de tout autre animal : l'Éthiopie, comme l'Inde, a ses « mangeurs d'hommes », Un autre fauve, encore plus redouté, est le æobo où «basambo, que Lefebvre croyait être un loup? et qui tiendrait du lion et du léopard : dans toutes les régions d'Éthiopie, les indigènes prétendent avoir aperçu sa robe jaune ou grisâtre rayée de stries noirâtres; au sud de l'Abâi, un de ces fauves attaqua Ja cabane de Cecchi et déchira un enfant”. L'hyène {Th von Heuglin, Reise nach Abessinien.
* Voyage en Abyssinie, 4 partie, Histoire naturelle, Zoologie, $ Th, von Heuglin; Antinori; — Esploratore, dic, 1882,
lachetée est très commune, Le baffle, que l'on rencontre surtout dans les koualla, près des cours d'eau, est des bêtes féroces celle qui attaque le plus fréquemment l’homme ; il n'est pas d'ennemi qu'il redoute et rien ne larrèle dans son élan, ni fondrières, ni rochers, ni fourrés épineux. Quand on
abat de vieux buffles, on leur trouve toujours sur le corps les marques pre-
fondes de combats; souvent ils brisent leurs cornes gigantesques, dont quelques-unes ont jusqu’à 60 centimètres de pourtour à la base; elles sont des plus appréciées comme hanaps par les buveurs éthiopiens, La faune sauvage comprend aussi des sangliers, dont les chrétiens d'Éthiopie mangent parfois la chair pour braver les mahométans, mais d'ordinaire cet animal est réputé impur. Les Abyssinis refusent également de toucher à la chair de la tortue; de tous les êtres vivants, celui auquel il leur répugne- ‘ait le plus de goûter est le lièvre : à l'égard de ce rongeur, ils obéissent encore ‘ictement à la loi de Moïse. On répète d'ordinaire qu'il n'y à point d'oiseaux chanteurs en Afrique, mais nulle part mieux qu'en Éthiopie on ne voit combien cette affirmation est erronée : ces oiseaux sont représeuiés dans ie pays par un grand nombre d'espèces, presque Loules ornées d’un plumage éclatant !, L'ibis sacré (geronticus æthiopicus), que l'on ne voit plus sur les bords du Nil égyptien, vit toujours dans les hautes vallées abyssiniennes. Aux branches des arbres qui s'inelinent sur les ruisseaux et sur les eaux dormantes pendent les nids du passereau tertor alecto ou ploceus œwreus ; M. Stecker a compté 872 de ces corbeilles suspendues à un seul acacia *.
Suivant l'altitude de la contrée qu'ils habitent, les Éthiopiens ont des animaux domestiques différents. [ls n’emploient de chameaux que dans les parties basses de la contrée, et lon n’en rencontre plus au-dessus de 1500 mètres. Quant au cheval abyssin, évidemment de provenance arabe, il s’est propagé dans toutes les régions peuplées de l'Éthiopie, mais en se modifiant peu à peu : il est plus petit, plus trapu que le cheval arabe, d'une lidélité canine, et ne le cède guère au mulet par son adresse à gravir les rochers et par sa force d'endurance. L'âne a été également introduit sur les plateaux, mais c’est un animal presque sans force et mal utilisé pour le transport; il n’a aueune des qualités de ses congénères d'Égypte. L'Éthiopie, avec ses immenses pâturages d’herbes savoureuses, est le pays par excel lence pour élève des bestiaux, et quelques-unes des races, différentes par la stature et la forme, la longueur des cornes et la couleur de la robe,
3 Rohlis, Meine Mission in Abcessinien.
* Milthcilungen der Afrikanischen Gesell:chaft in Deutschland, vol. HW, 1881, n° 1.
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