‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 86 sur 225 · FAUNE, HABITANTS DE L'ABYSSINIE · texte numérisé non relu

FAUNE, HABITANTS DE L'ABYSSINIE

pourraient rivaliser avec les plus belles de l'Europe. Les deux espèces de brebis, à queue mince et à grosse queue, ainsi qu'une espèce intermédiaire, se rencontrent en diverses parties du plateau. Les Abyssins élèvent aussi la chèvre, dont la peau donne le parchemin sur lequel sont écrits la plupart des livres religieux, mais ils n'ont point de pores, de pigeons, de canards, ni d'oies; quant aux poulets, ils ne manquent dans aucun village, et dans quelques églises on entretient des coqs pour annoncer l'heure de la prière matinale, Les chiens domestiques ne constituent que de petites races, sans qualités remarquables, à l'exception des chiens de berger, qui sont de haute taille et d’une grande vaillance, Dans quelques distriets de l'Éthiopie on s'occupe aussi d’apiculture, mais on a remarqué que le miel a des propriétés vénéneuses partout où les abeilles vont sucer les fleurs des euphorbes à candélabre : e'est à un phénomène analogue à celui que l'on a observé depuis l'antiquité dans les montagnes du Gaucase et du Pont.

Des éléments très divers se sont fondus dans la population de l'Éthiopie. Des immigrants de la péninsule Arabique, des rivages du Nil, des hautes eu passes plaines environnantes, s’y sont mélangés à diverses reprises avec les ahorigènes. Geux que l’on considère comme tels sont les Agaou ou les «Libres »!, qui constituent encore le fond de la nation éthiopienne et qui vivent principalement dans les provinces du Lasta, sur le haut Takkazë, et dans l’Agaoumeder, à l'occident du lac Tana. D’après quelques égyptoloques, les Agaou seraient les descendants des Ouaoua, le peuple de Nubie dont parlent les anciens monuments égyptiens, et qui fut graduellement repoussé vers le haut Nilet dans les montagnes, Diverses cérémonies rappelleraient l'influence persistante de l'antique religion égyptienne. Aux bords du Nil Bleu, de même que sur le Takkazô, les Agaou célèbrent des fêtes en l'honneur de l'eau divine. Is vénèrent aussi le serpent, qui eut un si grand rôle dans la mythologie primitive des Égyptiens et qui est encore adoré par tant de peuplades des deux mondes *. IIS parlent un dialecte particulier, le hamtenga où hamva, qui se rattache d’ailleurs à la même souche que l'amhariña, langue usuelle des Abyssins.

Les Felacha, les Juifs de l'Éthiopie, dont le nombre a été diversement évalué, de 10 000 seulement à un quart de million, sont très probablement les frères des Agaou par l'origine : on les rencontre dans toutes les parties

! Kapeto, Esplorasione, vol. 1, 1871-1858, ? itmann, Abyssinien und die übrigen Gebicte der Ostküsle Afrika's.

du plateau, et même dans le Choa et le Gouragé, divisés en trois groupes religieux ayant chacun un grand prêtre; dans l'Éthiopie méridionale on les appelle Fendja; on n’en trouve plus dans les montagnes du Simên, où ils formaient encore la majorité à la fin du scizième siècle‘. Leur nom de Felacha signifie « Exilés » et ils se disent en effet les descendants de bannis de la Terre Sainte. D'autre part, ils aiment aussi à citer la légende qui les représente comme ayant pour aïeul Menelik, fils de Salomon et de la reine de Saba. Parmi les voyageurs qui les ont visités, plusieurs ont trouvé que leur type rappelle bien celui des Juifs orientaux, mais la plupart n'ont point remarqué de différences frappantes de traits entre eux et leurs voisins, si ce n'est peut-être que leurs yeux sont un peu obliques comme ceux des Agaou*. Leur langue, le kouara, houara ou houaraza, qui d'ailleurs paraît être sur le point de disparaître, ressemble également à lidiome des Agaou et donne une plus grande probabilité à l'hypothèse d’une même provenance pour les deux groupes de population. Mais la ferveur religieuse des « Exilés » les rattache si fortement aux Juifs, qu'on ne saurait s’étonner de voir d’autres Israélites les considérer comme des frères de race’, En tout cas, il fut un temps où la cohésion religieuse entre les diverses communautés juives, de la Palestine à l'Éthiopie, était complète : du Morijah de Jérusalem aux nombreux « monts Sinaï » des plateaux africains les communications étaient ininterrompues, grâce aux puissantes républiques juives qui occupaient une grande partie de la péninsule Arabique et dont une subsistait encore en pays hymiarite, cinquante ans avant la naissance de Mahomet. De lorient, la religion s'était propagée par delà la mer Rouge, et quand vint la période de la décadence, c’est à l'occident que se maintint le mieux le « peuple élu ». Les Felacha n’ont plus comme autrefois la prépondérance religieuse en Éthiopie et leurs dynasties n'ont laissé qu’un souvenir; toutefois ils ne sont pas, comme les Juifs de l'Arabie, une caste haïe, perséculée de tous,

Dans presque toutes les provinces, ils se tiennent à l'écart des autres Abyssins, habitant des villages distinets où des quartiers séparés dans les villes : leurs « mosquées », qui se divisent en trois compartiments d’inévale sainteté, comme les tabernacles des premiers Juifs, se révèlent de loin par un pot de terre placé sur le faite. Très désireux de conserver la pureté de leur race, les Felacha ne se marient point à des femmes de religion difiérente, il leur est mème défendu d'entrer dans les demeures des chrétiens, et

Ed, Rüppell, Reise in Abyssinien.

Arnaud d'Abbadie, Douze ans dans la haute Éthiopie; — Halmann, ouvrage cité. Joseph Halévy, Prières des Falachas.

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FELACHA, KAMANT. 951

quand ils se sont souillés par une semblable visite, ils sont tenus de se purifier avant de rentrer dans leur maison. Is ne pratiquent point la polygamie et le mariage est beaucoup plus respecté chez eux que chez les autres Ahyssins, quoique les femmes aient une plus grande liberté; il est rare que les unions soient hâtives comme dans les familles chrétiennes : c'est de vingt à trente ans pour les hommes et de quinze à vingt ans pour les femmes que se célèbrent les mariages". Comme les mahométans, ils sont en général très supérieurs aux chrétiens, leurs maîtres, pour la moralité. Bien diftéents des autres juifs, ceux d'Éthiopie n'ont aucun goût pour le commerce : ils sont artisans pour la plupart, forgerons, maçons, charpentiers, potiers, tisseurs; il en est aussi qui s'occupent d'agriculture ou de l'élève du bétail, mais ils réprouvent unanimement la profession de marchand, comme en opposition avec la loi de Moïse, On voit que leur interprétation des livres saints n'est pas la même que celle des rabbins de l'Europe et de l'Asie; d'ailleurs, quel que soit leur zèle à remplir les prescriptions de la « loi », leurs pratiques sont mèlées de nombreuses cérémonies empruntées aux chrétiens du pays. Leur principale préoccupation est d'observer rigoureusement le sabbat, d'offrir des sacrifices sur la pierre sacrée du temple et suivant les formes traditionnelles, de se tenir en état de pureté par de fréquentes ablutions et l'isolement des personnes qu'a souiilées la maladie : chaque famille possède en dehors du village une cabane où doivent être portés les malades pendant un nombre preserit de jours, et c'est à que meurent le plus souvent les vieillards, privés par l'inflexible loi du bonheur d'avoir un fils à leurs côtés. Mais il est probable qu'avant longtemps les pratiques religieuses des Felacha ne seront plus qu'un souvenir, ear le principe du gouvernement éthiopien est que le sujet doit professer la foi du maître, Lors du passage des plus récents voyageurs on s'attendait à un ordre royal obligeant les Felacha à se déclarer chrétiens.

La caste des Kamant, que l’on rencontre en petit nombre dans les montaones des environs de Gondar et dans les koualla du versant nord-occidental de l'Éthiopie, de même que dans le Choa, parle la langue des Felacha et ne se distingue point d'eux par le type de figure : on considère les Kamant comme élant aussi de race agaou. Leurs traditions les rattachent aux Felacha, et comme eux ils se réclament du prophète Moïse ; s'ils ne célèbrent pas le sabbat, du moins se reposent-ils de leur travail ce jour-là; il en est aussi qui s’abstiendraient de labeur aux fêtes chrétiennes. Toutefois

chrétiens et juifs s'accordent à ne voir en eux que des païens ; on dit qu’ils

Tlenri À, Stern, Wanderings among the Falashas in Abyssinia.

LHNÉNITCE

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