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ÉTIHIOPIENS. 259
Les Éthiopiens policés des plateaux constituent deux groupes principaux, distinets par la langue et les traditions : les gens du Tigré, c’est-à-dire des
N° 42, — POPULATIONS DE L'ADYSSINIE.
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Se me re SAN A ; dE Lu Lst de Gre enwicr 1:3509009 ji à D ———- — U 400 kil. ” hautes terres du nord-est, et ceux de l'Amhara et du Choa, régions de l’oc- ARBRE TUE cident et du sud. Les Tigréens, qui ont donné leur nom à la province, ont RUES peut-être les traits un peu plus marqués que les autres Abyssins, desquels : t “4
ilest d'ailleurs difficile de les distinguer; mais ils parlent une langue spé-
ciale, le tigriña, idiome dérivé du ghez, le langage elassique dans lequel sont écrits les ouvrages religieux et que récitent les prêtres dans les églises, comme pour donner plus de sainteté à leurs prières et à leurs formules en prononçant des paroles incomprises du peuple. Les radicaux sémitiques du ghez se retrouvent plus où moins mélangés aux mots de provenance aborigène et aux termes galla dans le Cigriña, de même qu'en un dialecte parent, le Uigrié (ligré, Uigraï), employé par les populations du versant septentrionaldes monts, dans les hautes vallées tributaires du Barka. La langue « bédouine » des Habäb est du ghez qui s'est conservé presque sans modifications, et souvent des théologiens d’Abyssinie sont allés vivre parmi ces humbles pasteurs des montagnes du nord pour étudier les origines de leur langage sacré! Un autre dialecte de même provenance, le hassa, peu différent du tigrié, S'est maintenu chez les Beni-\mer, dans les plaines du Samhar, riveraines de la mer Rouge, mais chez ce peuple, où l'élément arabe est en lutte avec l'élément éthiopien, é'est le premier qui l'emporte graduellement; de ce côté la zone glossologique de l'Abyssinie se rétrécil peu à peu au profit de Parabe, de même que naguère la religion chrétienne était refoulée par l'Islam.
Des deux principales langues éthiopiennes, le tigriña et lamharina, le dernier, également dérivé du ghez, est plus envahissant, grâce à la supériorité de civilisation qui appartient aux habitants de l'Amhara et à leur prépondérance politique, L'amhariña est le langage du commerce et de la diplomatie; il est aussi lidiome littéraire, avant son alphabet spécial de 99 lettres, avec 7 formes chacune, soit 291 caractères, qui s'écrivent de gauche à droite, comme dans nos langues européennes, et le nombre des ouvrages rédigés dans cette langue est assez considérable déjà pour conslituer des bibliothèques. C'est en Europe que se trouvent les plus importantes, eten première ligne celle du British Museum, qui comprend 548 ouvrages, provenant surtout des collections du roi Théodoros. La plupart des livres amhariña ont été composés pour l'édification des fidèles, mais (F magie, l'histoire, la grammaire sont également représentées dans les collec lions d'ouvrages éthiopiens*, La science possède déjà trois dictionnaires de la langue amhariña; le plus récent, œuvre philologique de valeur ea pitale, est celui auquel M. d'Abbadie a travaillé pendant plus d’un quart de siècle, Quant aux dialectes tigriña, ils n'ont aucune littérature.
1 Werner Munzinger, Ostafrikanische Studien.
# Ant, d'Abhadie, Catalogue raisonné de manuscrits éthiopiens (254 manuscrits, composant li bibliothèque de M. d'Abbadie),
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Les Éthiopiens des diverses provinces, Tigré et Amhara, présentent de notables contrastes, suivant le lieu d'habitation, les métiers, la nourriture, les mélanges de race; mais si l'on ne tient pas compte des extrêmes, variant du type nigritien à celui des blancs d'Europe, on peut dire que, dans l’ensemble, les Éthiopiens se distinguent par la belle proportion des membres et la régularité des traits. La plupart ont ia taille moyenne’, les épaules larges, le corps un peu grèle, mais une élégance admirable dans les westes et Le maintien; drapés dans leur chouma, pareille à la toge romaine, ils disposent avec une grâce parfaite les plis du costume, suivant les impressions mobiles de leur esprit. Is ont en général le front haut, le nez droit où même aquilin, les lèvres épaisses, la bouche plus avancée que l'Européen, le menton pointu. La tête, dolichocéphale, est recouverte de cheveux légèrement frisés, presque crépus, souvent disposés en petites louffes, désignées par les musulmans marchands d'esclaves sous le nom de filfil ou «grains de poivre ». Ils ont la barbe rare comme la plupart des Africains, et comme eux également ont l'habitude d’abaisser en clignotant la paupière sur leurs grands yeux, ee qui leur donne souvent l'air faux et perfide. Quant à la couleur de la peau, on voit toutes les nuances, depuis le noir franc du nègre jusqu'au blanc foncé du riverain de la Méditerranée; mais la couleur dominante est un jaune sombre, parfois tirant sur le rouge
brique; d'ordinaire le teint de l'Éthiopienne est assez clair pour qu'on y
remarque la coloration subite de la rougeur. Dans la jeunesse, la plupart des femmes sont fort gracicuses, mais la période de beauté ne dure pas longtemps ; leur taille est plus petite en proportion que celle des hommes ; d'après Hartmann, elle est en moyenne de 1",45 à 1",48 ct ne dépasse cette hauteur que très exceptionnellement.
Les Éthiopiens, hommes et femmes, ont tous des ténias pour commensaux intérieurs. IL n’est plus douteux maintenant que ce parasitisme a pour cause l'ingestion de chair crue, générale chez les Abyssins, si ce n’est chez les habitants de Ja province septentrionale du Scraoué, dont la nourrilure est presque exclusivement végétale?. Au dernier siècle, les récits de Bruce sur les festins de brondo, c'est-à-dire de viande de bœuf encore palpitante, avec assaisonnement de poivre et de piment, ne trouvèrent que des incrédules et contribuèrent à le faire accuser de mauvaise foi; mais lous les voyageurs qui ont après lui parcouru les plateaux éthiopiens n’ont eu qu'à confirmer son dire. Pour se débarrasser de leur hôte incommode,
11,60 millimètres... De 1,96 à 1,65, Hartmann, Abyssinicn. * Werner Munzinger, Ostafrikanische Studien.
les Abyssins ont recours à la décoction de la feuille de kousso, à des écorces amères et à d’autres remèdes végétaux; mais ils préfèrent s’exposer à la maladie que de renoncer à leur savoureux brondo. Parmi les di. verses affections qu'ont à redouter les habitants du plateau, il faut citer surtout la lèpre, assez commune dans les koualla et surtout dans les villages habités par les Felacha'; les hautes vallées de l'Éthiopie ont, comme celles de l’Europe et de l'Amérique méridionale, beaucoup de goitreux parmi leurs habitants, surtout parmi les femmes? D'après l'Anglais Blane, médecin qui fut longtemps le prisonnier de Théodoros, la mortalité frappe surtout les femmes en couches, tandis que dans les pays voisins les accouchements sont en général très faciles. Les plaies se guérissent lentement en Abyssinie, et la moindrecontusion entraine souvent des maladies des os longues à guérir; et pourtant les amputations de bras et de jambes, de même que les castrations, si fréquentes dans ce pays de lortionnaires et de soudards, se font presque loujours sans conséquences mortelles et la guérison est généralement rapide”, Les habitants des hauts plateaux redoutent l'air fiévreux des koualla autant que les Européens et ne descendent guère au-dessous de 1000 mètres d'altitude pendant la saison des pluies. Le danger que courent les montagnards sous l'influence délétère de la chaleur humide est la meilleure garantie des populations de la plaine contre toute attaque des Abyssins : quand le « roi des rois» veut châtier une peuplade des terres chaudes, il y envoie surtout des guerriers galla, à demi accli-
matés par leur séjour dans les forêts de l'Ethiopie méridionale. Cependant
les chasseurs d’éléphants et les négriers qui descendent dans les régions basses à la poursuite de leur gibier peuvent braver impunément, dit-on, les miasmes de la plaine : ils se sounrettent quotidiennement à des fumigations de soufre.
Suivant l’heur ou le malheur des Européens qui ont voyagé en Abyssinie, ils représentent diversement le caractère des populations éthiopiennes, dont ils ont eu à se plaindre ou à se louer. Néanmoins il ressort en général de leurs descriptions que les Amhariniens et les Tigréens se distinguent par une intelligence vive, par beaucoup de gaieté naturelle et un abord facile. Sans avoir étudié l’art de bien dire, ils s'expriment avec une remarquable éloquence, soutenue par la noblesse de l'attitude et la convenance du geste. Même ceux d’entre eux qui ont fréquenté l'école, n’y ayant guère
1 Lefebvre, Voycge en Abyssinie,
# G. Rohlfs, Mone Mission in Abessinien.
5 D' Petit, Notes au Voyage en Abyssuue par Lefebvre.
? Antoine d'Abbadie, Séance de la Société de Gé-graphie de Paris, 14 avril 1882.
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ÉTIHOPIENS. 245
à des appris, sauf la lecture, que de vaines formules", apportent dans leur con- ’'expo- wrsation, toujours brillante, seulement des banalités ou des arguties; | UE ZA es di- ils effleurent avec grâce tous les sujets, sans les approfondir; leur | P'ÉRA fr FL Loiter pensée est toujoürs inconstante. Remplis d'amour-propre, vaniteux, par- {| 4 illages fois susceptibles, ils se laïssent facilement entrainer aux entreprises har- | LATE omme dies : nul avenir ne paraît trop glorieux à leur ambition; mais en cas | | ue # itreux d'insuccès ils acceptent je mauvais sort avec une résignation parfaite. |] | # Blane, Dans ce pays où les guerres civiles causent de si brusques péripéties dans | À
frappe a vie, il faut être préparé à tous les changements, s'attendre sans émoi |
accou- à passer de la pauvreté à la richesse, sans frayeur à tomber de l'opulence à | | Lao 1l lement la mendicité : il n'y à point de fous chez les Abyssins. Le triste état poli- (| TEA des os tique de l'Éthiopie explique bien des vices chez ses habitants. La guerre 4H f i4in bes, de incessante détourne des œuvres pacifiques ; les soldats vivant de pillage, fl Lt s et de les moines vivant d’aumônes, font mépriser le travail et toute la besogne HEAR Fi a gué- retombe sur les femmes et les esclaves. Comme les humbles fellähin d'É- Hp Hi redou- gypte, les Abyssins, souvent si fiers, ne croient pas déroger en sollicitant Li (ÉteTU Een endent des cadeaux : « Dieu nous à donné la langue pour demander, » disent-ils : es, Le eyniquement. Chez les Choho, l'amour du bakchich est poussé à un tel 1 à : ji halcur point, que plusieurs chefs se font enterrer la main étendue hors du sol, lift ie 4 "| e Loule comme pour demander encore du fond de leur tombeau*, Un autre défaut A ARR AINS HIS à “uplade commun chez le peuple abyssin est le manque de droiture. La vérité ne sau- fin: :
i accli- ait guère être respectée dans ce pays de discussions et de subtilités théoloendant giques où chaque interprétation s'appuie sur un texte sacré. Après avoir ! Ar égions juré un serment qu'il n'avait point l'intention de tenir, un souverain du mit
dit-on, Choa, raconte Valentia, ne manquait jamais de se racler la langue entre “{
fumi- les dents et de cracher autour de lui en prenant ses courtisans à témoin : qu'il nelloyait sa bouche : le serment était annulé par cette cérémonie.
ssinic, «Le mensonge donne au langage un « sel » qui manque toujours à la vé-
ennes, rité pure, » disait un Abyssin à M. Antoine d’Abbadie,
énéral
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abord Quoique les Éthiopiens soient au nombre des peuples « civilisés », leur
"emar- agriculture est encore à l’état rudimentaire ; bien des charrues n’ont pour soc
anance qu'un bâton ou qu’un fer de lance déchirant le sol sans le retourner; après : | À guère les semailles, nul soin n’est donné à la terre jusqu'au moment des ré-
colles ; certaines plantes, fort utiles pour leurs fruits ou leurs produits
! Nombre des Abyssins qui savent lire : Amhariniens, un emquème ; Tigréens, un douzième, (Gobat, Journal of a three years residence in Abyssinia.\ À ARE ? Lefebvre, ouvrage cité. HIVER
industriels, sont laissées à l’état sauvage, Même la eucillette est négligée, ct la gomme que produisent en abondance les acacias du Sahel, du Sambar et des pentes de la chaîne éthiopienne, n'est recueillie que dans le voisinage immédiat des sentiers de commerce, entre Massaouah et les plateaux, pendant il est certain que plusieurs espèces végétales élé introduites Cependant il est certain que pl ù gétales ont été introduit dans le pays, la vigne notamment, à l'époque du commerce avec Byzance; pendant ce siècle, Schimper à répandu la culture de la pomme de terre, les missionnaires allemands ont apporté le chou rouge, et Munzinger a doté le pays des Bogos de plusieurs plantes nouvelles. Si les terres cultivables de l’Abyssinie étaient utilisées comme celles des colonies européennes les plus productives, les plateaux éthiopiens pourraient fournir de café et de quinquina les marchés du monde, et les vallées des avant-monts rivaliseraient avec les États-Unis pour la culture du cotonnier.
L'industrie proprement dite est dans le même état d'abandon que l’agriculture, quoique les Éthiopiens aient certes l'intelligence assez ouverte et les mains assez habiles pour utiliser eux-mêmes leurs matières premières, au lieu de les expédier à l'étranger pour les recevoir après mise en œuvre :
s guerres incessantes, pendant lesquelles on à vu parfois toute la popules guerres incessant lant lesquelles on à vu parfois toute la popu ation valide sous les armes, le mépris du travai des travailleurs que lation valide sous 1 l lu travail et des travailleurs € l'on a dans tous les pays de féodalité et d’esclavage, n’ont pas permis aux
Le) Abyssins de développer leur habileté et leur goût naturel pour l’industrie. Ab le développer leur habileté et leur goût naturel I
rest aux Juifs felacha que l’on abandonne les travaux de maçonnerie, de € Ç menuiserie, de charpente. Ce sont aussi des Felacha qui fabriquent outils,
instruments et armes et qui courent le risque, en échange de ces services,
d'être haïs et perséeutés comme bouda, c'est-à-dire comme loups-garous ou du moins comme nécromanciens. Quelques familles descendant d’Hindons et des Arméniens naturalisés décorent de filigranes les boucliers, les épées et les selles, fabriquent des bijoux et sertissent des pierres pour les col liers el les bracelets des femmes; des ouvriers européens, résidant à la cour, contribuent aussi pour une certaine part à la production industrielle de l'Éthiopie. Les fins tissus de coton que l'on emploie pour les chama et les autres articles de vêtement sont fabriqués dans le pays, mais les franges de coton rouges ou bleues dont les bords sont ornés proviennent généralement de l'étranger, Comme les peuples mahométans des alentours, les Abys-
sins sont très habiles pour la préparation des cuirs de toute espèce dont 1ls abriquent des multitudes d’objets, boucliers, selless amulettes. La plupart fab td ltitudes d’ob} ?
es habitants sont leurs propres tailleurs et blanchissent eux-mêmes leurs des habitants sont le res tailleurs et blanchissent mêmes leurs vêtements, au moyen de semences d’endot qui remplacent le savon : aux jours de fête, ils tiennent à honneur de se montrer en habits d'une
blanche naireme voyager des artis à justifie ratique « et l'éna voit à c abyssine fadeur | en Abys pinceau dans la p peignent mahomé neurs de poètes tr nages, 1} guère qu les inspir rageant | aussi AUX Malgré les vaguc « Prètre où la pré municati par la mc tiens d'É Églises d:
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