RELIGION DES ABYSSINS
triarche, que des Arabes capturèrent et vendirent aux Portugais de Goa pour une forte rançon.
Pendant ce siècle, les missionnaires catholiques et protestants sont revenus en Abyssinie; mais, suspects en'leur qualité d'étrangers, ils n'ont jamais été tolérés que pour un temps. Les Éthiopiens sont en général assez indiflérents en matière religieuse et verraient sans ennui des églises de dénominations diverses s'élever à côté des leurs, mais ils craignent que la conversion ne soit le prélude de la conquête. « Les missionnaires seront libres dans mon royaume, disait le prince Kassa, devenu plus tard le fameux roi Théodoros, mais à la condition que mes sujets ne disent pas : «de suis Français parce que je suis catholique », où « Je suis Anglais parce que je suis protestant!" » Plus tard même il interdit aux étrangers toute prédication et ne les toléra qu’en qualité d'artisans. Sa propre destinée devait justilier une parole qu'il répétait souvent : « D'abord les missionnaires, puis les consuls, puis les soldats!» Maintenant le territoire abyssin est interdit aux prêtres de religions étrangères, et même des Européens, domiciliés dans le pays, comme Schimper, ont dû se convertir au culte national.
Naguère les propagandistes musulmans semblaient devoir être plus heureux que les missionnaires d'Europe. Sur les frontières de l'Éthiopie, presque toutes les populations, converties à l'Islam, n’ont plus de la foi chrétienne qu'un vague souvenir, et dans l’intérieur même du pays les mahométans menaçaient de l'emporter. D’après quelques écrivains, ils auraient déjà formé le tiers de la nation; dans les villes, ils dominaient par le nombre, la richesse et l'influence. Tout le commerce était dans leurs mains. Le pouvoir politique seul leur échappait, parce que les princes doivent appartenir à la religion chrétienne, en vertu de la loi fondamentale du pays; mais, au milieu du sièele, on vit le maitre de la contrée, le râs Ali, n'abjurer le mahométisme que des lèvres et distribuer les places et jusqu'aux dépouilles des églises aux sectateurs de l'Islam”, La réaction contre le mahométisme eut pour cause principale l’invasion des armées égypüennes : la haine des ennemis de l'extérieur se reporta sur les ennemis de l'intérieur, L'ordre de conversion en masse fut promuleué et tous les Abyssins musulmans ont dû se rattacher en apparence à l'Église établie, et sous peine d’exil prendre le mateb ou cordonnet, « bleu comme le ciel », qui distingue les chrétiens. Les mahométans restés fidèles à leur foi se sont réfugiés dans les États d'outre-frontières, surtout dans le Galâbat, sur la
! Picard, Annales de la Propagation de la Foi, 1871. ? Léon des Avanchers, Annales de la Propagation de la Foi, novembre 1851.
route de Khartoum. L'Éthiopie, refuge des sectateurs de Mahomet dans la cinquième année de persécution, n'a done point justifié l'éloge que lui décernait le Prophète en l'appelant «un pays de droiture, où aucun homme n'est victime de l'injustice! ». s
L'aboûna, c'est-à-dire « notre père », chef du clergé d'Éthiopie, n'est pas un Abyssin; depuis le règne de Lalibala, il y a bientôt sept siècles, ce prélat est toujours étranger, On a eraint sans doute qu'il n’acquit trop de puissance dans le pays s'il était indigène, rejeton d’une famille de princes; c'est un prêtre copte, envoyé, moyennant un présent considérable, par le patriarche d'Alexandrie. Aussi veille-t-on avec soin sur cette précieuse vie pour n'avoir pas à grever de nouveau le trésor de l'État, et souvent, après la mort d'un aboûna, la chaire pontificale est restée vide pendant plusieurs années. Les fonctions du grand prètre de l'Église éthiopienne sont d'ordonner les prêtres et les diacres, de bénir les autels, d’excommunier les criminels et les blasphémateurs ; en échange, il possède tout un quartier de Gondar et dispose des revenus de fiefs nombreux et d'un casuel réglé par un rigoureux tarif, Très vénéré par les fidèles, il n’a cependant pas un pouvoir qui puisse se comparer à celui des négous, et l’on a vu Théodoros, frappé d'excommunication par l'aboûna, prendre froidement un pistolet et ajuster le prélat en lui demandant la bénédiction, que du reste « son père » s'empressa de lui accorder*. Surveillé par les agents politiques du souverain, l'aboûna est en outre tenu en échec par un rival religieux, l’etchaghé, prêtre national, possédant aussi le droit d’excommunication, et légal de l’aboûna en dignité religieuse, sauf qu'il ne peut conférer les ordres ; il est également propriétaire d'un quartier de Gondar, C'est l'etchaghé qui gouverne les nombreux couvents de l'Éthiopie et qui commande à la multitude des dabtara ou « lettrés », qui forment la classe plus instruile et la plus influente du pays. Ils sont laïques, mais ils ont d'ordinaire plus d'autorité dans l'Église que le prètre lui-même. Le dabtara possède en usufruit les fiefs ecclésiastiques ; il loue au mois, |
mande ou congédie le prêtre qui dit la messe; souvent 1 0 pe la chars
de curé, qui est toute temporelle en Éthiopie. C jui compose chants d'église renouvelés poûr chaque fête, et soux | vglisse des tr de moquerie à l'adresse de l’évêque, parfois même des avertissements au souverain *, Les prêtres éthiopiens, à l'exception des grands dignitaires, ne sont pas 1 Stanley Lane Pool, le Koran, sa poésie el ses lois
# Guillaume Lejean ; Gerhard Rohlfs; Th, von Heuglin, 5 Antoine d’Abbadie, l’Abyssinie et le roi Théodore.
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