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MŒURS DES ABYSSINS, GONDAR

peine capitale, s'il le vendait; généralement, après une servitude dequelques années, il l'affranchit, en lui donnant les outils ou l'argent nécessaires à son entretien : devenu client, l'affranchi augmente la considération de son ancien maiître'. Avant la conversion forcée des musulmans, tout le trafic de chair humaine se faisait par leur intermédiaire. Comme les abolitionnistes américains, mais dans une intention tout opposée, ils avaient établi une « route souterraine », c’est-à-dire une série de dépôts clandestins sous (erre ou sous bois, échelonnés entre Gondar et Metammeh ; les convois d'esclaves étaient soigneusement enfermés pendant le jour et ne passaient d'un dépôt à l'autre que pendant la nuit?.

Le centre naturel de l'Éthiopie, qui fut aussi à diverses époques le siège de l'empire, est le bassin fertile dont la dépression médiane est occupée par les eaux du lac Tana. L’altitude moyenne de cette région favorisée est un peu supérieure à 2000 mètres; c’est la zone du voïna-dega, qui correspond à la zone tempérée de l'Europe, mais en offrant une température plus égale et une végétation plus riche ; sous cet heureux climat, les campagnes donnent les récoltes les plus abondantes et les plus variées de l'Éthiopie; là se sont bâties les villes les plus populeuses, d'ailleurs fort rares dans ce pays féodal où la famille nobiliaire est fortement constituée. Un autre grand avantage de la contrée est sa facilité relative d'accès. De Khartoum au lac Tana la route directe s'élève graduellement sans avoir à franchir d'arête escarpée que celle du Wali-dabba, au nord-ouest du grand lac; mais il serait diflicile de suivre la route tracée par les gorges du Nil Bleu, immense demi-cercle décrit par le fleuve en dehors de l’Abyssinie, dans le pays des Ilm-Orma et des Berta.

L'une des villes du bassin central de l'Éthiopie est la cité de Gondar où plutôt de Gouendar, que l'on désigne d'ordinaire comme la capitale du royaume, bien qu'elle n’en soit que le chef-lieu religieux, Gondar n’est pas d'origine antique : elle date seulement des premières années du dixsephème siècle, mais elle a plus d'édifices ruinés que de maisons en bon état, La plupart des églises ont été détruites par Théodoros en un jour de colère, et sur la colline arrondie qui domine la ville au nord se voient les débris d'un gimp ou « château fort » qui, malgré son état de délabrement, est encore la plus superbe construction de l'Éthiopie. Ses murs de grès

{Th Lefebvre, Voyage en Abyssinie.

* Guillaume Lejean, Voyage en Abyssinie.

rose, avec parements de basalte, ses tours rondes, son donjon carré, ses hauts portails dans le style portugais lui donnent un grand aspect: mais les arbres et les broussailles l'envahissent peu à peu, et des portions en-

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loin, au pied de ses ruines pittoresques, dominée par ses églises, et parse-

* Guillaume Lejean, Voyage en Abyssinie.

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