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POPULATIONS DE L'AOUDH ET DU BENGALE

les hautes vallées des monts Radjmahal et des massifs environnants jusque vers le sud de Monghyr, jouissaient encore de leur indépendance politique au milieu du siècle, et les Anglais envoyèrent contre eux mainte expédition, qui dut se borner à parcourir les jongles et à brûler les villages. Mais ce que n'avait pu accomplir la force, la ruse a su le faire. Les chefs pahariah, comblés de présents, sont devenus les pensionnaires du gouvernement anglais, et désormais leur territoire est nettement limité : des bornes en maçonnerie placées à l'issue des vallées indiquent les frontières de la tribu, et les indigènes qui descendent de leurs montagnes ne se montrent plus en ennemis, mais en commerçants paisibles. D'ailleurs les Pahariah sont loin d'être sauvages. Ils construisent soigneusement leurs cabanes en tiges de bambou, les garnissent de meubles sculptés, en ornent les abords; leurs jardins et leurs champs sont bien entrelenus et fournissent d'ordinaire une récolte suffisante pour alimenter un petit commerce d'exportation; mais, quoique marchands, ils sont très véridiques : « Plutôt mourir que de mentir » est un de leurs proverbes. De même que la plupart des tribus de l’Assam et de l’Indo-Chine, les Pahariah ont dans leurs villages une sorte de palais commun, où tous les jeunes hommes viventensemble, Devant les demeures et près des arbres sacrés sont plantés de hauts bambous pour écarter les mauvais génies qui volent pendant les nuits, profilant de l'absence du Koleil, le grand dieu de l'univers. La plupart des anthropologistes voient dans les Pahariah des Dravidiens parents de ceux de l’Inde méridionale; ils le sont du moins par la langue, qui se rattache à celles du midi‘. On affirme, mais sans preuves, qu'ils diminuent rapidement en nombre et qu’ils disparaissent peu à peu’, mais les méprises du recensement, provenant surtout des changements de nom que subissent les tribus et leurs clans, sont trop fréquentes pour qu'on puisse admettre comme un fait certain la décadence de la nation.

Les Santal ou Sontal, au nombre de deux millions peut-être, habitent aussi le Bengale et le Behar et peuplent notamment les vallées et les premiers talus des plaines aux pieds des montagnes des Pahariah: de là ce nom de Daman-i-koh ou « Piémont » que l’on donne à la partie de leur territoire voisin des collines de Radjmahal. Les Nantal sont assez nomades de leur nature; quoique agriculteurs, ils aiment à changer de campement: dès que le sol cultivé par eux est appauvri, ils vont chercher dans la jongle d'autres terrains à défricher. En plusieurs distriets, surtout dans le

1 Dalton, Ethnology of Bengal ; — H. Bickerstaffe Rowney, The wild Tribes of India. * Caldwell, Dravidian Languages.

Daman-i-koh, où ils étaient 5000 en 1790 et plus de 200 000 cinquante ans après, la plus grande partie du sol est déjà utilisée et, malgré eux, les Santal sont devenus sédentaires, mais pour être en mème temps asservis à la glèbe : aucune population de l'Inde n'eut plus à souffrir du régime de propriété introduit dans le pays par les conquérants mongols et les Anglais. Accablés de taxes et d'impôts par les grands tenanciers, vexés de toutes les manières par les agents du fise et autres intermédiaires, rongés par les usuriers, la plupart des Santal voisins des campagnes hindoues se trouvèrent bientôt réduits en esclavage; pour leur nourriture même, il leur fallait s'adresser au prêteur, engager d’avance, à 99 pour cent d'intérêt par an, le produit de leur propre travail et celui de leurs enfants. En vain s'adressèrent-ils aux tribunaux anglais pour reprendre possession de leur terre et de leur liberté; leurs doléances ne furent point entendues. Ils résolurent alors de descendre en masse vers Caleutta pour aller demander justice au vice-roi. Le 30 juin 1855, les Santal orientaux, ceux qui avaient le plus à souffrir de l’usure et de l'impôt, se mirent en marche, avec femmes et enfants, précédés de leurs hérauts battant le tambour : la seule avant-garde des tribus se composait de trente mille hommes. La procession militaire, précédée par la foule des fugitifs hindous, descendit assez avant dans la plaine, pillant les plantations des usuriers et brûlant leurs maisons. En toute hâte, le gouvernement rassembla des troupes et les envoya contre les pétitionnaires. Ce ne fut pas une guerre, mais un hideux massacre, que nul officier anglais ne put raconter sans honte’. Les Santal, protestant qu’ils n’en voulaient point aux Anglais, mais seulement aux prèteurs d'argent, n’en acceptèrent pas moins le combat; mais que pouvaient leurs flèches contre les armes de précision des cipayes? Tant que résonna leur tambour, ils se laissèrent tuer sans demander quartier; en plusieurs villages, il ne restait plus un homme debout quand y pénétrèrent les troupes de la Compagnie. Après la tuerie, les Anglais songèrent à examiner les griefs des Santal et à leur donner quelque satisfaction. Les terres furent rendues à ceux qui les eultivaient, certains pactes usuraires furent déchirés, et l'esclavage, qui jusqu'alors avait été toléré par les juges anglais, fut solennellement aboli, mais pour être, trop souvent, rétabli sous une autre forme. Le chemin de fer, pénétrant dans le pays des Santal, où la population surabonde par l'excédent continuel des naissances sur les morts, appelait les travailleurs par dizaines de milliers ; les planteurs de thé de l’Assam demandaient des ouvriers pour

‘ Hunter, Annals of Rural Bengai.

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