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en argent, lorsqu'ils ont pu faire quelques économies. Les maisons, isolées de chaque côté de la « voie des familles », et peintes en bandes alternantes de rouge, noir et blane, sont très proprement tenues, et c'est toujours à l'écart que s'élèvent étables et pigeonniers. Chaque maisonnée à son culte particulier, qui se célèbre en commun sous la direction du père; sur son lit de mort, celui-ci révèle au fils aîné le nom de son dieu et les paroles secrètes qu'il lui adressait, puis, en mourant, il passe lui-même au rang des divinités, avec tous les ancêtres. Le devoir suprême du fils aîné ou du plus proche parent est, après avoir brûlé le corps, de porter trois fragments du crâne au bord de la Damoudabh, la rivière sacrée, et de plonger ces ossements dans le flot afin qu'ils aillent rejoindre ceux des aïeux. Lorsqu'un Santal a été dévoré par une bête féroce, le plus proche parent, se privant de nourriture et de sommeil, suit l'animal jusqu'à ce qu'il ait pu retrouver un débris de la vietime et le porter au flot de la rivière sainte.
Le patriotisme de clan est aussi fort chez les Santal que l'esprit de famille. Des cérémonies spéciales célèbrent l'entrée du jeune homme dans le clan et les anciens lui expliquent ses devoirs envers la communauté. Des manquements à l'honneur, des crimes entraînent l'exclusion du clan, c'està-dire la mort civile; dans les cas ordinaires, le coupable peut racheter son droit de cité, mais dans les eas graves il ne lui reste qu'à prendre son arc et ses flèches et à s'enfuir dans la jongle, d'où il ne revient jamais. La suspension des droits et l'expulsion, tels sont les deux seuls moyens de gouvernement pour les tribus santal; les magistrats anglais ont compris que toute leur police, pénétrant dans les tribus, ne servait qu'à troubler la notion du droit chez les indigènes et à diminuer l'influence des « pères » et des représentants que les Santal se choisissaient eux-mêmes. Des missionnaires catholiques et protestants de diverses sectes, établis dans le pays santal, ont eu dans leurs tentatives de conversion plus de succès que n'en ont leurs confrères en pays hindou, mais la grande masse de la nation reste très attachée à son ancien culte. Plusieurs fois par an, les villageois se réunissent à l'ombre d'un sal (shorea robusta), l'arbre national par excellence, pour danser en rond et chanter des hymnes en l'honneur de leurs aïeux, qu'ils croient les regarder du haut des branches; ils leur offrent en sacrifice des coqs, des chèvres ou bien des fleurs ou des fruits rouges, dont la couleur donne aux ancêtres l'illusion du sang. Is apportent les mêmes offrandes au soleil et à la « Grande Montagne », divinité qui se confond souvent avec Siva, le dieu des monts neigeux, et qui semble témoigner de l’ancien séjour de Ja nation dans quelque haute vallée de l'Himalaya. Les Santai vénèrent aussi l'éléphant comme un protecteur
des tribus, et les mères aiment à placer leurs enfants aux pieds de l'animal singes en lui demandant de les bénir', Les Kohl et les Khond donnent à l'élé- ou m phant le nom de « grand'mère ». qui | Les Oraon où Dhangar, c'est-à-dire les « Montagnards », autre tribu hindo indigène des districts de Tehota Nagpore, sont de race et de langue dravi- dividu diennes comme les Pahariah, et disent ètre venus avec eux de l'Inde ocei- les
dentale; ils se donnent eux-mêmes le nom de Khourouk. C'est parmi eux venu que se recrutent surtout les ouvriers employés dans les travaux publics du Bengale et les coulis engagés par les planteurs de colonies lointaines. Les Oraon, que l'on évalue au nombre de 600 000, et qui se divisent en nombreux elans, ayant chacun son Lotem ou animal symbolique, se disent la « tribu du labeur » et se plaisent à donner des preuves de vigueur et d'intelligence dans les Ur'avaux qu’on leur confie; simples d'esprit, ils s'amusent d'un rien, dansent et rient volontiers pour se reposer ; en revenant des champs, la tête couronnée de fleurs, ils se tiennent par la taille et se balancent en chantant pour rythmer leur marche*. Ils contrastent pour la plupart avec les Hindous par leur laideur'; ils ont la peau noire, la mâchoire inférieure avancée, la lèvre épaisse, le front bas et étroit, les cheveux longs et légèrement crépus, souvent oints de bouse de vache, etla nature de leurs occupations les condamne à la malpropreté; néanmoins ils aiment beaucoup les ornements et se tatouent diverses parties du corps. Presque partout leurs demeures sont de simples huttes en terre; le principal édifice du village est la doum-kharia ou € garçonnière », dans laquelle les jeunes gens s'exercent à tous les jeux de force et d’adresse. Plusieurs coutumes des Oraon les rapprochent des Santal; comme eux, ils adorent le soleil, les génies, les ancêtres, leur sacrifient de petits animaux et leur portent des offrandes; comme eux, ils laissent leurs enfants se marier à leur gré, mais seulement en dehors de leurs villages, et
donnent à la femme une grande part d'influence. Lorsque deux jeunes tions ‘A 4e è filles se choisissent pour sœurs, elles échangent leurs colliers, en présence parle {l 4 +” ; $ ; Act + . 2 :
E de témoins, et jusqu'à la fin de leurs jours s'appellent l’une l’autre « ma case ï REC ND fleur » où « mon sourire ». pout FRE «Lt Quelques autres tribus habitent les plateaux à l’ouest du delta gangé- chen frite Le) AE Fi tique; telles sont les Mounda, qui se rattachent aux Kohl d'Orissa, et les Bhor f à que; EL | , k Karwar, parents des Santal, qui parcourent les forêts au sud de la Sone, qu $ vivant en partie de fruits sauvages et de racines, qu'ils disputent aux rige j' 4 Hunter, Annals of Rural Bengal.
} # W. Luther; — Dalton, Ethnology of Bengal. el (his 5 Dalton, ouvrage cité: — Il. Bickerstafle Rowney, The wild Tribes of India. ji
SANTAL, ORAON, MOUNDA, 530
singes‘; mais la plupart des peuplades aborigènes sont à demi indianisées ou même ne se distinguent des Hindous que par la position inférieure qui leur est attribuée dans la hiérarchie des castes. Les Tchandal, la caste hindoue la plus méprisée, qui comprend plus d'un million et demi d’individus, descend évidemment de ces anciens possesseurs de la contrée que les envahisseurs aryens qualifiaient avec mépris du nom de Dasyas, devenu maintenant, sous une forme légèrement altérée, l'une des appella-
NO 7üa = POPULATIONS ABORIGÈNES DU DENGALE.
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tions de famille les plus communes du Bengale?. Les Radjbansi ou Pali, qui parlent un dialecte rapproché du bengali, les Malda, les Kotch et autres castes de cultivateurs, encore plus nombreux dans le bassin du Brahmapoutra que dans celui du Gange, sont aussi de race indigène et se rattachent probablement au groupe barman: de même, les agriculteurs Bhouya, les pêcheurs Bagdi, les Bari, porteurs de palanquins, les Moutchi, qui travaillent le cuir, sont les représentants des antiques populations aborigènes. C’est à eux que l’on attribue mainte coutume religieuse étrangère
1 Ball, Jungle Life in India: — Journal of the Asiatic Society of Bengal, XXXNI. 3 Hunter, ouvrage cité.
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aux Aryas, el notamment ces sacrifices humains que la police anglaise eut tant de peine à supprimer, Le eulte sanglant de Siva et de Kali demandait des victimes de choix, et jusqu'en l'année 1866 des jeunes gens furent sacrifiés en leur honneur, à Djessore, à Dakka et dans les forêts de Tehota Nagpore. Sur les bords des rivières, la tradition désigne encore les emplacements où les prêtres versaient le sang humain, Il paraît que ces horreurs n'ont plus lieu dans le Bengale, mais que de rites d'origine non aryenne auxquels les brahmanes sont encore tenus de se plier, soit en conjurant les démons qui se cachent dans les forêts, soit en offrant des poignées de lerre aux divinités des champs! Sous de nouveaux noms subsistent toujours les anciens cultes.
C'est dans la province d'Aoudh que l'élément hindou, de pure origine aryenne, parait être le plus lortement représenté. Les brahmanes, prêtres, gens de professions libérales, industriels où cultivateurs, y constituent au moins la huitième partie de la population; les Radjpoutes et gens des castes guerrières se donnant le nom de Kechatryas y possèdent la plupart des grands domaines, où ils offrent aux Anglais une hospitalité fastueuse; les Kayasth, «€ intelligents, subtils et faux comme des Byzantins du Bas Empire »*, sont devenus les « écrivains » par excellence, e!, de concert avec les Vaïsya, se sont emparés de tout le commerce; les agriculteurs Ahir ou Gopa, descendants de bergers, se vantent d'appartenir à la même ace que le dieu Krichna ; les Kourmi, premiers laboureurs établis dans la contrée, et les Mourao, qui constituent avec les Ahir la masse de la nation, se donnent également comme des Hindous de race non mélangée. Ceux des Aryens qui descendirent dans les plaines basses du Gange à l'époque des migrations primilives, prétendent aussi à la pureté du sang; de même que les colons de toute race, ils s'attribuent une noblesse supérieue à celle qui leur appartient en réalité; ils se disent « deux fois nés », comme les descendants des premiers immigrants anglais en Virginie prennent lous le ang de «cavaliers » et comme les Anglais de l'Inde se donnent sans exceplion le litre d'cesquire ». Mais de même que les nobles de la Grande-Bretagne ne reconnaissent point aux « gentilshommes » de l'Australie et du Canada l'égalité du rang, de même les brahmanes de l’Aoudh, surtout les Kanoudjea, où brahmanes de Kanodj, l'antique capitale hindoue’, tiennent ceux du Bengale comme de beaucoup leurs inférieurs en position sociale et mème en privilèges religieux. Jusqu'à maintenant ils refusent de manger
1 Walter S& Slherzill, Report upon the Bhaugiruthee River.
* Elliot, Castes of the North-West Provinces. 5 Campbell, Ethnology of India.
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