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HINDOUS ET MAHOMÉTANS

à la même table, et tel voleur d'Allahabad ou de Bénarès subira stoïquement dans sa prison la peine du fouet plutôt que d'avaler un grain de riz préparé par un brahimane de Caleutta, Récemment encore, un pur Aryen de l'Aoudh, même simple cultivateur, ne pouvait contracter de mariage légitime avec une brahmane bengali, si riche que fût le père; ses enfants élaient réputés bâtards!, C'est aux contrées où prédominent les brahmanes, Hindous par excellence, dans les hautes plaines de la Djamna et du Gange, que les conquérants Grands-Mongols ont appliqué d'une manière spéciale le nom d'Hindoustan, étendu depuis d'une manière générale à tous les pays où se parlent des langues et se pratiquent des religions hindoues, c'est-àdire à toute la péninsule Cisgangétique?,

Les mahométans, si nombreux dans la région nord-occidentale de l'Hindoustan, sont en minorité dans le bassin du Gange, quoiqu'ils aient été les maitres politiques sur ce versant de l'Inde aussi bien que dans le Pandjab, et qu'ils aient souvent usé de leur pouvoir pour convertir leurs sujets, par des ordres de circoncision en masse. Dans les plaines supérieures du Gange, les musulmans ne comprennent que la septième partie de la population; dans l'Aoudh, le pays hindou par excellence, ils ne forment qu'un dixième des habitants; un peu plus nombreux dans le Behar, ils manquent presque complètement dans le Tchota Nagpore, où prédominent les éléments indigènes antérieurs aux Arjens; mais au Bengale proprement dit ils reprennent une importance numérique considérable, A cet égard, le recensement de 1872 à été une révélation. Les gouvernants anglais apprirent avec étonnement que dans la seule province du Bengale leurs sujets musulmans dépassaient en nombre ceux du sultan de Constantinople en Europe et en Asie. Près du tiers des habitants du Bengale appartient à l'Islam. Il est vrai que les mahométans de cette partie de l'Inde sont loin de ressembler à ceux de l'Arabie: dans maint distriet ils ignorent même les plus simples formules de leur religion, et, divisés en castes comme les Hindous, pratiquant les mêmes cérémonies dans les sanetuaires, ils ne diffèrent de leurs voisins que par l'observance de la circoncision. Mais dans ces derniers temps un grand mouvement de réveil religieux a resserré les liens qui rattachaient les musulmans du Bengale les uns aux autres. Des prédicateurs itinérants, venus pour la plupart des provinces du nord, ont détourné leurs coréligionnaires des temples hindous et leur ont enseigné les dogmes essentiels de leur foi. L'esprit de solidarité des maho-

# Hunter, Annals of Rural Bengal.

? Rennell, Memoir a map of Hindoostan.

métans du Bengale avec ceux de l'Inde et du monde s’est accru; ils savent maintenant ec qu'ils ignoraient naguère, quelle est l'importance de leur rôle religieux et politique parmi les nations; et, quoique divisés eux-mêmes en casles, ils présentent un corps relativement uni, en comparaison des mille fractions irréductibles de la société hindoue. D'ailleurs, la différence des occupations ne peut que maintenir et même accroître le contraste entre les sectateurs des religions distinetes. Ainsi, dans le Behar et dans l’Aoudh, les musulmans appartiennent pour la plupart aux classes supérieures ; dans le Bengale, ils sont groupés surtout en communes de eultivateurs, tandis que les employés et les artisans sont presque tous hindous. Même il existe en plusieurs districts d’incontestables différences de race. Ainsi dans le Rohilkhand, au sud du Koumaon et du Nepal, les Rohilla, les anciens maitres du pays, sont de purs Afchans, et la plupart des autres mahométans de la contrée, saïd, cheïkh, « mongols », pathans, sont aussi d'origine étrangère, du moins par les hommes, descendants des compagnons de Mahmoud, de Baber et d’Akbar.

C'est à l'influence mahométane qu'est due la naissance de l'idio ae parlé par la majorité des habitants dans le bassin du Gange. L'hindoustani eut sa première origine dans le camp du Grand-Mongol, dans l'ourdou de Delhi : de à le nom d’ourdou, langage de la € horde » par lequel il est ordinairement désigné; mais de simple patois de camp, de grossier sabir comme le parler des Franco-\rabes, l'hindoustani devint bientôt une véritable langue, et grâce à son inépuisable vocabulaire arabe et persan, à la facilité avec laquelle il s’assimile les nonveaux mots, à l'harmonie de ses consonnances, à la souplesse de sa phrase, qui lui permet d’avoir à son gré toute l'ampleur où toute la brièveté désirables, il a fini par déplacer plusieurs dialectes hindous, tombés maintenant au rang de patois; il est même parlé par un plus grand nombre d'homines que le bengali, employé dans la région du bas Gange par quarante-cinq millions d'Hindous ; comme idiome policé, 11 l'emporte sur toutes les langues sœurs, pandjabi, sindhi, goudjarati, marathi, nepali. Il hérite de l'influence qu'eut autrefois la langue pali dans la civilisation de l'Orient. D'ailleurs, tout mélangé qu'il soit de termes arabes ei persans, s'élevant dans quelques ouvrages jusqu'aux trois cinquièmes du vocabulaire, l'ourdou n'en reste pas moins un dialecte hindou par la grammaire, les désinences, la construction de la phrase. De même, le bengali garde son caractère de langue indienne dans les tribunaux, où il est mélangé d'un tiers de mots étrangers, anglais pour la plupart, Quoique dérivé de Fhindi, lhindoustani est généralement écrit

en caractères persans, comme S'il n'était pas d'origine nationale; mais il

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