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nom de Sahibgandj ou « Marché des Messieurs ». De mème, au sud-est de Patna, la ville de Behar, d'après laquelle est désignée toute la province et dont le nom, dérivé de Vihara, n’a d'autre sens que celui de € Moùiier », est devenue beaucoup plus importante par son trafic et son industrie que par l'afflux des pèlerins. Quant aux villes du Behar qui se trouvent au nord du Gange, dans le Tirhout, elles n’ont aucune célébrité dans l'histoire religieuse de l'Inde, car la contrée resta longtemps au pouvoir des populations sauvages; mais, de nos jours, c’est l'un de ceux où l’agrisalture donne le plus de produits en grains, en opium et autres denrées; le tabac et l’indigo du Tirhout sont des plus appréciés. Les agglomérations urbaines de Bettiya, Mouzaffarpour, Dabangha, les plus considérables du pays, expédient leurs denrées à Calcutta, non par les rivières incertaines qui arrosent leurs campagnes, mais par un réseau de chemins de fer construit pendant la famine de 1874 pour donner de l'ouvrage aux paysans mourants de faim. Ces voies ferrées, qui desservent un grand trafic, aboutissent au Gange, en face de la ville de Barh, l'une des stations importantes du chemin de fer de Calcutta à Pechaver. La ville .e Hadjipour, aussi fort commerçante, peut être considérée comme un faubourg de Patna, à laquelle la réunit l'embouchure du Gandak. Les cultures du Behar septentrional empiètent de plus en plus sur la zone marécageuse du teraï, au sud de la frontière du Nepal, que surveille, sur la route de Katmandou, la place militaire de Sigaouli.
Monghyr, l’une des escales les plus animées des bords du Gange, est aussi l'une des cités pittoresques du Bengale, grâce à une butte rocheuse sur laquelle s'élève un ancien fort, renfermant maintenant la ville européenne : au pied de ce château se pressent les maisons de la ville hindoue; les campagnes environnantes sont de celles qui présentent le plus l'aspect d’une forêt ou d'un pare, grâce au mhowa ou bassa latifolia, dont les fleurs alimentent hommes et animaux. Près d’un demi-million de ces arbres croissent dans le district, donnant chaque année une récolte de 100 000 tonnes de fleurs’. Bhagalpour, encore plus populeuse et plus commerçante que Monghyr, borde la rive droite du fleuve sur un espace de plus de 3 kilomètres; la contrée environnante est une des plus curieuses de l'Inde par la multitude de ses temples djaïna. La colline de Mandar (Mandar ghiri), qui se dresse isolée à une cinquantaine de kilomètres au sud de Baghalpour, portait jadis 540 temples sur son plateau de granit, dominant les campagnes de plus de 200 mètres ; une image de
# Lockwood, Journal of the Linnæan Society, vol. XNII, 1880.
BEHAR, NMONGHYR, BHAGHALPOUR, COZGONG. 56°
serpent, taillée en relief, entoure complètement la montagne. D'édifices anciens de la contrée, il ne reste plus que des agates et autres pierres dures parsemant le sol.
En aval de la riche Bhaghalpour, l'ancienne ville de Colgong ou Kohalgaon, qui naguère eut une lès grande importance comme lieu d'expédition pour Calcutta, est réduite aux dimensions d'une bourgade : en se
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détournant de la ville, le Gange a du même coup condamné un grand nombre d'habitants à l'exil; la plupart se sont établis plus bas, dans la nouvelle ville de Sahibgandij, un de ces nombreux « Marchés des Messieurs » qu'a fait naître la conquête anglaise". Au nord-ouest de Sahibgandj, sur la rive opposée du fleuve, parsemé d'îles et de bancs de sable, est la station de Karagola, qui attire aussi beaucoup de marchands pendant les foires ; elles se tiennent dans une vaste plaine de terres alluviales où plus d’une fois le choléra a fait son apparition, décimant les foules. La première ville
1 Mouvement commercial à Sahibgandj pendant l'année fiscale 1876-1877 : 45 020 bateaux. portant 100000 tonnes de riz, 40 000 tonnes de sel, etc. Valeur des marchandises : 11 250 000 francs. (Hunter.)
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qui se trouve au sud de la grande courbe du Gange autour des collines des Pahariah, Radjmahal, est aussi une des cités qui se sont peuplées et dépeuplées suivant les déplacements du fleuve. Pendant presque toute la durée du dis-septième siècle, Radjmahal, située alors près du courant principal du Gange, fut le chef-lieu de la région du delta; au milieu de ce siècle, elle était encore populeuse el commerçante; mais en 1865 la rivière se déplaca vers l'est et le « Jardin des Rois » ne fut plus qu'un amas de huttes entourant des ruines. En 1SS0, le courant du fleuve rentra dans le ist de Badÿmahal et la prospérité commerciale revint en même temps. A Fest, Maldah, située au confluent de la Maha naddi et d'une coulée du Gange, et qui eut jadis une certaine importance comme comptoir des Francais et des Hollandais, a déchu également ; elle n'est plus renommée que pour ses mangues exquises, mais elle ne vend plus les solides cotonmades connues sous le nom de maldi. Plus au sud, le comptoir anglais fondé en 1686 est devenu l’une des villes secondaires du Bengale sous le nom d'English Bazar ou Angrazabad. Dans cette contrée mobile, dont le sol méme se fond au caprice des courants, les villes ont de plus rapides destinées que sur les terrains fermes de l'intérieur. C'est dans cette région que se voient les débris fameux de Gaour et ceux de Pandouah, cité qui fut L: résidence de monarques afghans vers la fin du quatorzième siècle; ses édifices, tous en pierre, sont bien conservés et fort curieux comme exemples de l'architecture afghane au Bengale. Quant à la cité de Tondan ou Tangra, qui succéda comme capitale à Gaour et Pandouah, on en cherche encore l'emplacement". Au nord, dans les plaines alluviales que parcourent les torrents descendus du Nepal et du Sikkim, les villes errent également au gré des eaux changeantes. Ainsi Pourniah, l’un des marchés ks plus importants pour le commerce du jute, a dû être abandonné par les négociants européens, depuis que la Kali Kosi, changeant de lit, a laissé ke long de la ville des marécages nauséabonds.
En aval de la bifurcation du Gange, quelques villes se succèdent encore dans La plaine alluviale de la Padmah, le grand bras du fleuve qui va segandre la Meghna. Rampour Baoleah est un port très fréquenté, expor- Lant surtout des soies, du riz, du jute, important du sucre, du sel et des <Âles*, tandis que Pabnah, capitale d’un district, est presque délaissée par Le trafic, le lit fluvial s'étant déplacé vers le sud. Entre les deux villes de Rampour et de Pabnah, un bac à vapeur unit les deux moi-
# Buutrr, Imperial Gazetieer of India.
2 Muvvement commercial de Rampour Baoleah pendant l’année fiscale 1876-1877 : 15 525 000 fr.
RADINANAL, MALDAN, MOURCHIDABAD. 214
tués du chemin de fer de Calcutta à Dardjiling. Mais la vie con merciale, on Le comprend, s'est portée principalement sur le petit bras du Gange, dont les Anglais ont fait choix pour y établir leur capitale. Cest également sur le bras occidental du fleuve, vers le sommet du cc!ta, que les souverains du Bengale avaient fixé leur résidence au dix-huitième siècle. Mourchidalxd, dont ils avaient fait choix, devint bientôt l'une des grandes cités du monde. Lorsque Clive pénétra dans cette capitale, en 1759, après avoir remporté sur les troupes du nawab la victoire décisive de Plassez. elle lui parut « aussi étendue, aussi populeuse et aussi riche que Londre<, avec cette différence que les grands propriétaires de Mourchidabad étaient bien plus opulents que ceux de la ville anglaise. Si les habitants avaient voulu exterminer Les Européens, les pierres et les bâtons leur auraient suffi. » La ville avast alors plus de 50 kilomètres de tour. Mème lorsque les Anglais furent desenus les maîtres incontestés du Bengale, Mourchidabad ganda son rang officiel de capitale ; c'est en 1772 seulement qu'elle fut privée de quelques-urs de ses privilèges de chef-lieu, et c'est en 1790 que son titre méme lui fut ravi. Dés lors elle diminua rapidement en importance et en population‘. Le nawab, auquel le gouvernement anglais accorde une liste civile de # millions de francs, a toujours sa résidence officielle à Mourchidabad et y pessède des palais somptueux, dont l’un, bâti récemment dans le style italien, renferme un trône d'ivoire sculpté, chef-d'œuvre de l'industrie locale; un autre palais est en grande partie construit des matériaux précieux extraits des monuments de Gaour. Un des collèges de Mourehidabad ne recoit que les jeunes gens appartenant à la famille du nawab. Presque perdue au milieu des arbres et des fourrés de bambous, la ville n'a l'aspect d'agelomérations urbaines ordinaires que dans le quartier des filatures de soie et sur le bord du fleuve; mais le mouvement du trafie se porte surtoat au nord de la ville, vers les deux bourgs de Djiagandj et d'\nmgandÿ, qui < font face de chaque côté de la Bhagirati. Mourchidabad n'est connue dans le monde commercial que par ses opérations de banque.
Si Mourchidahad a déchu, d’autres villes de la contrée ont cessé d'exister. Ainsi l'ancienne cité bouddhique de Badrihat, sur la rive occidentale de La Bhagirat, n’a laissé que des ruines, et Kasimbazar n'est indiquée que par des masures et quelques palais de riches indigènes. Cette ville, située à 5 kilomètres au sud de Mourchidabad, était au dix-septième siècle la cité la plus commerçante du Bengale : le fleuve était connu sous le nom de ce
1 Recensements successifs de Mourchidabad pendant le dix-neuvième siècle, d’après Hunter : 16 D Aubutuuts en 1815; 440 176 en 1329; 124 804 en 1837; 46 140 en 1872
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