‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 203 sur 471 · DELTA DE LA MAHA NADDI · texte numérisé non relu

DELTA DE LA MAHA NADDI

du sol. L'action des forces naturelles, non encore assujetties par l'homme, se montre tout entière dans les terres alluviales de l'Orissa: les rivières y serpentent librement, se bifurquant pour se réunir, puis se séparer encore et s'entreméler avec les restes d'anciens courants: il n'est point de delta dont le laeis hydrographique présente un plus gracieux ensemble de courbes ramifiées,

Les habitants d'Orissa n'ont pas seulement à craindre les inondations des fleuves, 11 ont également à redouter celles de la mer, que les eyelones poussent parfois à Fassaut des campagnes et qui recouvrent alors les rizières d'une couche de sel, Les sécheresses sont aussi l'un des fléaux de l'agriculture. Ni la Maha naddi n'offre parfois que de maigres filets d'eau se ridant sur un lit de pierres, les autres rivières tarissent complètement : çà el là seulement des flaques rappellent le passage des courants énormes qui emplissaient le Hit fluvial quelques mois auparavant, Ainsi les paysans du delta sont toujours entre deux dangers. Que les pluies annuelles n'aient pas l'abondance voulue, les récoltes sont brûlées avant d'avoir atteint leur malurité. Que la mousson apporte au contraire une trop grande quantité d'eau, tous les champs se trouvent inondés. Les fleuves, gonflés par les pluies et retenus à leurs embouchures par le vent du large, débordent pardessus les bourrelets de leurs rives, s'unissent avec les lacs, et toute Ta région du littoral est sous les eaux. Les habitants des villages les plus exposés s’atlendent si bien à ce malheur, qu'ils ont la précaution d'attacher des bateaux à leurs maisons pour être toujours prêts à la fuite; mais où se refugier quand la tempête bat les flots débordés et qu'on n'aperçoit la terre qu'à l'horizon lointain, à où se dressent les montagnes? IE faut rester sur le toit de sa demeure, secouée par la vague, ou camper sur un radeau de bambous, où grimper aux multipliants, couverts de serpents qui s'enroulent autour des branches. P'innombrables cadavres, au-dessus desquels

lournoient les vautours, flottent par groupes au milieu des eaux. Quand,

après des semaines d'inondation, les berges émergent enfin et que les

mares eroupissantes S'évaporent au soleil, les malheureux qu'épargna le désastre n'ont plus ni récoltes ni bétail et succombent en foule à la fièvre et à la faim. En IS66, le quart de la population venait de succomber à la famine causée par la sécheresse, lorsque inondation couvrit une surface de 2795 000 hectares et submergea les villages de plus de 1200 000 individus. À la première famine en succéda une seconde®.

Les Anglais, disposant des trésors que leur procure l'impôt et des forces

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dont la science arme les ingénieurs modernes, ne pouvaient se dispenser d'entreprendre de grands travaux hydrauliques pour remédier à ee déplorable état de choses, Leurs premières constructions, celles de levées riveraines, sont plus dangereuses qu'utiles, puisqu'elles ont pour résultat d'eshausser le Hit fluvial; mais là ne s'est pas bornée leur intervention, A La 4 du delta, là où le fleuve se divise en deux branches, à droite la Kadjouri, à gauche la Maha naddi proprement dite, qui se subdivise à son tour en envoyant au nord la Biroupa, trois digues éclusées ont été construiles en travers des courants pour retenir une partie des eaux d'inonda- Won et les tenir en réserve pour les temps de sécheresse. Un canal supéneur, qui longe au nord-est la base des collines, va rejoindre li Brahmani, et tôt où lard S'unira au canal de Midnapour, ouvrant ainsi une ligne de navigation entre Cattak et Calcutta; d'autres canaux, profitant de la pente mosenne du delta, qui est de 28 centimètres par kilomètre, rayonnent dans tutes les directions, distribuant le flot nourricier aux campagnes riveraines. Environ 520000 hectares, soit près du quart de la région, pourraient étre déjà régulièrement irrigués ; mais les habitudes des cultivateurs hindous se modifient lentement, et sur une grande partie de leur tracé les canaus n'ont d'autre utilité que de régulariser dans une certaine mesure lescédent des crues. Néanmoins le danger des inondations est loin d'être conjuré : c'est au débouché des vallées qui se déversent dans le cirque supérieur de Ta Maha naddi, et non dans les campagnes mêmes du delta, qu'il s'agit de prévenir les désastres au moyen de réservoirs élagés et de ca-

naus d'irrigation.

La population du bassin de la Maha naddi et des autres rivières d'Orissa est hindoue en grande majorité; cependant des tribus aborigènes habitent encore la région des montagnes. Les Kohl du Tehota-Nagpore méridional, du Tchatiégarh et des hauteurs d'Orissa sont même considérés comme les représentants de tout un ensemble de tribus, et quoique la parenté des langues ne puisse en aucun cas être donnée en preuve de la parenté des races, le nom de groupe Kkohlarien à été donné à de nombreux langages de lnde Cisgangétique n'appartenant ni à la souche aryenne, ni à la souche drasidienne, À juger par l'aspect physique des populations et l'origine des idiomes, des Kohlariens se seraient maintenus au milieu des conquérants étrangers comme en iles et en arehipels: on les rencontre dans F'Himalaya, dans les montagnes de FAssam, dans lindo-Chine, mais c'est daus le bassin de Ta Maha naddi qu'ils se présentent le plus nombreux.

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