‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 219 sur 471 · MONTAGNES DES GHA · texte numérisé non relu

MONTAGNES DES GHA

chaîne des Ghat, quoique, vues du littoral, ces montagnes paraissent ne former qu’un seul rempart. La rangée des Satpoura s’abaisse graduellement de croupe en croupe et finit, à l’est de Bharoutch, par de faibles monticules que les chercheurs d’agates et de cornalines ont fouillés dans tous les sens. Au sud de la Tapti, les Ghat proprement dits ou Sahyadri commencent par des collines d'environ 600 mètres de hauteur, disposées en rangées parallèles orientées de l’ouest à l’est, mais se rattachant par leurs extrémités occidentales pour former du côté du littoral une suite régulière d’escarpements. Cette haute falaise extéri ure des Ghat prend d’abord, de la Tapti au Konkan de Bombay, la direction du nord-est au sud-ouest, puis au sud elle se maintient parallèle à la côte. Évidemment, les deux lignes, l’arète des Ghat et le tracé du littoral actuel, dépendent d'un même mouvement de la superficie terrestre et doivent être considérées comme des phénomènes géologiques du même ordre. Les escarpements de trapp par lesquels se terminent les Ghat sont d'anciennes falaises que venait battre le flot avant l’exhaussement général de la contrée, probablement à l’époque tertiaire. Une espèce de mollusque d’eau douce, du genre cremnoconchus, qui peupleles ruisseaux dans les monts Sahyadri, est tellement alliée aux formes hindoues du genre maritime des littorina, que les zoologistes lui donnent la même origine : elle provient d'espèces qui peuplaient la base des falaises des Sahyadri, lorsque celles-ci baignaient dans le flot marin.

Les assises des Ghat, du moins entre Sourat et Goa, se composent uniquement de courants de lave superposés; les plaines qui s'étendent à leur base étaient aussi couvertes, sur une épaisseur de 1000 à 1200 mètres, de laves que les eaux des rivières et de l'Océan et l’action des pluies ont graduellement fait disparaître. Les géologues ont longtemps cherché, sans succès, quelques-uns de ces cratères d’où s'épanchèrent jadis les masses si considérables de lave représentant un volume beaucoup plus grand que celui d’une chaîne de montagnes comme les Pyrénées; c’est précisément dans la région basse, dont toutes les couches supérieures ont été déblayées, que l’on a fini par reconnaître d'anciennes bouches d'éruption. A l’est de Bombay, au centre d’un amphithéâtre de rochers que les Ghat forment comme la moitié d’un immense cratère, s'élèvent de nombreuses buttes circulaires évidées au sommet et portant pour la plupart des bouquets d’arbres: ce sont les bouches d’où s’élançaient autrefois des jets de cendres ou de pierres. Des murs de trapp qui ont résisté à l’action des intempéries coupent les campagnes en ligne droite et s’entrecroisent dans tous les sens entre les

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monticules des volcans éteints : ils marquent les crevasses d'où s'échappait la matière en fusion".

Les ghat qui interrompent la chaine de distance en distance, ont pris naturellement une importance exceptionnelle comme passage des routes qui mettent les habitants du littorai en rapport avec ceux du plateau. Le Thal ghat ou Kasara ghat, au nord-est de Kalyan, est l'endroit où passent la grande route et le chemin de fer de Bombay à Calcutta; le seuil, que la voie ferrée atteint par des rampes de 27 millimètres par mètre, est seulement à 585 mètres d'altitude, Le Bhor ghat, auquel on donnait autrefois le nom de « clef du Dekkan », est encore moins élevé; il n'a que 548 mètres, mais le chemin de fer qui en gravit les pentes escarpées, pour unir Bombay

à Madras, a dû monter par des rampes plus rapides et même former des

paliers de rehroussement pour atteindre le col. Lorsque les Alpes, les montagnes Rocheuses, lés Andes-n’ayaient pas encore élé surmontées par les locomotives, le chemin de fer du Bhor ghat éiäit considéré comme l’un

des chefsd'œuvre de l’industrie moderne. Au sud de cette brèche, "16

autres ghat ne sont encore franchis que par des ‘entiers ou des routes de voitures; mais ces passages sont fort nombreux; il n’est pas une ville, pas un village du versant maritime, qui ne communique avec les stations du plateau. Presque toutes ces portes sont jalousement surveillées par des garh ou forteresses, dressant leurs noires assises sur les roches noires. Quelques-uns de ces châteaux forts sont entourés de précipices, et les hommes de garnison ne pouvaient y pénétrer que par des escaliers taillés dans le roc vif ou par des galeries cachées

C'est au sud du Konkan que les Ghat, dominant les campagnes de l'État indigène de Sawantwari et les possessions portugaises de Goa, ressemblent le plus à une falaise maritime s’avançant en promontoires et se découpant en valleuses. En maints endroits, le rebord du plateau est coupé de mille indentations, comparables aux fjords de la côte norvégienne; en montant des plaines du littoral, on s'engage dans un dédale de ravins, puis, après une dernière escalade entre les deux murs d’un défilé, on se trouve tout à coup sur le plateau uniforme du Dekkan, où s'élèvent à peine çà et À quelques monticules et collines de faible saillie. Mais au sud du Kell ghat, entre Goa et Dharwar, le trapp disparaît, limité par les gneiss, les schistes micacés et autres roches métamorphiques. Les montagnes prennent un aspect tout différent; la falaise n’a plus les arêtes aussi nettes, et sa crête ne forme plus la ligne précise de séparation des eaux entre le versant du

‘ Clark, Quarterly Journal of the Geological Society, tome XXY.

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MONTAGNES DES GIIAT, KONKAN. 459

golfe du Bengale et celui de la mer d'Arabie; de part et d'autre de l'axe montagneux, la transition se fait sans contraste soudain entre les roches, la végétation et les cultures; même on peut dire que le système des Ghat est complètement interrompu par les vallées de la Kaoli et de la Gangawali, qui naissent sur le revers oriental des Ghat pour descendre vers la côte occidentale. Dans un avenir prochain, deux chemins de fer contour-

N° 100, — GANN DE LA PALAIS DES GNAT. — VISALGARN,

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neront au sud la région des laves et relicront les villes de l’intérieur aux ports de Marmagäo et de Karwar.

Entre la Tapti et la Kaoli, les rivières du Konkan, enfermées dans l'étroit espace compris entre la falaise des Ghat et la mer, soit environ une cinquantaine de kilomètres à vol d'oiseau, ne peuvent avoir qu'un faible cours, et la plupart descendent directemeat à la eôte sans recevoir d'autres affluents que de simples ruisseaux. Cependant l'abondance des pluies, qui varient de # à 7 mètres sur le versant oceidental des Ghat, donne pendant la saison pluvieuse une importance considérable à ces torrents, et plusieurs roulent alors une masse liquide qui permet de les comparer aux

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grands fleuves de l'Europe. Presque tous s'ouvrent sur la mer par des estuaires larges de plusieurs kilomètres ; à l'époque de la mousson, les vagues pénètrent dans le continent par ces embouchures, et le reflux entraîne au loin les alluvions. De ce côté de la Péninsule, il ne peut se former de deltas empiétant sur les eaux comme ceux de la rive orientale,

N° 401. — DANCS DU GOLFE DE CAMBAY.

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aux bouches de la Maha naddi, de la Godaveri, de la Kistna, de la Caveri; même la Narbadah et la Tapti, qui apportent pourtant à la mer une si forte masse liquide pendant la saison des pluies, n’ont point de deltas. On a calculé que la quantité d’alluvions entraînées par la Narbadah et les autres fleuves dans le golfe de Cambay pendant la mousson pluvieuse suffirait à combler la baie en dix siècles environ, si les apports n'étaient repris par les courants et distribués sur le fond océanique et sur les côtes de Mala-

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GOLFE DE CAMBAY, LITTORAL DU KONKAN. 461

bar, des Laquedives et des Maldives : au plus, un centième des alluvions fluviales reste sur les banes du golfe de Cambay'. Si le fond de la mer d'Arabie s'exhaussait tout à coup d’une vingtaine de mètres, on verrait apparaître soudain, à la place du golfe, un delta ramifiant ses bras comme les branches d'un éventail : les chenaux de marée, séparés les uns des autres par les bancs dits de Malacca, se changeraient en estuaires, les basfonds en campagnes; mais les traits géographiques ne seraient pas modifiés ; nulle part il n'existe un delta sous-marin plus régulier. Les plaines qui bordent la Narbadah et la Tapti dans la région du littoral et qui se trouvent maintenant en beaucoup d’endroits à un niveau très supérieur à celui des plus hautes crues, sont probablement d'anciens fonds marins émergés par suite d’un exhaussement général de la contrée. Des mouvements du sol élevèrent les falaises du Sahyadri bien au-dessus des vagues qui en frappaient la base. En plusieurs endroits de la côte, les traces de soulèvement sont évidentes : d'anciennes plages couvertes de coquillages marins, appartenant aux espèces actuelles, se rencontrent à quelque distance dans l'intérieur; ailleurs on trouve des argiles marines enfermant des racines de palétuviers percées de pholades*. Mais la période de soulèvement a cessé pour faire place à un mouvement contraire, ou bien des affaissements locaux se sont produits, car sur plusieurs points du littoral on a observé des faits incontestables qui prouvent la dénivellation du sol. Ainsi la ville de Bombay, elle-même bâtie sur une île exhaussée et réunie à d’autres îles par des seuils émergés, borde à l’est une ancienne plage, maintenant recouverte par # mètres d’eau, où se trouvent encore en place les racines d'une forêt submergée’.

La population du Konkan et de tout le versant occidental du Sahyadri est depuis trop longtemps en relations avec le reste du monde pour que des aborigènes aient pu se maintenir dans la contrée. Ces habitants du pays, hindous, mahométans, parsi, étrangers, se groupent non en tribus, mais en castes ou en classes, et les idiomes qu’ils parlent ont tous une riche littérature. Au nord, les dialectes prépondérants sont le goudzerati, le mahratti, avec ses divers patois, le konkani et le goadesi. Également dérivées de la souche sanscrite et s’écrivant avec la même « écriture divine »,

1 W. Sowerby, Transactions of the Bombay Geographical Society, vol. XIX, 1871.

2 Buist, Transactions of the Bombay Geographical Society, X, 1852.

5 Records of the Geological Survey of India, X1; — Medlicott and Blanford, Manual of the Groogy of India.

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463 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, ha! le nagari, ces deux langues se sont imposées aux populations d'origine M à étrangère qui vivent dans le pays. Au sud de la colonie portugaise de re © Goa, la langue dominante appartient à un autre domaine glottologique : fl c'est le canarais où kannada, d'origine dravidienne, avee une écriture spé-

ciale, qui ressemble aux caractères du telougou. Les limites de ce dialecte et des langues aryennes indiquent les frontières ethnologiques entre l'Inde tai: méridionale et le reste de la Péninsule,

| De toutes les races étrangères qui se sont établies dans les villes du Konkan, celle des Parsi a pris le rang le plus élevé à côté des dominateurs

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Ù À anglais; ainsi que le dit leur nom, ils sont d'origine persane et descendent des sectateurs de Zoroastre qui, pour éviter d'être massacrés lors de l'invasion

* mahométane, durent abandonner leur patrie, Is s'établirent d'abord dans l'ile d'Ormuz, où ils se livrèrent au commerce, préparant ainsi, avant les w Portugais, la prospérité que devait avoir un jour cet entrepôt des mers de ”, l'Inde, Mais il leur fallut aussi quitter ce refuge et chercher un asile dans

D + la péninsule de Kattyawar, où ils se répandirent de proche en proche dans les villes commerçantes du littoral, En dépit de toutes les persécutions, ils se 1: sont enrichis, grâce à leur esprit de solidarité, et maintenant ceux qui li (2 ’, vivent à Bombay et dans les autres ports de la côte dépassent certainement en nombre les malheureux fugitifs qui réussirent à éviter le glaive musulman : tandis que les communautés de Parsi vivant dans les districts écartés de l'Iran se composent à peine de quatre ou cinq mille individus, elles comprennent maintenant au moins 80 000 personnes dans l'empire anglo-indien, en y ajoutant les colonies commerciales fondées sous pavillon britannique dans tous les ports de l’Extrème-Orient', Proportionnellement à leur nombre, les Parsi ont concentré dans leurs mains une part de capitaux de beaucoup supérieure à celle de toutes les autres nationalités représentées dans l'Inde. Quelques-uns de leurs banquiers

sont parmi les plus puissants du monde et dirigent la plupart des grandes entreprises de Bombay; même à Londres, de beaux édifices sont dus à leur munificence. Ayant oublié l’ancienne langue, le zend, et ne comprenant plus le sens de leurs prières, ne parlant que le goudzerati et l'anglais, les

Parsi ne conservent de leur religion que les symboles et les formules. Ils vénèrent le soleil et le feu, et prennent soin, comme les Galtcha du

# Parsi, en 1879 :

Présidence de Bombay. . . . . . . . . . . . 66498 État de Baroda, , . . 0... 7 258

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