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PARSI, POPULATIONS DU KONKAN

Pamir, de ne pas éteindre la flamme au moyen de leur souffle impur; la plupart ont gardé jusqu'à leur costume, même leur haut bonnet penché couvert de loile cirée; mais certaines cérémonies, telles que les ablutions dans l'urine de vache, sont abandonnées, Peu à peu le parsisme se translorme en un déisme vague et en un code de morale, dont les vertus par exeellence sont la bienfaisance et la véracité; il n'y a guère qu'une différence de formes entre les unitariens anglais, les sectateurs hindous du brahmasamadj et les Parsi. Ce qui distingue le mieux ces derniers aux yeux de la foule, ce sont leurs rites funéraires. À Bombay, de mème qu'à Karatehi et dans toutes les villes où se trouvent de leurs communautés, s'élèvent des dakhma, généralement appelées « tours du silence » : ce sont les charniers où l'on place les morts pour les faire acchirer par les vautours; les chairs en décomposition ne doivent souiller ni la terre, ni l'eau, ni surtout le feu, l'élément sacré par excellence, Les restes du cadavre rentrent aussitôt dans le circuit de la vie.

Les descendants des Portugais mélangés qui s'établirent dans les ports du Konkan à l'époque de la conquête, sont loin d'occuper parmi les populations de la côte un rang comparable à celui des Parsi. Ilen est cependant qui, par leur instruction ou leur richesse, ont forcé les portes de la société européenne ; la majorité de ces métis, employés de bureaux, copistes, truchemans, servent d’intermédiaires aux Européens et aux natifs. Les nègres esclaves que les Portugais avaient amenés d'Afrique ont aussi laissé leur descendance, qui s'est diversement mélangée aux enfants d'autres noirs, venus comme pirates de la côte des Somali. De nombreuses familles se donnent aussi une origine abyssinienne. D'après la tradition, un marchand d'Éthiopie obtint en 1489 la permission de débarquer trois cents caisses sur la plage de l’île de Djandjira, à 75 kilomètres environ au sud de Bombay. Chacune de ces caisses contenait un soldat. Les trois cents hommes s'emparèrent de l’île et du fort de la côte voisine et bientôt constituèrent une république de pirates. Devenus puissants, les Abyssins de Djandjira se firent les alliés des rois et des empereurs ; sous Aurengzeb, ils étaient chargés de la protection du port de Sourat et des pèlerins mahométans de la Mecque : les familles princières de Djandjira et de Djaffarabad, dans le Kattyawar, prétendent être issus de ces conquérants du quinième siècle. Ils se disent Habchi, mais d'ordinaire on les confond sous le nom de Sidi ou « Seigneurs » avec les étrangers d'origine africaine.

Les autres mahométans du pays, presque tous sunnites, comprennent, outre les Hindous jadis convertis de gré ou de force, des Afghans, des Perses, des Turcs, des Arabes. Les marchands de cette religion sont groupés en

corporations distinctes, Borah, Khodjah, Memon, et commercent prineipalement avec les ports du golfe Persique, de la mer Rouge et de la :ôte orientale d'Afrique. Les négociants hindous ou Baniah, souvent désignés à l'étranger sous le nom de Banyans, trafiquent avec les mèmes pays : on les rencontre dans tous les ports de la côte africaine, notamment à Zanzibar. À Bombay même, ils se divisent en deux classes, suivant leur origine : les uns sont des Baniah proprement dits, venant du Goudzerat; les autres, ces Marwari du Radjpoutana qui ont monopolisé le mouvement des échanges en tant de contrées de l'Inde.

La cité de Baroda, la plus populeuse du Gcudzerat méridional, s'élève sur les deux bords de la Visvamitri, petit affluent méridional de la Mahi : d’immenses faubourgs l’environnent et en doublent au moins l'étendue. Capitale d’un État, sinon indépendant, du moins dispensé de tribut, Baroda est une ville de palais, la résidence de l’un des plus riches souverains de l'Inde, qui, tout en se donnant le titre de ses ancêtres mahrattes, gaïkwar ou « gardeur de bestiaux » ‘, fait gloire de ses diamants, de ses étoffes précieuses, de son cortège imposant, de ses fêtes eu de ses chasses. Baroda est l’une des rares cités de l’Inde où se livrent encore, pour divertir les courlisans, des combats d'éléphants et de rhinocéros. Quoique chef-lieu d’un État « souverain », ayant son armée régulière et ses batteries de canons, Baroda est surveillée par des cantonnements anglais que commande le résident britannique. Les environs sont très peuplés : à 24 kilomètres au sud-est, Ja ville de Dabhoï, l'antique Dharbhavati, est encore entourée d’un rempart de 5 kilomètres de tour et de 15 mètres de haut, abritant à l'intérieur des galeries à colonnes, qui servaient de casernes. Au sudouest, Djambousar avait autrefois un commerce maritime considérable par l'estuaire de Tankaria, qui s'ouvre dans le golfe de Cambay. Le chemin de fer a presque supprimé ce trafic de cabotage, mais Djambousar a toujours de l'importance comme ville d'industrie etentrepôt de cotons.

Bharoutch, la Broach des Anglais, est une antique cité, la Barygaza des géographes grecs*. Bâtie sur une butte d’une vingtaine de mètres et sur les pentes de ce monticule, elle domine de ses pittoresques édifices la rive droite de la Narbadah, que traverse un pont de chemin de fer, long de 1256 mètres et composé de 67 travées. Souvent détruite, Bharoutch se recon-

‘ L. Rousselet, L'Inde des Rajahs.

2 Carl Ritier, Asien; — Ernest Desjardins, Notes manuscrites.

BARODA, BHAROUTCH, SOURAT. 465

struisit toujours sur le même terrain, si heureusement situé sur la grande voie historique du littoral et au-dessus du niveau des inondations. La ville avait autrefois ure très grande importance industrielle par ses fabriques, produisant « {es plus belles étoffes du monde », disaient les conquérants portugâis; aussi les Anglais et les Hollandais fondèrent des comptoirs dans la ville de la Narbadah, pour profiter du commerce d'exportation qui se faisait de Bharoutch vers tous les rivages de l'Océan des Indes, de Mombaze à Sumatra. Mais l'introduction des objets similaires d'Europe ruina l'industrie locale et la population diminua; elle s'est augmentée de nouveau, grâce au coton, que l’on récolte en quantités considérables dans la plaine voisine et qui s'expédie par chemin de fer à Bombay. Des archéologues pensent que les « vases murrhins » mentionnés par Pline étaient des coupes d'agate achetées à Barygaza ‘; Thévenot parle aussi de l'importance de ce commerce à l'époque de sa visite. Les principales mines d’agate et de jaspe se trouvent à Rattampour, à une vingtaine de kilomètres à l’est de Bharouteh:; mais leur valeur éesnomique n’est plus très considérable, à en juger par le pris de location, qui est seulement ‘2 7000 francs par année. Les mineurs exploitent les strates ferrugineuses des agates en ÿ faisant des terriers « comme les lapins de garenne », mais pendant la mousson ils sont obligés d'abrndonner leurs travaux et les terrains s'éboulent?. Le trafie maritime de Bharoutch se réduit maintenant à un simple cabotage avec les ports les plus rapprochés : la grande navigation a complètement cessé *. La curiosité naturelle la plus remarquable des environs n'existe plus qu'à l’état de débris : c’est un multipliant d’une île de la Narbadah, né, dit la légende, d'un cure-dent que laissa tomber un sage des anciens jours. En 1780, cet arbre, célébré par tous les voyageurs, formait à lui seul une forêt de 550 gros trones et de 5000 piliers secondaires : l’espace recouvert par le branchage du füt central se développait sur une circonférence de 600 mètres.

Nourat ou Surate oceupe, sur la rive méridionale de la Tapti, une position analogue à celle de Bharouteh sur la Narbadah. Devenue fameuse bucoup plus tard, puisqu'on en parle seulement à l'époque des invasions mahomélanes, elle prit ensuite une importance commerciale de premier ordre; à la lin du dix-septième siècle, elle était le marché le plus actif de l'Inde et le

1 Birdwood, The industrial arts of India,

? Copeland, Transactions of the Literary Society of Bombay, vol, 1,

5 Commerce martine de Bharoutch, en moyenne : De 1457 à 847. . . . . . . . . . . . . . 28 750 UO0 francs. En 1874. . . . . AA SE ELLE 9 820000 »

lieu d'embarquement pour les pèlerins musulmans qui se rendaient à la Kaabah : Sourat était la « porte de la Mecque ». Aux comptoirs portugais de la ville avaient succédé d’autres établissements européens, ceux des Anglais, HR des Hollandais, des Français : à l’époque de la mousson, la foule des commerçants était si grande, que les tard-venus ne trouvaient pas à s'y loger'. Vers la fin du dix-huitièmr siècle, la ville était la plus grande de la Péninsule : on lui attribuait 800 000 habitants; mais les atterrissements du port, la concurrence de Bombay, devenue capitale des possessions anglaises, les guerres, les inondations, un incendie, qui détruisit plus de 9000 maisons, firent déchcoir la cité; au milieu du dix-neuvième, elle n'avait plus que 80 000 personnes dans ses murs. Elle se relève graduellement, et du groupe central de maisons environnant le château fort se détachent de nouveaux quartiers, d’un côté vers la ville de Rander, de l’autre vers les cantonnements anglais. Une ancienne industrie, celle des broderies de soie, d'or et d'argent, a repris son activité, et l’empl'” ‘le la vapeur à facilité la création de filatures et autres fabriques pour & "r.la fibre de 18 coton; c’est là surtout que sont préparés les pagnes ou langoutis expédiés dans le royaume de Siam*. Pour le commerce de l’argent, les négociants Parsi, fort nombreux à Sourat, et les Baniah hindous sont en relations directes avec les comptoirs du monde entier ; mais de même que Bharoutch, Sourat a perdu son trafic maritime”, et son port, Souwali, n’est qu’un village, devant lequel mouillent de petits caboteurs, ayant une contenance

moyenne de 18 tonnes. La France possède encore à Sourat une petite e

factorerie où elle exerce tous les droits de la souveraineté. (

Au sud, sur la route de Bombay, se succèdent Nosari, en grande partie 1

peuplée d'industrieux Parsi, et Boulsar, lieu de manufactures, qui possède D

st un petit port de cabotage. Puis vient, à l’ouest du chemin de fer, la ville l

v portugaise de Damäo ou Daman, partagée en deux par l'embouchure de la L d rivière Daman ganga : des navires dépassant 500 tonneaux peuvent fran- t chir la barre à marée haute et moviller devant les quais. Jadis ses chan- [

tiers livraient aux armateurs d'excellents navires construits en bois de e

tek; mais cette industrie s’est perdue, de mème que le commerce de

l'opium, monopolisé par le gouvernement anglais. En revanche, les débi- € teurs insolvables et les banqueroutiers de Bombay vont se réfugier dans d

1 Thévenot, Voyage aux Indes orentales. [

3 Journal officiel, 28 février 1881.

5 Commerce maritime du Sourat :

En 1801. .....,..,..,... . . . , 26080 000 francs. En 1874, 6840000 »

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SOURAT, DAMAO, BASSAÏN, BOMBAY. 467

cette ville portugaise. L'ensemble du territoire de Damäo comprend, en deux enclaves, une quarantaine de villages. Quant à la cité de Bassaïn, qui appartenait au Portugal dès 1554, vingt-quatre années avant Damäo, elle lui fut enlevée deux siècles plus tard par les Mahrattes; de cette « Cité des Nobles » qui s'élevait sur un promontoire insulaire, au nord du détroit de Ghora-Bounder, il reste quelques ruines de palais, d’églises, de couvents, de remparts, ct le tombeau d’Albuquerque.

Bombay, l'héritière commerciale de toutes les cités mahométanes et portugaises du Goudzerat et du Konkan, n’est pas située sur le continent, elle oceupe l'extrémité méridionale d’un petit archipel protégeant à l’ouest une large baie où mouillent les vaisseaux, à l'abri de la redoutable mousson; aussi semblait-il naturel de dériver de « Bonne baie » (Bôa bahia) le nom de la ville; toutefois les Portugais la désignèrent d'abord par l'appellation de Monbaïm cu Bombaïm, qui s’appliquait aussi à tout le pays voisin et où l’on retrouve le nom de la déesse Moumba, patronne de la contrée. L'ile étroite, longue d’un peu plus de 16 kilomètres, dans laquelle est bâtie Bombay, devenue maintenant la cité la plus populeuse de toute l’Asie méridionale et la première, après Londres, dans les possessions anglaises, a fréquemment changé de forme. Elle se compose de roches basaltiques, en deux rangées parallèles orientées du nord au sud et réunies par des levées de sable enfermant une plaine argileuse. Jadis, les marées, franchissant les plages extérieures, pénétraient fréquemment entre les rangées de basalte et les divisaient en îlots secondaires : il est même arrivé que la rivière Goper, coulant au nord dans l’île de Salsette, roulât pendant les crues une masse d'eau assez considérable pour combler momentanément le détroit par ses alluvions et se jeter dans la baie méridionale de l'ile. De nos jours, le travail de l’homme est intervenu pour régulariser les rivages et leur donner une forme définitive, moins gracieuse pourtant que les contours naturels. Des remblais couverts de maisons ou de chantiers ont pris la place des bas-fonds et des chaussées ont rattaché Bombay à Salsette et Salsette au continent : l’île est devenue péninsule.

L'histoire de Bombay commence avec la ces:.on de l’île à l'Angleterre en 1661. Le roi de Portugal Jean IV en fit présent à Charles IT comme dot de sa fille Catherine et Charles IE céda cette acquisition à la Compagnie des Indes, moyennant une rente nominale de 250 francs par an. Pour peupler la ville, on en fit un lieu d'asile et les fugitifs accoururent de toutes parts : douze années après l'arrivée des Anglais, Bombay aurait

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eu déjà 60000 habitants. Cependant la cité nouvelle ne pouvait prendre une importance de premier ordre tant que les îles voisines appartenaient au Portugal et que la route du littoral restait commandée par de puissants souverains indigènes. Elle ne devint pour les Européens le vrai seuil de l'Inde qu'après la chute de la dynastie mahratte et l'annexion de ses domaines aux possessions de la Compagnie. Avant 1850 déjà, une route s'élevait en longs circuits vers le Bhor ghat, ouvrant ainsi le commerce des plateaux aux marchands de Bombay; en 1858, un service régulier pour le transport des correspondances s’établissait entre Londres et Bombay par l'isthme de Suez; puis des lignes de bateaux à vapeur rattachèrent le port du Konkan à l'Angleterre, et dès l’année 1855 s’ouvrait, de Bombay à Thana, le premier tronçon du chemin de fer inauguré dans les Indes, commencement du réseau qui resserre de jour en jour ses mailles dans la Péninsule. Enfin, par la coupure de Suez, Bombay est en communication directe avec l'Europe ; des lignes de paquebots, un câble sous-marin sont les fils qui relient l'Angleterre et l'empire anglo-indien.

La période de la guerre civile américaine, de 1860 à 1865, fut pour Bombay une époque de prodigieuse prospérité. Les marchands y accouraient pour prendre leur part des richesses qui affluaient dans ses banques : toute la contrée environnante était un champ de coton, des convois incessants apportaient les denrées au port et les quais devenaient trop étroits pour les marchandises. Des quartiers nouveaux s’élevaient à vue d'œil; aucune spéculation ne paraissait trop hardie. La cité se préparait à rivaliser avec Londres, lorsque la paix se rétablit en Amérique; ce fut pour les marchands de Bombay le moment de la débâcle et les affaires furent tout à coup suspendues. Mais après le désastre, après la période de découragement qui suivit, la ville recommença de s’agrandir, de prolonger ses quais, de creuser des docks, d'assainir les marais environnants, de parsemer de villas les coteaux des alentours. Actuellement on s'occupe surtout d’exhausser la plaine des Flats qui s'étend au nord-ouest de la ville et d'en transformer une partie en cité manufacturière, tandis que le reste deviendra l’une des plus belles promenades publiques de l'Inde. Il importe en effet de supprimer tous les foyers de miasmes qui se trouvent encore près de Bombay et qui lui donnèrent pendant si longtemps une renommée d'insalubrité trop justifiée. D’après le voyageur Fryer, la mortalité enlevait au dix-septième siècle les cinq sixièmes des Européens qui venaient s'établir dans la contrée : :« Deux moussons font la vie d’un homme! » tel était le proverbe peu rassurant que l’on répétait aux nou-

veaux venus. La maladie endémique à laquelle suecombaient la plupart

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des étrangers, était désignée sous les noms de « mort de Chine » ou « mert de chien », jeux de mots involontaires, qui rappellent le nom konkani de mordatchi, ayant le sens de choléra’. De nos jours, Bombay, une des cités les plus salubres de l'Inde, bien supérieure à cet égard à Calcutta, occupe un des meilleurs rangs parmi les villes dont on dresse régulièrement la statistique de mortalité. Quoique sur une petite île, elle a pu s'almenter d’eau pure en abondance, grâce au Goper, la rivière principale de l’île de Salsette, que l’on a captée tout entière, en formant le lac de Vehar, d’une étendue de 560 hectares; le courant, réglé par des vannes, traverse le détroit sur un remblai. L'eau est amenée en des baoli, réservoirs à plusieurs étages dont les galeries à colonnes communiquent les unes avec les autres par des escaliers monumentaux.

Vue du port intérieur, à l’orient de l'ile, Bombay présente un aspect superbe. Après avoir dépassé les écueils et la longue péninsule de Kolaba, puis contourné la citadelle, bâtie sur l'emplacement d’un ancien fort, mais ne contenant guère que des bureaux administratifs et des comptoirs, où la foule des marchands se presse durant le jour et qui sont déserts la nuit, on mouille devant la cité moderne. Au sud, les quartiers de construction anglaise présentent sur la vaste étendue de l’esplanade une série de riches façades, moins prétentieuses que les palais de Calcutta, mais plus imposantes. Cependant tous ces hauts édifices brilanniques, maladroites imitations du « vénitien-gothique » et du « lombard », ne s’harmonisent point avec la végétation environnante, et sont loin de pouvoir se comparer en élégance et en grâce pittoresque aux maisons hindoues avec leurs piliers de bois sculpté, leurs balcons peints, leurs toits en auvent; des pagodes portant de hautes tiares à côtes multicolores s'élèvent au-dessus des bouquets de cocotiers; pas une construction qui ne diffère de formes et de couleurs. Les grandes rues sont encombrées de véhicules : omnibus dont les chevaux ont la tête abritée par un bonnet en moelle d'arbre, calèches

élégantes qu’entrainent rapidement des coursiers arabes ou mahrattes, voi-

tures attelées de bœufs trotturs dont la bosse se balance sur le garrot, lourdes charrettes grinçant à chaque tour de leurs roues pleines. Des vaches sacrées se promènent en liberté, mangeant des débris de légumes aux alentours des marchés. Toutes les races de l'Ancien Monde sont représentées dans la foule bariolée. Hindous, matelots de tous pays, nègres, européens, métis, les uns noirs de peau, les autres bronzés, jaunes ou blancs, ceux-vi superbement drapés, ceux-là ayant le torse nu ou seulement un pagne pour

# W. unter, Imperial Gazettecr of India.

, se couvrir. Quelques-uns des villages extérieurs sont comme perdus au milieu des bois : tel est Mahim, au nord-ouest de l’île, où la végétation tropicale se montre encore dans toute sa magnificence, comme aux temps antérieurs à la colonisation européenne. Au sud-ouest se prolonge la péninsule basaltique de Malabar-hill, où les chemins serpentent sous les palmiers et les manguiers, entre les villas de plaisance, et toujours en vue du cercle des brisants. Entre Malabar-hill et la ville proprement dite, se développe la plage allongée de Back-bay, où l’on voit resplendir pendant les nuits la lumière des fours pour l’incinération des cadavres.

Comme ville de commerce, Bombay n’a que peu de rivales en Asie : le mouvement des affaires y dépasse un millird de franes chaque année, Manchester demande annuellement au Konkan du coton brut pour une valeur d'environ 250 millions, le tiers de ce qu'elle lui achetait pendant la guerre d'Amérique. Bombay a donc perdu son rang comme port d’expédilion des cotons, mais elle à pris une grande importance pour le eom-

merce des blés; elle rivalise avec les ports de la mer Noire pour alimenter de céréales les populations de l'Europe occidentale; en 1881, elle expédia 467 000 tonnes de blé. Elle est aussi l’un des grands entrepôts pour l'opium envoyé en Chine, et l'une de ses maisons en a presque le monopole,

Les objets d'exportation sont payés principalement en cotonnades, mais une forte part des achats doit être acquittée par l'Angleterre en espèces

et en lingots, qui se distribuent dans toutes les contrées de l'Inde’. Le

mouvement du port reste inférieur à celui de Londres, de Liverpool, d’An-

KE A0 PRE CHE vers, de Marseille, mais il dépasse légèrement celui de Calcutta”. Le éom- | Cet Hi merce de la ville est en partie alimenté par l’industrie locale. De nom-

EE ut breux ouvriers s’oceupent de la fabrication des objets en cuivre, de

la préparation et de la teinture des étoffes, Centre d'expédition des cotons, fi ‘ ; Bombay cherche même à rivaliser avee Manchester pour la manufacture HAT PES des indiennes; déjà en 1877 elle employait plus de 50 000 tonnes de la

SAS ETS fibre dans une trentaine de filatures ayant ensemble un million de broches Vs et SO00 métiers, et cependant c’est en 1865 seulement que fut érigée la 2 POC INR ASE première usine, inaugurant la concurrence industrielle des Indes avec la AR RU à Grande-Bretagne. Elle a même quelque importance comme lieu de produc- 1 Commerce extérieur de Bombay et des petits ports voisins pendant l'année fiscale 1879-1880 :

l : : SUR HU DE Exportations... . 4... . , . 555 595 850 francs:

| Importations... . , . . . . 4. 5963565490 »

Mouvement total des échanges, . . . . ,. 1149 947 500 francs. ® Mouvement du port de Bombay en 1879-1880, non compris le cabotage : 2 200 000 tonnes. ni Het Mouvement du port en 1876, avec îe cabotage : 80 998 bâtiments, jaugeant 5 071 450 tonnes 1 8 Fortnightly Review, June 1876.

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