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que dans les fonds où la terre noire d'humus s’est amassée, Loin des rivières, le plateau est presque dépourvu de forêts, et la plupart des plantes ligneuses, arbres ou arbrisseaux, sont à feuilles caduques. En hiver, cette partie de l'Inde est grise ou jaunâtre comme les campagnes de l'Europe tempérée ; au commencement des chaleurs, avant les pluies, tout semble brûlé; une étincelle suffit pour incendier les hautes herbes et recouvrir les monts d'une mer de feu. Il est d'autant plus difficile de ‘onquérir ces hautes plaines à la culture que les rivières coulent pear la plupart en des lits profondément encaissés et qu’il est fort coûteux d'élever l’eau pour l’'irrigation; d’ailleurs elles sont à sec ou n’ont qu’un faible débit pendant la mousson du nord-est, alors qu’elles seraient le plus nécessaires. Mais dans la région occidentale, là où les pluies tombent avec abondance et où les torrents n’ont pu encore se creuser de gorges profondes, s'étendent des régions fertiles, connues dans le bassin de la haute Kistna sous le nom de Karnata ou « Terre Noire »'.
La Godaveri (Godavari) est le plus grand fleuve du Dekkan; sa longueur est évaluée à 1445 kilomètres, et son bassin s’étend sur plus de 300 000 kilomètres carrés, superficie égale aux deux tiers de la France. Elle nait à l'angle nord-occidental du plateau, près du village de Trimbak, à 80 kilomètres seulement de la mer d'Arabie. Simple dérivation souterraine du Gange, d’après les pieux Hindous qui viennent se baigner dans ses eaux, la Godaveri, appelée aussi Pourra ganga et Vriddha ganga, emplit d’abord un profond réservoir, puis se grossit de ruisseaux descendus des Ghat et s'écoule vers l’est et le sud-est, parallèlement à la vallée de la Tapti, mais en sens inverse. Après avoir fourni plus de la moitié de sa course, elle s’unit à la Pranhita, qui lui apporte une masse liquide plus considérable que la sienne propre; comme en tant d’autres bassins, le nom des eaux réunies n’est pas celui de l’affluent principal, et la cause en est ici, comme ailleurs, à l'importance historique de la vallée dont le nom l'a emporté. Si la Pranhita est le plus fort courant, grâce à la Païn ganga, à la Wardha, à la Waïn ganga et autres rivières du bassin de Nagpour, la Godaveri, la « Nourrice des Vaches », indique la route suivie par les émigrants hindous, après qu'ils eurent pénétré sur le plateau par les brèches ouvertes au sud de la Tapti. Cette partie du Dekkan est la première où s’établirent les Aryens; peut-être même y étaient-ils arrivés avant d’avoir connu le Gange*.
{ Burnouf, Nouveau journal asiatique, Il; — Lassen, Indische Alterthumskunde. 3 Campbell, Grammar of the Teloogoo language; — Lassen, ouvrage cité.
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DEKKAN, GODAVERI. 483
En aval de la jonction, la Godaveri, doublée de volume, s'engage dans une région montagneuse, qu'elle traverse par une série de cluses alternant avec des plaines. Elle reçoit la forte rivière Indravati, fameuse par sa cascade de 50 mètres de hauteur, l’une des plus belles de la Péninsule, puis la Tal et la Sabari, et perce la dernière chaîne des Ghat orientales par un défilé ayant seulement 250 mètres de largeur dans sa partie la plus étroite ; mais l’eau a 57 mètres de profondeur, et lors des grandes crues elle s'élève de 50 mètres au-dessus du niveau moyen. En 1848, elle aurait même atteint une brèche des collines à 60 mètres de hauteur, et se serait déversée dans un bassin différent, celui de la Yarakalwa. Sortie des gorges, la Godaveri s'étale largement dans un lit parsemé d'îles, puis, en aval de Radjamahendri, se divise en deux bras qui se replient gracieusement au nord et au sud pour embrasser les campagnes du delta et quelques collines, anciens ilots qu’entouraient les eaux de la mer; un effluent, dont il ne reste plus que les traces, coulait jadis au nord des coteaux de la Radjamahendri et se jetait dans la mer au nord de Samalkotta *.
Le bras méridional, encore appelé d’un nom appartenant à Bouddha, la Gautami, est considéré comme la plus sainte des branches fluviales ; tous les douze ans on y célèbre avec pompe la Pouch-karam, qui: attire d'innombrables pèlerins de toutes les parties de l’Inde. De même que la Maha naddi, la Kistna, la Caveri et tous les autres grands fleuves de la côte orientale, la Godaveri a déposé ses alluvions en un vaste hémicyele, hors de la ligne normale des côtes; les empiètements de la terre ferme sur l'Océan s’étendent sur un espace d’au moins 4000 kilomètres carrés aux bouches de la Godaveri ; à l'extrémité septentrionale du delta proprement dit, des rivières errantes, des marais, des rangées de dunes, des chemins marquent les anciens littoraux qui se sont successivement formés en se recourbant de plus en plus vers la saillie grandissante des terres. Il est vrai qu’en empiètant ainsi sur les eaux, les terres nouvelles apportées par la Godaveri ont enfermé de nombreuses plaines encore imparfaitement asséchées : de vastes marais, où pénètre le flot pendant les tempêtes, bordent le cordon littoral du delta. Même le grand lac Kolar (Kolerou, Klougou), entre la Godaveri et la Kistna, est probablement un ancien golfe séparé de l'Océan par les alluvions des fleuves voisins : c’est plutôt un marais qu’un lac; pendant la saison sèche, plus d’une moitié du bassin n’est qu’une fondrière de boue; pendant les pluies, c’est une nappe d’eau d'environ 250 kilomètres carrés ; de nombreuses îles ou lanka, consolidées à grands frais
1 King, Memoirs of the Geological Survey of India, vol. XIE, part. 5.
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par le labeur des paysans, dépassent le niveau des crues et s'agrandissent peu à peu de terres nouvelles; cependant le sol du Kolar se serait effondré, s’il est vrai que des restes de villages engloutis se voient dans les parties les plus creuses du lac. De temps immémorial, les riverains avaient l'habitude, chaque année à l’époque de la crue, de rouvrir le canal de sortie pour rejeter dans la mer le trop-plein des eaux douces, puis ils reconstruisaient la levée pour empêcher l'entrée du flot salin. Maintenant une écluse règle le niveau du lac. Les cultures des rives sont arrosées par les canaux dérivés de la Godaveri.
Soumise aux mêmes conditions de climat que la Maha naddi, la Godaveri présente aussi dans son débit d'énormes écarts suivant les saisons ; pendant les crues, elle roule jusqu’à 40 000 mètres cubes par seconde, mais pendant les sécheresses sa portée est réduite à 60 mètres. De même que les campagnes riveraines de la Maha naddi, celles de la Godaveri sont menacées tantôt d’inondations, tantôt de sécheresse; cependant les désastres sont plus rares, à cause de la moindre étendue et de la plus forte pente du delta; l'écoulement des eaux et l'irrigation y sont plus faciles. De grands travaux ont été faits pour corriger les écarts du fleuve : des levées latérales ont élé construites sur les deux rives dans les campagnes basses; à la fourche supérieure du delta, près du village de Daolechvaram, une digue transversale ayant plus de 4000 mètres de longueur, # mètres de hauteur et 40 mètres de base, relève le niveau des eaux pour les répartir dans un lacis de canaux ayant ensemble 850 kilomètres de longueur et pouvant servir presque en entier à la navigation : un mouvement annuel dépassant 90 000 bateaux a lieu dans le delta et sur la ligne d’eau qui l’unit à la Kistna*. En amont du barrage, la Godaveri est navigable au moins pendant quatre mois de crue; mais d'ordinaire elle ne sert qu’au flottage des bois. Les travaux de canalisation entrepris pour établir une communication permanente par la Godaveri, la Pranhita et la Wardha, jusqu'à Hinganghat, le grand marché aux cotons des Provinces Centrales, ont dà être abandonnés; c’est par le chemin de fer que se font les expéditions : au lieu de descendre vers Coconada, le port de la basse Godaveri, les cotons sont envoyés à Bombay.
Au nord des bouches de la Godaveri, les cours d’eau ne sont que de faibles torrents nés sur le versant des Ghat orientales ; mais à une centaine de kilomètres au sud roule un autre fleuve, presque son égal, et formant un delta
! W.W. Hunter, Orissa.
3 Morris, The Godavery district,
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GODAVERI, KISTNA. 485
dont la courbe succède immédiatement à celle de la Godaveri. La Kistna ou Krichna traverse, comme la Godaveri et la Caveri, toute la largeur de la Péninsule; elle naît près de Mahabalechwar ; une faible montée suffit pour s'élever de la source sur un promontoire d'où l'on aperçoit à 64 kilomètres la mer d'Arabie, Quoique moins vénérée que les autres fleuves du Dekkan,