‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 231 sur 471 · AA · texte numérisé non relu

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se trouve dans un ravin qui se termine par un ressaut de rochers, du haut duquel la rivière descend par une succession de sept cascades, dont la dernière a 90 mètres de chute. La plupart des grottes étaient des vihara ou monastères, n'ayant de sculptures qu'aux porches et aux fenêtres de l'entrée et ne contenant dans la nef qu'une statue de Bouddha dressée sur un autel; les cellules sont de simples niches taillées dans la roche autour de la salle. Les temples ou chaïtya sont plus richement ornés; mais ce qui donne le plus grand intérêt et une valeur unique aux monuments religieux d'Adjanta, ce sont les peintures dont on voit les restes sur les murs et sur les voûtes : datant de diverses époques, du deuxième siècle de l’ère ancienne au septième de l’ère moderne, ces fresques témoignent de certaines connaissances anatomiques et d’un juste sentiment des proportions; elles ne représentent pas seulement des sujets religieux et symboliques, mais aussi des scènes de la vie civile et domestique, des chasses, des batailles, des processions, des cérémonies de mariage et d’enterrement, des ouvriers à leurs différents travaux, des femmes s’occupant à leur ménage : toute la vie intime de l’Inde bouddhique d'il y a deux mille ans se déroule sous les yeux du spectateur; à en juger par ces représentations, les Hindous ne possédaient alors qu’un très petit nombre d'armes offensives et défensives. Les grottes d’Adjanta, vaste musée, comprennent toute l’histoire de l’art bouddhique, depuis le temps où les moines se réfugiaient au fond des antres à peine élargis par le fer jusqu'aux siècles où, déjà plus qu’à demi brahmanisés, ils faisaient appel à toutes les ressources de la peinture et de la sculpture pour orner leurs temples‘. C'est à 40 kilomètres au sud, sur la route de Djalna, grande ville du royaume de Haïdarabad surveillée par des cantonnements anglais, que se trouve le célèbre champ de bataille d’Asaï (Assaye), où fut brisée en 1805 la puissance de la confédération mahratte. |

En aval de Nasik, la Godaveri, coulant dans sa profonde vallée d'érosion, n’a que peu de villes sur ses bords ou sur les coteaux voisins, et ces villes, Taka, Païthan, Patri, Nandar, Nirmal, Djaounour, n’ont qu'une faible population; c'est dans le bassin du fleuve, sur une colline dominant la vallée de la Mandjera, que s'élève la cité de Bidar, qui fut, jusqu’au milieu du seizième siècle, la capitale d’une dynastie mahométane et que défendent encore une enceinte et une citadelle flanquée de 72 bastions. De beaux édifices témoignent de l’ancienne richesse de Bidar, et ses arti-

4 Burgess and Fergusson, Cave-Temples in India; — À. Grandidier, Tour du Monde, 1869, deuxième semestre.

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ADJANTA, BIDAR, DIAÏPOUR, RADJAMAHENDRI. 497

sans, héritiers d'une industrie jadis très active, ont encore un secret de fabrication pour le « métal de Bidar », alliage de cuivre, de plomb, d'étain et de zine, que l’on emploie pour faire des bijoux rehaussés d'or ou d'argent.

Sirontcha, située sur une colline dominant à 5 kilomètres au nord le

N° 108, — COCANADA ET CORINGA,

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confluent de la Pranhita et de la Godaveri, n’est qu'un village, malgré son heureuse situation. Au sud, Waroungoul, ancienne capitale de la dynastie lalingana, est encore entourée d’une double enceinte et d’un fossé de plus de 9 kilomètres; quelques villageois sont comme perdus dans l'antique forteresse!, De même, dans la vallée tributaire de l'Indravati, Djagdalpour ou « Nouveau-Bastar », la capitale du pauvre pays de Bastar, dont les mon-

1 King, Memoirs of the Geological Survey of India, vol. XNIIE, part, 3. vit, 65

tagnes seront probablement un jour parsemées de « villes de santé », n'est qu'une agglomération de cabanes d'argile délabrées. Djaïpour, autre capitale d'État, est plus importante; mais, sauf le palais du radjah et une cinquantaine de pagodes, elle n’a que de misérables masures. Pour voir de véritables villes, il faut descendre dans la région du delta. Radjamahendri, ancienne capitale de royaume, qui s'élève sur la rive gauche du fleuve, en amont de la bifurcation, est la plus belle et l’une des plus industrieuses. Ses maisons, entourées de palmiers et d'autres arbres, bordent la Godaveri sur une longueur de plusieurs kilomètres; un fortin restauré, occupé par des cipayes, domine la ville et le fleuve, large en cet endroit de 3 kilomètres : un bac à vapeur porte les voyageurs d'une rive à l’autre. Radjamahendri avait jadis une grande réputation pour ses fabriques de mousseline; ses manufactures produisent des nappes et diverses étoffes du mème genre; une vaste usine sucrière à été fondée dans le voisinage. En outre, le service des écluses, au barrage de Daoechvaram, à 7 kilomètres en aval, emploie des centaines d'ouvriers.

Les ports du delta, avec lesquels Radjamahendri communique par des canaux de navigation, sont tous mauvais et dangereux. Cocanada, le plus animé de tous, situé au nord du bras septentrional de la Godaveri, ne forme qu'une même ville avec l’ancienne factorerie hollandaise de Djaganadpour ; il exporte des cotons, du riz, du sucre, des graines oléagineuses, et ses tabacs sont réputés les meilleurs de l'Inde’, Plus au sud; Coringa, qui communique avec la Godaveri par une coulée marécageuse, fut jadis, comme cité hollandaise, la ville la plus commerçante de tout ce littoral; dans la Barmanie et d’autres régions de l’Indo-Chine, les résidents telougou sont encore désignés sous le nom de Coringi, d’après la ville d’où partaient jadis les émigrants : c’est avec la Barmanie que commercent les marins de Coringa, montés sur des embarcations d’un faible tonnage. Des chantiers de construction bordent la coulée, entre Coringa et le comptoir français de Yanaon, seul reste des conquêtes que firent Dupleix et Bussy dans la région des Cirear. Cette enclave de Yanaon, qui borde la Godaveri septentrionale sur un espace de 1429 hectares, et que peuplent environ 5000 Hindous, n'a presque aucun commerce, étant séparée de la mer par des eaux basses et changeantes, où n'osent s’aventurer les navires. Sur la Godaveri méridionale s'élève une autre ville déchue, maintenant pauvre

1 Mouvement du port de Cocanada pendant l’année 1874-1875 : 500 000 tonnes. Valeur des échanges : 25 382 500 francs,

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village de pêcheurs : c'est Madapolam, dont le nom est encore donné à un A Lo calicot fin', En 1789, tout le pays fut submergé par trois lames succes- LR FATINE sives que poussait un cyclone, et les habitants du delta se noyèrent par EC #, dizaines de milliers. Le navire le Lévrier fut porté par les vagues à une JAMIE lieue de Coringa dans les terres *, ÿ LU AMUTE à Les agglomérations urbaines sont plus nombreuses dans le bassin de la ii À | À à : 4 M EU re en « RATS 4 a | Hi 1 N° 109, — PUUNA ET SES ENVINONS. ii NA € MI" l B: 4 He AE Ÿ he (5 4" 1?

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0 10 kil, -# i ‘4 QE Kistna que dans celui de la Godaveri. Pouna, la cité mahratte qui com- JE pie , ° 4 mande la région des sources de la Bhima, est une des grandes villes de TRS à , COST . . "2 l'Inde, surtout de juin à novembre, quand elle devient la capitale tempo- ÿ 4! raire de la présidence de Bombay : quelques-unes des administrations æ 4 } A À 1 Villes principales des Circar du nord et du bassin de la Godaveri : ONE Mt POSSESSIONS ANGLAISES. Bobbili , . . . . . . . . . . 14150 hub. QE af Vizagapatam . . . . . . . . . 59 200 hab. ÉTATS INDIGÈNES, MAÉ de Vizianagram . . . . . . . . . 22600 » Aurangabad . . . . . . . . . 50000 » MORTE Ne ee ru 21 850 » Bidar, . . . . . . . . . . . 40000 (?) na D Bachampour . . . . . . . . . 21650 » Djalna, . , . . . . . . . . . 15000 (? Ni Radjamahendei … . . , . . . . 19700 » Djaipour. . . . . . . . . . . 99250 » Wie SUN Cocanada .,. . . . . . . . 17850 » Djagdalpour (Bastar) . . . . . 35 000 (?) tir Parla kimedi. . . . . . . . . 15950 » POSSESSIONS FRANÇAISES, mine 19 Tchicacole . . . 15600 » Yanaon . . . - . . . . . . 49260 »

* L. de Grandpré, Voyage duns l'Inde et au Bengale.

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de la province y ont leurs bureaux en permanence. Avant d'avoir été cheflieu de district anglais, Pouna était la résidence des pechwa mabrattes, et, comme telle, le centre de l'industrie dans toute la région septentrionale du plateau : ses ouvriers travaillaient la soie, le coton, les métaux, les ivoires; maintenant encore, ses ateliers fournissent aux marchands de Bombay divers objets de luxe; mais la concurrence anglaise à définitivement privé la ville hindoue de son ancien monopole industriel. Néanmoins Pouna grandit rapidement comme point de convergence des routes commerciales et lieu d'expédition des denrées : un grand nombre de négociants mahrattes, la considérant encore comme leur capitale, viennent y résider après avoir fait fortune. Bâtie sur la rive droite de la Mouta, à 565 mètres d'altitude, Pouna est surveillée par une ville militaire anglaise, située au nord de la ville indigène, mais elle-même en grande partie peuplée d'Hindous; des villas européennes et des jardins de plaisance occupent de ce côté presque lout l’espace qui sépare Pouna de Kirki, autre agglomération considérable, également flanquée de cantonnements anglais. Naguère la plaine où sont bâties les deux villes était presque sans arbres; elle est maintenant ombragée, notamment au bord des rivières, par des plantations de baboul (acacia arabica). Pouna et Kirki sont pourvues d'eaux abondantes depuis que la Mouta est arrêtée en amont par un barrage qui relient le courant dans un réservoir de 14 kilomètres carrés et règle le débit pendant toute l'année. De l'époque mahratte Pouna garde de euricuses maisons peintes, des temples, et sur la colline de Parvati, qui s'élève à l’ouest, le palais des pechwa, entouré des bosquets du « jardin des Diamants ». Au nord de la ville est le lieu sacré où s'unissent la Mouta et la Moula : avant le décret de lord Bentinck, en 1829, les veuves venaient s'y brüler sur le corps de leurs époux; de nos jours, les bûchers n’y consument plus que des cadavres.

Près du chemin de fer de Pouna, à Bombay et non loin des rampes du Bhor ghat, s'ouvrent les grottes de Karli, beaucoup plus fréquemment visitées que celles d'Adjanta et d'Ellora, grâce à bour facmite d'aecès. Le

grand temple ou ehaïtya, le sanctuaire soute we plus complet et le plus beau qui existe dans l'Inde, s'ouvre à m eur sur le fl d’une colline : il est précédé d’un porche grandic laissant pénétrer la lumière

dans la nef par une large ouverture cintrée; des baleons ouvragés et des bas-reliefs décorent les parois du vestibule, et trois éléphants taillés dans la pierre vive semblent porter sur leur dos tout le poids du rocher. Li temple, simple et de proportions majestueuses, ressemble beaucoup à une église chrétienne : la voûte, sur laquelle s'appliquent des poutres en bois

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POUNA, CHOLAPOUR, SATARA. 501

de tek, d'où pendaient autrefois des draperies, se perd dans l'ombre; à droite et à gauche, quinze colonnes octogonales séparent la nef des bas côtés, portant au-dessus de leurs chapiteaux des sculptures qui représentent des éléphants, des chevaux, des hommes en diverses attitudes; au fond de la crypte s'arrondit une abside où l'autel est remplacé par une dagobah surmontée des ornements sacrés. Une inseription du porche attribue le temple souterrain à un roi qui vivait il y a près de vingt siècles.

Au nord de Pouna, la ville de Djounar est située non loin du brusque escarpement des Ghat, au pied d'un mont superbe à la triple arête portant le fort où naquit le fameux Sivadji, fondateur de la puissance mahratte ; clle possède aussi des monuments, datant probablement de l'époque bouddhique : ce sont des escaliers à colonnades descendant à des sources profondes, Ahmednagar, d'origine musulmane, bâtie sur l'emplacement de Bingar, a son fort des quinzième el seizième siècles, et ses mosquées changées en maisons d'habitation par les résidents européens. Cholapour, principale station entre Pouna et Haïdarabad, n'a point de constructions remarquables, mais elle est devenue la ville la plus industrieuse du plateau, grâce à cinq mille ouvriers tisseurs. Elle fait un grand commerce, de même que Pandharpour, sur la Bhima, un des lieux de pèlerinage et de foire les plus fréquentés et jadis le foyer d'où le choléra se répandait sur la contrée. Kalbargah, située comme Cholapour sur le chemin de fer de Bombay à Madras, mais au nord de la vallée de la Bhima, est une des cités de fondation mahométane qui ont le plus de curiosités architecturales, Ancienne capitale du Dekkan, Kalbargah garde les tombeaux de plusieurs rois du quatorzième et du quinzième siècles, ainsi que des mosquées, dont l'une est la seule de l'Inde dont le cloître antérieur soit complètement recouvert pour mettre les fidèles à l'abri. Le fort, qui s'élève à 2 kilomètres de la ville sur une roche escarpée par le fer, n'est qu'un vaste amas de ruines au milieu desquelles se blottissent quelques cabanes et où des panthères trouvent aussi leur gîte".

Satara, la métropole des hautes vallées de la Kistna, occupe une position analogue à celle de Pouna, près du rebord des Ghat. Elle fut aussi l’une des places militaires de la confédération mahratte et doit son nom de Salara ou « Dix-sept » aux dix-sept bastions qui la défendaient. Sous le régime anglais, elle a pris une grande importance commerciale, grâce aux routes qui l’unissent à Bombay et aux villes du Dekkan, mais elle n’est pas encore reliée au réseau des chemins de fer; de nombreux chainons paral-

1 Kastwick, Handbook for Madras.

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d02 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE,

lèles, dont les extrémités se soudent pour former la rangée bordière des Ghat, ont empêché la construction d’une voix ferrée réunissant du nord au sud les cités du Dekkan occidental. C'est dans le district de Satara que se trouve, à 1437 mètres d'altitude, Mahabalechwar, la « ville de santé » la plus fréquentée de la région des Ghat. Au printemps, elle est la résidence de la plupart des hauts fonctionnaires de Bombay ; mais dès que la mousson éclate, versant des torrents de pluie sur les pentes, la foule des habitants temporaires s'enfuit vers Pouna. Pendant la saison sèche, Mahabalechwar est un agréable séjour : les promenades s’entrecroisent au bord du plateau d’où l’on voit à ses pieds les campagnes du Konkan et, dans le lointain, la nappe argentée de la mer. Mahabalechwar a été fondée comme sanatoire en 1828, par un gouverneur de Bombay, Malcolm; un des villages de la station porte le nom de Malcolmpet. A une petite distance vers l’est, des massifs de verdure entourent l'endroit sacré où jaillit la source de la Kistna. Un temple de Mahadeo, visité par de nombreux pèlerins, un sanctuaire plus imposant dédié à Ganesa ou Ganpoutti, le dieu de la Sagesse, s'élèvent au-dessus de la source. La ville de Waï, sur la Kistna naissante, est le principal lieu de rassemblement des fidèles. Au nord et à l’ouest, sur les blocs détachés de la crête des Ghat, s'élèvent des châteaux devenus fameux comme ciladelles des Mahrattes, Radjgarh, Torna, Partabgarh et Raïgarh, résidense de Sivadji".

Kolhapour, autre eité mahratte, située sur l’un des affluents de la Kistna, non loin d’une brèche des Ghat où passe une route qui descend vers le port de Ratnagiri, n’est pas administrée directement par les Anglais ; elle est la capitale d’un royaume vassal, autour duquel se groupent onze autres États ou fiefs de moindre importance. Dans cette région du Dekkan, il n’est pas un chaînon de collines, pas une butte isolée qui ne porte son château fort, dont quelques-uns ne le cèdent guère aux citadelles du Radjpoutana. À 15 kilomètres au nord-ouest, un de ces anciens châteaux, ou plutôt un vaste camp retranché, entouré de murs et de précipices, oceupe le sommet d'un plateau : c’est le fort de Pounalla. La cité fortifiée de Visalgarh est encore plus pittoresquement située sur une falaise du bord extérieur des Ghat, En cet endroit, un fragment complètement détaché se dresse en massif insulaire; entre ce massif et le plateau, un promontoire triangulaire de laves est resté debout, relié au Dekkan par un simple mur que des abimes bordent à droile et à gauche; ce mur est le seul chemin d'accès la cité, dont les maisons se pressent dans l’enceinte bâtie sur le

1 Richard Teinple, Proceedings of the Geographial Society of London, aug. 1872

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KOLHAPOUR, VISALGARIH, BELGAOM, HOURLI, 505

pourtour du promontoire. Le petit potentat qui régnait à Visalgarh a quitté son aire d'aigle pour aller vivre à Malkapour, sur le plateau.

La ville de Belgaom, située au sud des enclaves de Kolhapour, sur un petit sous-affluent de la Kistna, a pris dans ces dernières années une grande importance à cause de sa forte garnison, qui de ce point central surveille les différents États indigènes et les possessions portugaises de Goa. Ce sont les cantonnements de Belgaom qui ont le plus contribué à développer le commerce du port de Vingorla, sur la côte du Konkan. Cette région du Dekkan est parsemée de villes plus nombreuses qu'il ne s’en rencontre

N° 110. —— KOLHAPOUR ET POUNALLA

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sur une même étendue dans la plupart des contrées du plateau : des champs de céréales et de cotonniers couvrent les « terres noires », principalement au sud-est de Belgaom, autour des cités de Dharwar et de Houbli. Dharwar, le chef-lieu du distriet, est de beaucoup dépassé en importance industrielle et commerciale par la ville de Houbli, composée de deux agglomérations urbaines, séparées par un ruisseau qui descend vers la eôte occidentale par la Gangawali:; en cet endroit, le seuil qui forme le faîte entre les deux versants de Ja Péninsule est une plaine d’une régularité parfaite; nulle ville n'est mieux située comme lieu de convergence pour les échanges. Houbli n'est pas encore rattachée au réseau des chemins de fer de l'Inde,

1 Eastwick, Handbook for Madras.

mais sur les cartes elle apparait comme l’un des grands centres de croisements futurs. Goudouk, à lorient, est un autre marché, très fréquenté par les acheteurs de coton.

A l’est des vallées et des plaines du Dekkan occidental, où l’eau coule avec assez d’abondance pour arroser les campagnes, le sol se montre de plus en plus aride, les villages et les champs moins nombreux; en maintes parties du plateau, on ne voit que des étendues de sol rougeûtre parsemées de pierres ; les groupes d'habitations, entourés de murs en pisé qui protégeaient les villageois contre les incursions des brigands, ne se distinguent pas des solitudes environnantes. De fréquentes famines eurent lieu duns celle contrée, et l’une d'elles, qui dura dix années, de 1596 à 1406, changea le pays presque en désert. Moins terrible, la disette de 1876 et 4877 a pourtant plus que décimé la population ; dans le distriet de Kaladgï, le cinquième des habitants périt et les survivants n’ont pas cessé d’être les paysans les plus misérables de l'Inde. Les villages abandonnés sont bientôt réduits à de simples amas d'argile, mais par endroits se voient des restes de villes dont les monuments témoignent d’une ancienne prospérité. Ainsi Bidjapour, encore entourée de ses puissants murs de lave, dresse sur sa colline d'innombrables mosquées, des palais, des tombeaux, du style le plus élégant : un de ses dômes, le plus vaste de la Péninsule, n’a que peu de rivaux en Europe. Il y a deux siècles, Aurengzeb s'empara de Bidjapour, et cette ville, dont la splendeur égalait celle d’Agra et de Delhi, devint peu à peu la « cité des morts » ; cependant elle enferme encore dans son enceinte quelques villages, des étangs, un bazar. Au sud du district de Kaladgi, une autre cité déchue, Hampi où Bidjanagar (Vidjayanagar), capitale hindoue qui s'élevait sur la rive méridionale de la Tounga-Bhadra, n'a plus que des hameaux sur un espace de 24 kilomètres carrés, couvert par les ruines de temples et de palais de granit; on ne voit que décombres, piliers debout ou renversés, portails où sculptures. Quelques pagodes ont été respectées par le temps, ainsi que diverses parties de l'enceinte, d’un aspect eyclopéen; mais nul ne s’oceupe de reconstruire les maisons, quoique les terres environnantes soient fertiles et que la rivière roule en surabondance l’eau nécessaire pour l'irrigation, Le voyageur Nicold di Conti, qui visita Bidjanagar au quinzième siècle, lui donne soixante milles de tour. « Le souverain, plus puissant que tous les autres rois de l'Inde, avait cent mille soldats et prenait douze mille femmes, quatre mille pour lui faire la cuisine, quatre mille pour chevaucher honorablement derrière lui, et quatre mille que l'on portait en palanquins. Les deux mille femmes de choix se brûlaient volontairement sur son

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BIDJAPOUR, HAMPI. KARNOUL, HAIDARABAD. 505

tombeau » ‘. On trouve dans le pays de grandes quantités de pièces d'or vénitiennes qui témoignent de l'importance qu'avait autrefois le commerce de Venise avec l'Inde méridionale, inconnu au reste de l'Europe*. Bidjanagar n’est plus qu’un lieu de pèlerinage. La population de Hampi s’est déplacée pour se porter au sud-ouest vers Hospet ou « Neuve Ville », station terminale d'une voie ferrée, et à l’est vers Ballari (Bellary, Valahari), ville commerçante que dominent deux étages de forts et qu’un embranchement de chemin de fer rattache au réseau de Madras. Les Anglais en ont fait une station militaire de premier ordre.

En aval de Bidjanagar, la Tounga-Bhadra sert de frontière entre la province anglaise de Madras et le royaume de Haïdarabad, et jusqu'à son confluent avec la Kistna elle n’a d’autre ville sur ses bords que la cité de Karnoul, presque sans communication avee le reste du pays; pendant la famine de 1877, on ne put l’approvisionner que d’une manière très insuffisante, et la mortalité ordinaire fut plus que triplée. Le mouvement commercial s'est porté vers les stations du chemin de fer transversal de Madras à Bombay, Goutti, Adoni, Raïdjour. Entre ces deux villes, la voie ferrée traverse la Tounga-Bhadra sur un pont de 53 travées ayant ensemble 1150 mètres de longueur. Les giséments diamantifères des environs de Karnoul ne sont plus exploités qu’en un petit nombre d’endroits, près de Banaganpili et de Ramalkota. Ces mines ont élé fréquemment visitées depuis le voyage de Tavernier; on y trouvait alors des pierres d’une valeur de seize mille écus et des colonies de polisseurs s'étaient établies dans le voisinage. De nos jours, elles ne rapportent plus que de maigres revenus aux nawabs du pays, quoique le salaire des ouvriers ne dépasse pas quinze centimes et un plat de riz par jour”.

La résidence du nizam, Haïdarabad, située sur la Mouti, un des affluents seplentrionaux de la Kistna, est rattachée au réseau des chemins de fer de l'Inde. Gette ville, capitale du plus grand royaume médiatisé dont les Anglais tolèrent encore l'existence, est la cité la plus populeuse en dehors de leurs possessions; la ville proprement dite aurait environ 200 000 habitants, et la population des faubourgs, qui s'étendent à la distance de plusieurs kilomètres, serait à peu près égale; ensemble, les maisons couvrent plus de 27 kilomètres carrés. Une enceinte percée de cinq portes sépare la ville des faubourgs, mais une grande partie de la plaine est elle-

! Angelo de Gubernatis, Sforia dei Viaggialori italiani nelle Indie Orientali.

? Textor de Ravisi, Congrès des Orientalistes, Lyon, 1878.

5 King, Memoirs of the Geological Survey of India; — V, Ball, Diamonds, Coal and Gold of India.

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506 NOUVELLE GÉOGRAPIIE UNIVERSELLE,

même entourée d’un chaos de rochers granitiques formant un rempart naturel qui à souvent protégé Haïdarabad contre les assauts des Mahralles; çà et là des blocs s'empilent en entassements bizarres, comme si des géants s'étaient amusés à des jeux d'enfants; entre ces amas de granit, le sol infertile est couvert par la jongle; en certains endroits, la zone pierreuse n’a pas moins de 50 kilomètres de largeur et constitue une « marche » déserte où les ennemis ne trouvaient aucune ressource en cas d’invasion.

N° file — RÉGION DIAMANTIFÈRE DE KARNOUL.

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