‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 24 sur 471 · NEIGES ET GLACES DE L'HIMALAYA · texte numérisé non relu

NEIGES ET GLACES DE L'HIMALAYA

sur celles des montagnes occidentales, situées pourtant beaucoup plus au nord. La cause en est à la plus grande abondance d'humidité que reçoivent les parties de la chaine voisines du golfe du Bengale. Une forte part de ces vapeurs se précipite en neiges, qui n'ont pas le temps de fondre entièrement pendant le cours de l’année; les couches neigeuses nouvelles s’ajoutent aux anciennes et se transforment graduellement en névés. Tandis que dans l'Himalaya moyen, sur les monts du Koumaon, l'altitude de la limite inférieure des neiges ne dépasse guère 4800 mètres”, — ce qui est déjà la hauteur du mont Blanc, — la même limite dans les montagnes du Kachmir est d'au moins 2690 mètres; au mois d'octobre, les frères Gerard ne trouvèrent que de la neige fraiche à 5910 mètres, sur un mont de la frontière tibétaine, le Porgyal; mème à 6150 mètres, sur un sommet voisin, le sol était à nu. Naturellement, les pentes lournées vers le nord sont celles qui ont le moins de neiges; les vents humides, arrêtés sur le versant opposé, ne leur apportent que de rares flocons, ramenés par le remous des tourmentes. Quelques chainons intermédiaires, plus bas que les remparts extérieurs, sont dépourvus de neiges.

Les glaciers de l'Himalaya ne sont inférieurs en étendue qu’à ceux des montagnes du Groenland et des autres régions polaires. Les meilleures conditions pour la naissance et le développement de glaciers considérables se rencontrent dans les cirques et les vallées de l'Himalaya occidental, c’est-à-dire précisément dans ces montagnes où la limite inférieure des neiges est à la plus grande hauteur au-dessus du niveau marin. La cause en est à la fusion rapide des neiges dans les contrées himalayennes les plus rapprochées de l'équateur; les couches neigeuses y sont, il est vrai, plus épaisses et relativement plus étendues, mais elles se transforment en lorrents sans l’intermédiaire de vastes névés et de longs glaciers. En outre, les chaînes du nord-ouest, avec leurs nombreuses vallées intermédiaires à faible pente, où les amas de neige restent constamment à l'abri des rayons solaires, sont beaucoup mieux disposées que les brusques versants de l'Himalaya oriental pour garder dans leurs dépressions les lents couants des glaciers. La chaîne du Zanskar ou de Bara-latcha, qui se dirige au nord-ouest vers Kachmir entre les affluents de l'Indus et ceux du Tchinab, est entièrement frangée de glaciers dont un grand nombre ont plus de 25 kilomètres de longueur, et dépassent ainsi en étendue le glacier d’Aletsch, le plus considérable de l'Europe. Mais ces fleuves de glace le cèdent eux-mêmes aux énormes courants cristallins du Baltistan, qui

! Strachey; — Al. et J. Gerard; — Al. Cunningham; — Fr. Drew.

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s'épanchent des flancs du Karakoroum dans les hautes vallées tributaires du Chayok et de l'Indus. Les glaciers où gansé du Kaïtehar, du Baltoro, du Biafo, du Tehogo ont chacun plus de 50 kilomètres de longueur, de leur cirque de réception à leur moraine frontale, et c'est par dizaines qu'ils recoivent des glaciers secondaires ayant au moins les dimensions des plus vasles champs de glace des Alpes suisses; en suivant la ligne supérieure des névés et des glaciers, on pourrait probablement ne pas quitter la glace sur un espace de 190 kilomètres, Les phénomènes que l'on sbserve sur les fleuves congelés de l'Europe centrale se retrouvent tons dans PHimalaya, avec de plus vastes proportions. Là aussi les observateurs peuvent étudier

rimayes el crevasses, séracs el moulins, moraines médianes, latérales ou

N° 13 — GLACIERS DU BALTISTAN.

frontales. De même que dans les Mpes, nombre de rivières issues des glaciers s'élancent à l'air libre par des portes à plein cintre ou à courbes surbaissées qui donnent à leur entrée dans le monde lumineux quelque chose d'héroïque et de triomphal; en face da fleuve bruyant qui s'échappe de la sombre arcade et des hautes parois eristallines, rayées de fentes indiquant la pression des glaces en mouvement, on comprend facilement le sentiment d'adoration qu'éprouvent les pèlerins, agenouillés devant ces tableaux grandioses, Ce qui distingue le plus les glaciers de Himalaya et du Karakoroum de ceux des Alpes, c'est l'énorme quantité de débris que charrient la plupart d'entre eux et qui en recouvrent presque complètement le cours inférieur; les amas de pierres qui cachent la glace, excepté dans les endroits où des crevasses ont ouvert leurs abimes, sont eux-mêmes revètus

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du glacier est transformé en jardin !, Le glacier de Baltoro, dont une branche nait dans les névés du Dapsang, est dans sa partie inférieure entièrement couvert de débris, mer de pierres formée par la jonction de quinze moraines de roches diversement colorées, grises, brunes, jaunes, rouges, bleuätres, qui S'alignent parallèlement sur le courant du glacier *.

Les vallées inférieures de l'Himalaya gardent encore les traces de glaciers bien autrement considérables que ceux d'aujourd'hui. Cà et à des moraines latérales se voient sur des terrasses dominant le lit fluvial de plusieurs centaines de mètres ; des moraines frontales, moins nombreuses parce qu'elles ont été pour la plupart déblayées par les torrents, se sont aussi maintenues dans mainte vallée à l'aliitude de 1500 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. Des fleuves de glace, descendant du Karakoroum, allaient S'épancher jusque dans le bassin de Kachmir, à plus de 204) kilomètres de leurs névés d'origine; celui de la Noubra, tributaire des glaces du Chayok, n'avait pas moins de 1500 à 1400 mètres d'épaisseur au confluent des deux vallées, parsemées maintenant de riants villages®. De mème dans la partie méridionale de Himalaya, la vallée de Kangra. que parcourt le Bias, est couverte de blocs erratiques, d'origine glaciaire, jusqu'à la cote de 600 mètres seulement ; le courant central de la vallée, alimenté par d'autres glaciers secondaires descendus de Ta chaine eristalline des monts Blanes où Dhaola-dhar, dépassait 190 kilomètres en longueur*. Mais les témoignages de l’ancienne période glaciaire disparaissent plus vite dans les monts Himalaya que dans presque toutes les autres régions montagneuses de la Terre, à cause de la marche rapide des érosions dans les vallées tributaires de Fndus et du Gange. Les couches siliceuses des hautes eimes et des pentes moyennes, les grès des monts sub-himalavens sont des plus friables et cèdent facilement à l'action des eaux; les uneiss fendillés se délitent aussi promplement sous l'action alternante des selées, du dégel, de la chaleur solaire et des pluies; quant aux débris accumulés jadis par des torrents glaciaires, ils sont saisis de nouveau par chaque inondation et portés plus avant vers l'issue des vallées. Les lits que les fleuves de l'Himalaya se sont creusés, soit dans les amas de cailloux, soit mème dans la roche vive, atteignent en beaucoup d’endroits la prolondeur de 990 mètres au-dessous des anciennes berges, et les moindres

à Andres Wikon. The Abod: of Snow.

: Montsomerte. Mifleilungen von Petermann, W, 1863.

lnoker. Hisalayan Journals : — Godwin-Austen, Journal of the Geographical Society, AS67 ; — Theuball, Messoërs ot he Geological Survey of India.

à Frederic Dress, Zammoo and Kashmir Terrilories. 5 Theubald, lvords of ihe Geological Survey of India, vol. VI, 1874.

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ÿ2 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

tributaires ont dû entailler la montagne sur des épaisseurs de cinq ou six cents mètres pour aller rejoindre le courant principal. Le Satledj, dans son cours supérieur sur les plateaux du Tibet, et plus bas dans le pays de Ladak, l'Indus et ses divers affluents himalayens, le Gange, en amont de Hardwar, offrent des exemples remarquables de ces érosions profondes à près de mille mètres au-dessous du plan de leur ancien lit, dont quelques restes se voient cà et à sur les terrasses latérales', En peu de contrées au monde, il n'est à la fois plus nécessaire et plus facile d'établir sur les rivières des ponts suspendus, car mainte fissure, quoique profonde de cenlaines de mètres, a seulement un jet de pierre en largeur. Dans les vallées indiennes de l'Himalaya, quelques appareils, semblables à ceux du Tibet oriental, sont de simples tchouka, cordes sur lesquelles glisse un anneau, portant le voyageur d'un bord à l'autre; toutefois la plupart des ponts suspendus ou djhoula sont tressés en cäbles d'écorce ou de lianes, balancés par le vent, mais assez solides pour que les voyageurs libres de vertige puissent s'y s’aventurer sans crainte et qu'on y fasse même passer des chèvres et des brebis; elles durent en moyenne pendant trois années. Les talus d’érosion, fréquemment sculptés à nouveau par les pluies et les éboulis, se succèdent le long des fleuves, en forme de cônes gris ou rougeâtres, que le erépuseule où l'éloignement font ressembler à des rangées de tentes gigantesques.

Dans les roches gréyeuses du Sub-Himalaya, le travail de destruction se révèle moins par la formation de talus que par celle de parois verticales; des pans entiers se détlachent à la fois en donnant aux rochers l'aspect de citadelles construites de main d'homme, avec des tours, des enceintes, des terrasses régulières. Ni les masses cubiques de la « Suisse » saxonne, ni les blocs rectangulaires de certaines parties du Nouveau- Mexique et du Colorado n'ont plus de symétrie dans leurs formes que plusieurs des roches du Sub-Himalaya. Quelques-unes de ces hauteurs, à pans coupés, offrent une surface qui n’est pas moins unie que celle des causses du midi de la France. D’autres blocs de rochers, dont la surface est de plusieurs centaines où mème de milliers de kilomètres carrés, se composent d'assises superposées, en retrait les unes sur les autres, et présentent de tous les côtés l'aspect d’une pyramide aux énormes degrés.

Les grands écroulements, dont on voit partout les traces dans les monts Himalaya, appartiennent aussi à la période actuelle. L'histoire contem-

! Drew, Andrew Wilson, ouvrages cités; — Robert von Schlagintweit, Ueber Erosionsformen der indischen Flässe.

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