GORGES, ÉBOULIS DE L'HIMALAYA
poraine de l'Indus, du Tehinab, du Satledj en a fourni de remarquables exemples. Il arrive fréquemment que ces trois fleuves, arrêtés dans leur cours supérieur par des chutes de glaciers et de pierres, se transforment en lacs, tandis qu'en aval de la digue temporaire les lits se dessèchent peu à peu; mais, après des journées ou des semaines d’arrèt, les lacs retenus finissent par franchir leur barrage, et bientôt les masses de débris et de boue, mélées aux eaux d'inondation, se ruent sur les terres d’aval en dévastant les campagnes riveraines, en rasant les maisons et déracinant les arbres’. Lorsque ces barrages d’éboulement se produisent dans les vallées supérieures, les torrents qui rejoignent en aval la vallée maitresse conlinuent d'alimenter le fleuve, et les riverains des campagnes plus basses ne s'aperçoivent de l'évènement que par une légère diminution des eaux; mais il arrive parfois que les chutes de neiges et de rochers se font dans les déilés rapprochés de la plaine, et le fleuve se trouve alors complètement tari. L'explorateur Godwin-Austen et ses compagnons, surpris par une débâcle de barrage, eurent à peine le temps de s'enfuir, avertis par le tonnerre des roches entre-choquées. La chva de pierres, de boue et d’eau se précipite dans les vallées, haute ct droite, et lançant des projectiles comme un rempart de forteresse mouvante : les fragments de roches brisées sont envoyés au loin, tandis que sur les berges les plus gros blocs tournoient, puis s'engouffrent dans le torrent noir*.
Ces phénomènes d’érosion ont eu pour conséquence de donner aux lorrents et aux fleuves de l'Himalaya une courbe normale et de supprimer les cascades et les lacs qui jadis en interrompaient le cours. À cet égard, les monts hindous contrastent avec les Alpes d'Europe; ils ont perdu leur jeunesse, pour ainsi dire, puisque les traits primitifs des vallées sont oblitérés. Les saillies de roches qui retenaient les eaux dans les bassins lacustres et d’où les torrents s’abattaient en cascades, ont été graduellement démolies par les eaux; landis que les lacs se vidaient, les cataractes s’abaissaient. Maintenant l'Himalaya proprement dit n’a plus qu’un petit nombre de ces nappes d’eau qui donnent tant de charme aux régions de montaymnes et la plupart des cascades ne sont que chutes temporaires, simples filets d'eau de neige fondue par le soleil d'été et se changeant en vapeur dan: l'air où ils ondoient. Les seuls grands lacs de l'Himalaya se trouvent au nord de la chaine, dans la dépression qui la sépare du Trans-Himalaya, et à l'ouest, dans les nombreuses vallées parallèles du Ladak et du
* À Cunningham, Laduk; — Shaw, High Tartary, Yarkand and Kashgar; — Drew, Jummoo
and Kashmir Tesrilories ; — Medlicott and Blanford, Manuai of the Geology of India. ? Godwin-\usten, Journal of the Geographical Society of Lordon, 186+.
54 NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE,
Kachmir, Mais il est certain que, dans ces régions occidentales, nombre de lacs ont diminué d'étendue, non à cause de l'approfondissement graduel de Le F nt : ‘ ve x , # leur émissaire, mais par l'effet du dessèchement graduel de la contrée, al
Quelques-uns des lacs de cette partie de Fimalaya ont perdu tout écoule- À ment, et, devenus bassins fermés, se sont peu à peu changés en réservoirs
d'eau salée, De vastes plaines, jadis couvertes d'eau douce, n'ont plus que
de petits « lacs amers », entourés d'efflorescences salines se confondant
parfois avec les neiges Les zones de végétation sur les pentes de l'Himalaya correspondent naturellement à celles de la température. De 200 en 200 mètres, la chaleur
diminue d'un degré, et toutes les conditions du elimat se modifient en
même temps: les plantes tropicales où semi-tropicales de Ha base sont
remplacées plus haut par des végétaux de la zone tempérée, puis par ceux
N° 45, — ZONES DU TERAÏ ET DU BHAVER.