‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 246 sur 471 · TRIBUS DU NIL GHIRI · texte numérisé non relu

TRIBUS DU NIL GHIRI

à raison, les représentants des aborigènes qui élevèrent les mégalithes ou

« maisons de Pandouides » épars en grand nombre dans le Nil ghiri et les montagnes de Courg et de Maïsour. Quoi qu'il en soit, ces monuments, renfermant des charbons, des as calcinés, mème des armes, des vases, des ornements, sont attribués par les Dravidiens à une race antérieure exterminée par leurs aneëtres; ils voient aussi dans ces aborigènes les constructeurs des murs de défense ou £addineg qui traversent la contrée dans toutes les directions. Ce sont des remparts hauts de 5 à 6 mètres et toujours accompagnés d'un fossé de 35 mètres de largeur et de profondeur; en maints endroits, le mur est double, triple où mème quadruple, et de urands arbres, croissant en désordre sur les talus, donnent à tous ces mouvements de terrair la plus pittoresque apparence. On évalue à 180 kilsmètres environ, ‘ans le Courg seulement, la longueur de ces étranges renparts élevés par un peuple dont le nom même s’est perdu".

En dehors de la région des montagnes, quelques tribus, tenues à l'écart par leurs voisins comme les « Gens des Ténèbres » le sont par les Toda et les Badagar, leur ressemblent par les mœurs, et l'on pourrait au mème litre voir en eux les descendants d’aborigènes, Une de ces tribus, celle des Koragar, qui forme la dernière caste des esclaves dans le district de Mangalore, était jadis assujettie à n'employer que des feuilles pour le vétement. Depuis les premiers temps de la domination anglaise, les hommes ont cessé de porter leur tablier de feuillage, tandis que les femmes, fidèles observalives des anciens rites, se revêtent toujours de rameaux entrecroisés ; mais elles n'en comprennent plus l'usage, puisqu'elles les portent sur les autres vêtements et les rejettent en arrière en guise de traine. Les Koragar sont encore condamnés à vivre sous des toits de branchage; il leur est interdit d'employer la terre pour la construction de leurs cabanes. Ce qui rend ès probable l'antiquité de leur résidence dans la contrée, c’est la puissance de magie qu'on leur accorde. De même que les Kourumba, ils sont considérés comme savants dans les mystères de la nature et maitres des esprits; c'est à eux que l'on s’adr-:<e pour conjurer le mauvais sort. Is mangent la chair des alligators, raais ils ont horreur des quadrupèdes et poussent cette répugnance si loin, qu'il leur est très désagréable de voir un meuble à quatre pieds*.

Le massif des Anamalah. qui ressemble à tant d'égards au Nil ghiri, est également habité par de nombreuses populations sauvages ou peu eivi-

! Ausland, 1875, n° 22.

# Walhouse, Journal of the Anthnopological Institute, april 4875.

Fr vie

Dh ) 1. sp

Bt Aa ne em

<i: lisées. Des Kader, qui rappellent les Toda par diverses habitudes, se disent comme eux les € Seigneurs des monts» et se croiraient déshonorés s'ils eultivaient le sol, mais ils sont plus chasseurs que bergers ; les autres tribus leur reconnaissent une sorte de supériorité, toutefois sans leur «it obéir ni leur payer tribut. Les Kader sont petits et leur chevelure est légèrement crépue : d'après quelques anthropologistes, ils se rattacheraient par l'origine aux négritos de l'archipel Malais ou bien aux indigènes de l'Australie‘, Lors des mariages, les jeunes hommes se liment en pointe les quatre dents de devant, habitude que l'on retrouve en divers pays du monde, et notamment au centre de l'Afrique. Les Malsar et les Madawar de l'Anamalah forment les castes des ealtivateurs?, Quant aux Paliyar, ils sont bergers et marchands el trouvent dans les régions des montagnes un refuge contre les mauvais traitements que les eastes supérieures leur font subir dans la plaine. Les Paliyar ont un aspect sauvage : ils portent une énorme crinière qui leur tombe jusqu'aux hanches et qu'ils se donnent rarement la peine de ramasser en chignon *. Paliyar et Malsar sont également habiles à gravir les rochers et à grimper sur les arbres ; comme les « Indiens » du Nouveau-Mexique, ils esealadent des parois perpendiculaires au moyen de cordes à nœuds de 15 à 25 mètres de longueur : ils se servent pour cet usage de chaînes en rotin *. 1 Sur la côte de Malabar, la population dominante est la easte aristocratique, 1 Mel : jadis guerrière, des Naïr (Nayar) ou € Maîtres », divisée en onze classes, qui, 4 tout en se civilisant sous l’influence aryenne et en vivant en harmonie st # avec les brahmanes. à gardé plus jalousement que les autres nations Î dravidiennes quelques-unes de ses pratiques nationales, Nulle part, si É ce n’est chez les Garro de lAssam, les anciennes formes du matriarcat, + le murrou-moukatayoum, ne se sont mieux maintenues; jusqu'au milieu l du siècle dernier, l'État de Travancore était gouverné par des princesses ti | se succédant de mère en fille. Un premier mariage, cérémonie imposée jadis t à par les brahmanes, est bien conclu suivant les formes hindoues; l'époux remet à l'épouse le cordon symbolique du ta/i; mais cette union He n’est qu'officielle, et bientôt le mari est renvoyé, payé de son obligeance ra par quelque cadeau que lui fait la famille. La jeune femme, mariée pour la si forme, reprend sa complète liberté: il lui suffit de porter au cou son tal "+ pour être en règle avec la loi. Désormais elle peut à son gré choisir qui

1 Huxley; Emil Schlagintweit, Indien in Wort und Bild.

# Cleghorn, Forest and Gardens of Southern India.

LR 3 Douglas Hamilton, Reports on the Annamullay Mountains; — Graul, Reise nach Ostindien. Cleghorn, ouvrage cité.

TRIBUS DE L'ANAMALAN, NAÏR, NAN3OURL 545 = à

iludes, se lui convient, mais l'opinion publique ne lui pardonnerait pas de vivre avec “© LE Le éshonorés le mari; les unions vues avee le plus de faveur sont celles qui se font é les autres avec des brahmanes, anoblissant la race. Du reste, l'amant choisi n'a M. F sans leur aucun droit dans la maison; l'autorité ne cesse d’appartenir à la femme; JE re est lé- elle commande même à ses frères. Dans chaque famille, le pouvoir est i : à t- + icheraient représenté par la mère et par la fille ainée; les oncles maternels et les L'ART £ Él ë, igènes de frères exéeutent les volontés du gynéeée. Les pères, toujours considérés MEOLE D ++ à pointe les comme des étrangers, sont accueillis dans la famille, mais ils n'en font AE 4 + £s ; pays du pas virtuellement partie. Les enfants tiennent beaucoup plus à leur oncle É 1 £ adawar de maternel qu'à leur père, quand mème ils auraient été élevés par lui, ce Mas F Ÿ 151 r, ils sont qui n'est ordinairement pas le cas : l'oncle € donne à manger », lègue HAE + É. * un re- ses objets mobiliers, et les neveux lui doivent en échange toute leur affec- ÉHBRE S 3 leur font lion. Quant à la terre, elle est transmise par les femmes; la mère la lègue Î ä ii T2 à rtent une à la fille ainée, et tous les frères la eultivent pour l'ensemble de la com- +. À x. * donnent munauté'"; eeux qui n'ont pas de sœur, et per conséquent pas d'héritière | air i NP te . ES mnt égale- légale, doivent se faire adopter comme frères par la fille d'une famille ji H: 3 + omme Îles étrangère”. D'ailleurs les femmes naïr sont généralement belles, intelli- MEET à à rpendieu- ventes, fort instruites, et leur influence est grande sur l'ensemble de la 4 2 4ueur : ils société *, Le plus grand malheur qui puisse frapper une famille, c'est l'obli- EME > « sation de vendre le « matrimoine », à la suite de quelque désastre de for- “hi | + cratique, lune; mais le groupe familial lutte avec énergie contre le mauvais sort : on 1155 À. e F4 sses, qui, a rarement recours à pareille extrémité. Les Nambouri, ces brahmanes du Ë à fi + ae 1 s de ; 11 CR à harmonie Malabar qui favorisent les mœurs matriarcales des indigènes, sont abhorrés I à} £ nations par leurs confrères du nord et tenus pour des gens d’une caste indigne. 1 |: # D part, si Probablement d’origine non aryenne, ils diminuent peu à peu, l’ainé seul ie f 22 ; uriarcat, ayant le droit de se fonder une famille en mariage légitime; mais ils sont is. fi Lg De 2 LE u milieu restés puissants, et leurs règles, désignées ironiquement comme les ES 75 r'incesses « soixante-quatre abus », sont encore la loi pour les populations de la con- L'ARE 3 ; Fi “+: sée jadis trée. « Défends les vaches et les brahmanes! » telle était la seule recomman- BuDE HE ED : indoues ; dation que le maître d'armes faisait au jeune Naïr en lui remettant le glaive*. 1} TRI Ed +. le union Quels que soient leurs défauts, les Nambouri ont du moins une vertu, celle si HIDE ligeance de la véracité parfaite : ils ne répondent que lentement aux questions do “à A F' z 4 3 » pour la qu'on leur fait, craignant de ne pas dire la vérité dans toute sa précision”, 4 2 4 FE 4: son lali “HR $

* Burton, History of Sindh; — Bachofen, Antiquarische Briefe ; — Élie Reclus, Revue internationale des sciences biologiques.

# WW. Hunter, Imperial Gazetteer of India.

Disir qui

5 CE Markham, Trarels in Peru and India. me ne # W. W. Hunter, Orissa ; — Mateer, Land of Charity; — Cl. Narkbam, Travels in Peru and Je: lindien. India; — Graul, Reise nach Ostindien. : “+3 ® Fr. Day, The Land of the Permauls 1 e i L +

re Pre jé

er

RE EEE

97 LEE a ask

: — she A mue de sorae ar oem am à

La plupart des immigrants qui se sont établis en grand nombre sur là côte du Malabar, sont considérés par les Naïr comme trop au-dessous d'eux pour avoir le droit de les approcher. Ces fiers personnages, les € orgueilleux Naïr » dont parle Camoës, ne sont pourtant classés par les brahmanes que dans la easte des soudras avec les autres races du pays et sont tenus pour frères des agriculteurs Vellalar de la eûte de Coromandel : mais ils revendiquent si énergiquement leurs privilèges, que personne n'ose leur résister: des chasseurs les précèdent ertant < Gare! > et en écartant la foule: 11 est mème arrivé que des Anglais, passant sur la route dont les Naïr s'étaient réservé l'usage, ont donné lieu à de graves complications diplomatiques. Au temps de la domination portugaise, la question de pré-

fance entre Nair et Portugais fut débattue en combat singulier, et le sort des armes ‘écida en faveur des étrangers®. Les Tir ou Tayar. dont le nom signibie t Insulaires » et que l'on eroit être d'origine cinghalaise, sont condamnés à S'écarter d'au moins trente-six pas pour ne pas souiller les maitres de leur ombre ou de leur odeur lointaine. Néanmoins les Tir sont loin d'être une easte dégradée comme les Parta: ils sont plus blanes et plus gracieux de formes que les Naïr; actifs et intelligents. ils ont acquis, malgré les insolents dominateurs, une position soetale assez élevée et leurs enfants se pressent en foule dans les écoles du gouvernement*. Les Tir, de même que les menuisiers, les fondeurs, les forgeron, les joailliers et toute la foule des agriculteurs ou Polivar, les < Naïr des jongles ». ont gardé la pratique de la polvandrie : plusieurs frères ou gens de la même tribu n'ont ensemble qu'une épouse et l'héritage passe imdivis à tous les enfants de La communauté*, Dans le pays de Madoura, où de nombreuses tribus ont maintenu l'organisation polvandrique de la famille, les époux doivent être en nombre pair, 2,6, S où 10. Dans le Travancore, les enfants sont dis tribués par ordre de naissance entre les maris”.

Les Moplah, le groupe de population le plus énergique et le plus entreprenant du Malabar, sont aussi d'origine étrangère. du moins du côté paternel; ce sont des métis d'Arabes ayant pour la plapart pris femme parmi les Tir et les castes inférieures. On dit que dès le neuvième siècle l'équipage d'un bâtiment naufragé s'établit dans le pays de Cochin, et que ces premiers colons furent bientôt suivis par d'autres: quoi qu'il en soit, les commerçants arabes se comptaient par dizaines de milliers sur la côte du

? Thésenot, Foyages aux Indes orientales.

Nateer, Land of Charity.

5 Jean uncan, Malabar, Historical Remarks, Asiatie Researches. Nelson, Madura country.

re sur la -dessons les € orles brahs el son!

el: mais ‘ose leur artant Ja dont les hications de préet le sort

dont le ise, sont iller les Tir sont el plus is, malet leurs Les Tir, liers el nt sarde e tribu enfants bus ont nt étre ont dis

entre lu côté femme » siècle el que nt, les

côte du

NAIR, MOPFLAN. ETF]

Malabar, quand les Portugais débarquérent dans le pays. La coutume et

les prescriptions religieuses des brahmanes du sud interdisant aux Hindous

le commerce au delà des mers, les nouveaux venus furent très bien accueillis

comme intermédiaires des échanges, et leur colonie S'acerut de tous les con-

vertis qu'entrainait Famour des aventures. Actuellement les Moplah, auxquels il faut joindre les Labbaï de la côte orientale, sont au nombre d'au

moins S00 000. Forts, bien faits, élégants, ils constituent lune des belles races de l'Inde, et pour l'audace, la ténacité, l'industrie, ils n'ont point de supérieurs. Les Moplah font la prospérité commerciale des villes du Malabar. Ayant pleine conscience de leur valeur, ils ne sont point hommes à se laisser dominer par les Nair, avec lesquels ils entrent fréquemment en conflit. Ceux qui s'occupent d'agriculture n'acceptent pas toujours les conditions onéreuses que leur font les propriétaires du sol, et quand ils croient le temps venu de revendiquer leur droit, ils engagent la lutte en faisant d'avance le sacrifice de leur vie. Une fois la décision prise, le Moplah, que ses amis nomment déja martyr, célèbre une fête d'adieu, divoree avec ses femmes, et passe ses derniers jours en prière. Prêt pour la mort, il ne connait plus de lois: 11 pénètre dans les temples hindous, y brise les statues des dieux et se jette sur tout Nair qu'il rencontre; il ne fait jamais grâce et n'en demande point; on ne peut en devenir maitre, il faut l'égorger. Parfois, quand une communauté se trouve lésée par une injustice, tous les jeunes gens <e lient par un pacte de mort, et ce sont des bataillons entiers qu'il faut alors faire marcher contre eux. La police locale, mème les troupes indigènes, ne peuvent leur tenir tête; le gouvernement doit faire appel à des régiments européens. En outre, tous les habitants d’un distriet où Fon redoute des crimes agraires sont déclarés solidairement responsables". M les autres populations de l'Inde avaient une énergie comparable à celle de cs mahométans, jamais les Européens n'eussent réussi à devenir les maîtres de la contrée.

Les chrétiens, appelés parfois Nasareni Moplah ou « Mopiah nazaréens », constituent aussi un des éléments considérables de la population de l'Inde méridionale : dans cette région <e sont groupés environ les deux tiers de lous les chrétiens de lnde Cisgangétique. D'après la tradition, les € Juifs blancs » ou « Syriens » auraient débarqué sur la côte du Malabar dès le premier siècle de l'ère vulgaire en passant par le Yemen et l'ile de Socotora, et quelques années après ils auraient été suivis par les Juifs proprement dits, les Youdi Moplah, dont on voit encore les descendants métissés à

“Fr. Day, The Land of the Permwsuls.

vu

ARE

NAN ras

État Rat 2 RIRE

[LR + © À CEE 1, à!

QE ES | . 4 ss + ue L 32 = F1 : = :

: Ë { Fa AIRE E. à 4 à :

in 4 i # TE 4 n : & 5 +45 ki t Ft + > “4 ” TA à 5 *2:-h à 5 ë ILTE.S Lu st.

FÉES | Sr A.

NOÉ SS 3 QUELS OGME EE L Er:

mis ASE «€ LIT = : % é i Es 1!

4 LE à LHC EE 4 } +1 1 FL LA 2 tes 1 Frre É :

ès Lt e ,# d'a 0%" :

Ha Æ h :

: 4 ; He É- 1:

: HA s MUNEE 4° 311

' If

CTI

rréeationà À SU E-ye ee -

FES you me chers à

ras

Page 1