FAUNE DE CEYLAN, VEDDAN
naux ruinés, dont chacun était bordé de cultures et de bourgades, disparues aujourd'hui; sur 5000 étangs, plus de 1500 sont abandonnés, et dans le nombre il en est qui forment des marécages d'une superficie de 50 kilomètres carrés‘, Le réservoir de Kalowewa, le plus vaste de tous, existe encore en partie, et près de la digue il a 20 mètres de profondeur : pour le réparer en entier et en distribuer les eaux dans tout le district d'Anaradjapoura, il faudrait dépenser la somme de près d'un million’, Divers documents, du quatorzième et du quinzième siècle, parlent d'un million et demi de « villages » ou groupes de maisons qui se seraient alors trouvés dans l'île, construits, comme ceux de nos jours, sur les digues de retenue ou dans les bosquets situés immédiatement au-dessous. Ceylan devait être à celle époque aussi peuplée que le sont actuellement les plaines alluviales de l'Inde.
Quoique des massacres et des famines causées par la mauvaise administation aient réduit probablement des neuf dixièmes l'ancienne population cinghalaise, il subsiste quelques ‘débris de tribus aborigènes dont les mœurs rappellent les temps préhistoriques. Les Veddah, descendants probables des Yakko, qui peuplaient l'ile avant l’arrivée des conquérants célébrés dans l'épopée du Ramayana, ne se sont maintenus à l'état de peuplade distincte que dans la partie sud-orientale de Ceylan, principalement dans les forêts de Bintenne, de Badoula, de Nilgala, à la base orientale du massif montagneux. Les premiers voyageurs leur assignent un territoire beaucoup plus étendu; quelques groupes de Veddah auraient vécu jusque dans la région septentrionale, la plus rapprochée de la côte de Coromandel, d’où vient le flot des immigrants hindous. Encore ver: le milieu du siècle, leur nombre était évalué à huit mille; maintenant ils sont réduits à quelques centaines et l’on peut se demander même s’il en existe à l'état pur; les derniers recensements montrent que la moyenne des enfants est très faible dans leurs familles, quoique la pratique de l'infanticide n'ait pas été constatée. Les Veddah sont une de ces populations dont l'absorption semble prochaine et que les anthropologistes étudient avec d'autant plus d'intérêt qu’elles ne vivront bientôt plus. D'ailleurs il est probable qu'on exagérait autrefois la proportion des aborigènes; le mystère de leur vie les faisait apparaître plus nombreux qu'ils n'étaient en réalité; d'après le témoignage des voyageurs, ils ne se trouvaient jamais en contact direct avec les étrangers; mème pour leurs échanges, ils se rendaient de
1 Alb. Gray, The Backwoods of Ceylan, Fortnightly Review, 1880. 3 W. IL. Gregory, Revue de Géographie, 1880-1881, p. 68.
vu.
pda pm
EE us = deg ne + " é ®
nuit dans les villages et déposaient devant la porte des marchands les modèles des objets dont ils avaient besoin, en ayant soin de placer à côté du miel sauvage ou le produit de leur chasse; quelque temps après, ils revenaient à la même heure prendre les objets achetés. Telle serait l'origine de la légende antique, rapportée par le pèlerin chinois Fahian, d'après laquelle les commerçants de Ceylan trafiquaient avec les « serpents et les démons ».
Ceux des Veddah qu'ont observés des anthropologistes sont tous de très faible taille et pourraient même être classés parmi les nains'; leurs têtes sont aussi très petites : pour la capacité crânienne, ils sont au dernier rang. D'ailleurs ils sont assez souples et vigoureux, et quoiqu'on les ait décrits comine les plus laids des hommes, avec des mâchoires projetées en avant, des nez aplatis, de petits yeux, des oreilles saillantes et mobiles, leurs photographies authentiques ne ressemblent pas à ces portraits hideux : peutêtre un peu plus noirs que les Cinghalais, ils n'ont cependant pas la peau du nègre et leur chevelure est rarement‘ondulée. Quant à leur civilisation, elle est encore rudimentaire : ils n'ont pas même de poteries, et s'ils achètent des javelots et des flèches de fer, ils ne savent les appointir qu'à coups de pierre; ils ne se bâtissent point de cabanes et vivent sous les branchages et dans les grottes. Chasseurs nomades, ils se nourrissent presque uniquement de chair, et récemment encore ils ne se donnaient pas la peine de la cuire. Errant par groupes de quelques individus, parfois de quelques familles, ils n'ont aucune organisation politique, aucune religion précise; ils craignent vaguement les démons, qu’ils confondent avec les ancêtres; des danses et des cris comme ceux des chamanes sont leurs seules cérémonics ; ils se gardent bien de se laver, craignant que l’eau ne les prive de leur force. D’après quelques auteurs modernes, d'ailleurs contredits, ils ne possèderaient même pas les plus simples connaissances sans lesquelles l'existence humaine ne se comprend plus : ils ne sauraient ni compter, ni différencier les couleurs, ni indiquer la succession du temps. Ils pleuvent et crient, mais on ne les aurait jamais vus rire: à cet égard, ils seraient uniques parmi les peuples’. Cependant leur langwe ne diffère que faiblement de celle de leurs voisins cinghalai on en eux, non des sau-
t Taille moyenne des Veddah de Bintenne :
Mmes De drslime cons OT FOMMOB 7 8 4 de ee anne en re oe CU CREAS (R. Virchow, Ueber die Veddas von Ceylon.) 8 Bayley, Transactions of the Ethnological Society, 1863; — Hartshorne, Fortnightly Review,
hands los cer à côté après, ils t l'origine après laits et les
us de très eurs tôles rier rang.
it décrits en avant, >urs pho- IX : peuls la peau rilisation, , et s'ils intir qu'à les branl presque S la peine quelques
précise ; ancêtres ; les céréles prive edits, ils esquelles compler, Is pleuseraient e faibledes sau-
ly Review,
VEDDAI, RODIYA, CINGIHALAIS, 595
vages primitifs, mais les descendants déchus d’un peuple civilisé; malgré leur état misérable, on les considère comme appartenant à une caste supérieure : ce sont des « fils de roi ». La coutume qu'ils observent de se marier avec leur sœur cadette, aurait été précisément celle des souverains du pays avant l'arrivée des Hindous. D'ailleurs les Veddah se civilisent : de leurs deux tribus, une seule se tient complètement à l'écart des Cinghalais. Les membres de l'autre peuplade ne craignent plus de commercer directement avec leurs voisins, ils battent le briquet pour allumer le feu, se couvrent de vêtements d'étoffe au lieu de feuillage, achètent des parures pour leurs femmes; enfin des mariages entre Veddah et Tamil transforment peu à peu la race. La plupart des indigènes, baptisés par les missionnaires, n'ont pour cela rien changé à leur genre de vie. Les Rodiya, c'est-à-dire les « Fangeux », qui vivent au nombre de près d'un millier dans les vallées occidentales du massif einghalais, sont fréquemment confondus avec les Veddah, mais ils ne leur ressemblent que par l'état de sauvagerie dans lequel se trouvent encore plusieurs de leurs clans ; il leur était interdit naguère de passer une rivière en bac, de tirer de l'eau à la fontaine, d'entrer dans un village, d'apprendre un métier, de labourer le sol', Ils ne pouvaient avoir de communication avec la société que par l'intermédiaire du geôlier, et c’est à ce dernier des Cinghalais que les chefs rodiya devaient rendre hommage”. Et pourtant les Rodiya trouvent encore dans Ceylan des êtres humains à tenir en dégoût; ils se croient de beaucoup supérieurs aux Ambatteyo el ne permettent pas même à leurs chiens de manger la nourriture préparée par ces malheureux. Les Rodiya sont de haute taille pour la plupart et leurs traits sont plus réguliers que ceux des Veddah : c’est parmi eux que se rencontrent les femmes les plus belles de Ceylan. Les mœurs polyandriques prévalent chez ces indigènes méprisés, mais ils n’épousent point leurs sœurs. Ils se disent bouddhistes ; toutefois leur culte principal est celui de l'esprit méchant, qu'ils essayent de conjurer en lui offrant des fruits, des légumes et le sang d’un coq rouge. Seuls parmi les habitants de Ceylan ils parlent un dialecte original, qui ne se rattache ni aux idiomes dravidiens, ni aux langues aryennes, ni au vieux parler cinghalais®.
Le gros de la population insulaire, qui s’est groupé dans la région méridionale, ne paraît guère différer des Veddah au point de vue physique. La plupart des Cinghalais sont de petite taille; ils ont la tête allon-
4 Valentyn, Oud en Nieuw Oost-Indien.
? Emerson Tennent, Ceylon.
5 Ilartshorne, Journal officiel de la République française, 11 mars 1881.
Li 2
Re
PF
Me re
Le vd day ps
Es”