JUIVES DE COCHIN
Dessin de À, de Neuville, d’après une photographie de M, Grandidier.
poraires, et les Eurasiens n'étant pas assez nombreux pour former un élément ethnique d'importance réelle, l'accroissement de la population se fait presque entièrement par les Hindous de diverses races, Kohlariens, Aryens ou Dravidiens. Dans la Péninsule, le célibat n'écarte pas de la famille
comme chez les peuples de l'Occident plus du tiers de la population; tous se marient et presque toutes les femmes ont des enfants, en moins grand nombre toutefois que si les mariages étaient plus tardifs. La plupart des unions se font lorsque les époux ne sont pas encore formés, de la dixième à la douzième année; presque tous les jeunes gens qui suivent les cours des universités à Calcutta, Lahore, Madras, sont déjà pères de famille. Les cas de grande fécondité sont rares chez les Hindoues ; néanmoins, si la mortalité, par la petite vérole et autres maladies, ne sévissait sur les nourrissons, les habitants doubleraient dans une vingtaine d'années; mais l’extrème misère de deux cents millions d'Hindous et la mauvaise hygiène condamnent à la mort en bas âge plus de la moitié de chaque génération nouvelle, et l'accroissement, si considérable qu'il paraisse, reste proportionnellement inférieur à celui de plusieurs nations d'Europe et d'Amérique. L'émigration l'amoindrit aussi pour une certaine part. L'Inde envoie plus d'hommes à l'étranger qu’elle n’en reçoit par l'immigration : il est vrai que la grande majorité des colons qu'elle donne aux pays lointains ne sont libres que de nom : ce sont des coulis, « engagés ».
C'est à plus d’un demi-million que l’on évalue le nombre des Hindous expatriés. De 1842 à 1875, l'Inde anglaise a fourni aux colonies transocéaniques 587 650 coulis; dans la seule année 1858, Maurice et d'autres colonies avaient reçu #6 000 travailleurs hindous ; mais les maladies sévirent cruellement sur ces malheureux émigrants, privés de famille pour la plupart, sans amis et sans ressources sur la terre étrangère. Les Santal, les Oraon, les Kohl du Tehota-Nagpore, parmi lesquels on recruta d’abord la foule des coulis, périrent par dizaines de milliers : l’île Maurice reçut, pendant les trente années comprises entre 1842 et 1872, plus de 350 000 Hindous, dont il ne reste que les deux cinquièmes'. La majorité des émigrants viennent maintenant du Behar, des environs de Bénarès et de lu côte de Coromandel : mieux traités que les premiers « engagés », ils ne succombent pas en aussi grand nombre et beaucoup d’entre eux retournent dans leur patrie avec un petit pécule qui les met désormais à l’abri du besoin. Ceux qui réussissent le mieux ne sont pas les coulis qui vont travailler pour les planteurs dans les colonies européennes, ce sont les
4 Nombre des coulis hindous dans les colonies Européennes, moins les Antilles espagnoles et le Cap de Bonne-Espérance : 555 406.
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