ARCHIPEL DES ANDAMAN, MINCOPI
verses iles de la Malaisie!; cependant ils ne ressemblent nullement à des nègres, si ce m'est pour la couleur de la peau; ils ont le front large et bombé, le nez saillant où même aquilin, les lèvres sass forte saillie: d'après la plupart des voyageurs anglais qui les ont visités, ils n'ont pas les cheveux erépus, mais seulement divisés en petites touffes; d'ailleurs ilest difficile de S'en convaincre, car la plupart des \ndamènes ont l'habitude de se raser avec soin, en se servant de coquillages tranehants et de morceaux de verre; ils ne gardent qu'une sorte de erète, toujours coupée très ras, occupant le milieu du crâne entre le front et la nuque, Quoiqu'on ait parfois signalé les insulaires des Andaman comme offrant une identité parfaite de type, ils sont loin de présenter la même forme de crâne : landis que les uns sont dolichocéphales, d'autres sont elassés parmi les brachycéphales*; 1 faut dire toutefois que des erâniologistes ont commis plusieurs méprises, des têtes de criminels détenus dans le pénitencier dt Port-Blair ayant été expédiées en Europe comme celles de Mincopi*. Mais tous les auteurs s'accordent à ranger les Andamènes parmi les hommes à petite taille; aucun individu n'a été signalé comme ayant plus de 1,60; la moyenne de la stature varie de 1,49 à 1,92%; on trouve même des familles entières qui n'atleignent pas 1",40%, Si petits qu'ils soient, les Mincopi sont bien faits et de proportions très élégantes.
D'après Man et Temple, les dialectes des tribus, tellement différents les uns des autres que les insulaires du nord ne comprennent pas ceux du sud, se rapprocheraient des idiomes dravidiens par la syntaxe; Latham les rallache aux langues barmanes, D'ailleurs ces parlers indigènes sont d'une extrême pauvreté; ils ne possèdent même pas de mots peur exprimer les nombres et déjà se sont mèlés de nombreux termes anglais et hindoustani. Souvent les Andamènes, comme la plupart des sauvages, répondent à ceux qui les interrogent en répétant la question qui leur a été posée; en prenant ces répliques pour des réponses, les voyageurs se sont laissé entrainer à de fortes méprises el par suite ont injustement accusé de mensonge leurs interlocuteurs.
Les Andamènes, du moins les hommes, n'ont de vêtements que dans le
voisinage des établissements européens; en plusieurs villages, les colons
1 Pritchard, Natural History of Man; — De Quatrefages, Revue Œ Hathropologie, tome 1, 1872 — Topinard, Anthropologie,
# Fvtche, Transactions of the Ethnological Society, vol. Y.
5 Busk, même recueil, vol. IV.
* Francis Day, Proceedings of the Asiatie Society, june 1870.
5 Mouat; — Saint-John ; — Smith; — Dobson; — Lane Fox.
6 Tstler; — Verreaux, Bulletin de la Société d'An hropologie, 1866.
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leur donnent pour le temps du séjour un costume qu’ils endossent sans protester, mais qu'ils s'empressent de rendre au départ; ils plaignent fort
les Anglais qu'ils voient pénétrer dans la jongle, couverts de vêtements dans lesquels se glissent mille insectes. Mais, quoique nus, les Andamènes ont un grand soin de leur corps. Aux ornements du tatouage ils ajoutent la peinture; le soir, ils s'enduisent le cozps d’ocre rougetre qu'ils retirent de sources thermales; ils emploient aussi pour s’embellir une boue de couleur olivâtre qu'ils mêlent avee des substances grasses, telles que l'huile de tortue : c'est ainsi qu'ils se défendent contre les attaques des mousliques et autres insectes tourmenteurs; les emplâtres de fange servent aussi au traitement des maladies". De mème que certains sauvages de l’Australie, les Mincopi témoignent de leur deuil en se badigeonnant le visage de marques symboliques; ils peignent également la figure des morts en signe de respect. Quand les chairs du cadavre se sont corrompues, les ossements sont extraits de la fosse et gardés en souvenir du mort. D'ordinaire la veuve porte en sautoir le crâne du mari et s’en sert comme d’une boite pour y mettre ses objets les plus précieux.
Les cabanes des Andamènes méritent à peine ce nom : ce sont de simples ajoupas en feuilles de palmier: souvent aussi les indigènes se contentent pour abri de grands arbres ou des anfractuosités de rochers. Les ossements des animaux, les débris de poissons, les coquillages s'accumulent peu à peu autour des campements; quand l'odeur devient trop insupportable, on va chercher un autre site; quelques heures suffisent pour fonder un nouveau village. C'est généralement au bord de la mer que s’établissent les Mincopi; cependant îls parcourent aussi les régions de l’intérieur, et mème l'une des tribus, dans la grande île du sud, n'est pas autorisée par ses voisins plus puissants à descendre vers les côtes. Quoique nomades, les Andamènes tiennent beaucoup à leurs droits traditionnels sur les forêts et sur les plages, et tel massif de verdure, tel rocher est désigné comme le symbole de leur propriété. À côté de la plupart des campements, un grand arbre bien abrité du vent est choisi comme arbre du feu: la braise qui se consume lentement dans une ouverture du tronc et qui se recouvre de cendre leur sert pour l'entretien des feux et la cuisson des aliments’. Les Andamènes ignorent complètement l’art de cultiver le sol, mais comme chasseurs et pêcheurs ils sont d’une extrème habileté; leurs flèches frappent immanquablement l'oiseau ou le sanglier qu'ils ont visé; en ma-
43. Jagor, Berliner Zeitschrift für Ethnologie. 8 Mouat, Thé Andamun Isianders.
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nœuvrant leurs canots, ils dépassent les embarcations des meilleurs rameurs anglais. Sur des outriggers où bateaux à balancier, semblables à ceux de Ceylan, ils se hasardent jusqu'à plus de 100 kilomètres des rivages.
Les navigateurs d'autrefois ont fait aux Andamènes une réputation de cruauté que ceux-ci ne méritent pas. IIS ne sont point anthropophages, ainsi qu'on le disait jadis; mais il est facile de les offenser, et dans ce cas on doit craindre leur vengeance. Enfants obéissant à l'impulsion du moment. ils se livrent à des violences soudaines, mais un rien les calme; une bonne parole sépare deux combattants qui voulaient s'entre-tuer, et qui bientôt après se jettent en pleurant dans les bras l'un de l'autre. Il n'est pas d'hommes qui aient la fibre lacrymale plus active que les Andamènes. Lorsque deux tribus se rencontrent, les femmes commencent à pleurer de joie, et bientôt les hommes pleurent aussi; quelquefois les lumenlations continuent pendant des journées entières; les danses et les chants ne viennent qu'après les scènes de larmes'; mais que l’un des pleureurs éprouve une petile contrariété, et la dispute éclate. C’est même pour éviter les batailles que les tribus se subdivisent en groupes peu nombreux; il est rare qu’on rencontre dans un. même campement plus d'une trentaine d'individus. Strictement monogames, les Andamènes sont en général très bienveillants pour feurs femmes et témoignent à leurs enfants une tendresse sans bornes : dès que l'accouchement à eu lieu, — devant les familles assemblées, ainsi que le veut la coutume, — le nouveau-né passe de main en main, et c’est à qui le couvrira de caresses. On permet aux enfants de satisfaire tous leurs caprices; mais quand, devenus adultes, ils se préparent au mariage, on les soumet à diverses épreuves, notamment à la privation de la nourriture qu'ils préfèrent, afin de former leur caractère avant la fondation d’une nouvelle famille. Depuis que les indigènes sont entr£, en #laftons avec les Européens, ils paraissent avoir perdu de leurs qualités primitives sans avoir beaucoup appris. D'après le témoignage de D, leur nombre diminuerait rapidement; la mortalité est très grande sur ‘es enfants, et l'on en voit rarement lus de deux dans une famille; peu d'hommes dépassent l'âge de qua: #7 ans; les maladies dont souffrent les Européens sous le elimat humide des Andaman attaquent aussi les indigènes. Ensemble, les neuf tribus des Mincopi ne comprennent guère que 9000 individus. La trisu principale, celle qui possède presque toute l'ile du sud, est la peuplide des Bogingigidi; il ‘y trouve quelques métis des diverses races rerésentées au pénitencier de Port-Blair.
4 Francis Day, Proceedings of !’.e Asialic Sociely, june 150,
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