BASSINS DE L'IRRAOUADDI ET DE LA SALOUEN
MANIPOUR, PAYS DES CHAN ET DES KAKYEN, BARMANIE, PEGOU, MARTABAN
La région de l'Indo-Chine qui s'étend à l’est de la chaîne de partage formée par les montagnes des Khsnti. des Singp'o, des Louchaï et par l'Arrakan-yoma, semblerait à première vue être une dépendance naturelle de contrées annexées à l'Empire Chinois. Des degrés faciles à gravir montent des campagnes de la Barmanie aux plateaux du Yunnan et les étroites vallées de la Salouen et de l'Irraouaddi donnent aceès dans les provinces
1 Rocpstorff, Geographical Magazine, febr. 1, 1875. ? Birch, Calcutta Review, july 1878; — Rink; — Von Scherzer, Novara.
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orientales du Tibet; le versant du sol rattache à la Chine les plaines barmanes; mais, d'autre part, le littoral les rapproché de la péninsule hindoue, et de ce côlé surtout se propagea la civilisation dès les premiers temps di la navigation maritime. Tandis que la population, prise en masse, ressemble par les traits physiques aux habitants des contrées de l'Empire Chinois limitrophes de la Barmanie et 1 sans doute, pour la plus forte part, de la même origine, c'est par à ports de mer que se répandirent les religions et les idées. Maintenant plus que jamais c'est par le Hittoral
que se fait sentir l'impulsion du dehors. Maîtres de la mer, les Anglais se
sont emparés de toute la zone maritime, dont ils ont fait une provinee indienne, traversée de routes, Mais au nord rien n'est changé; des populations sauvages occupent les pays montueux et ferment souvent les chemins de commerce. De plus en plus la Barmanie se trouve entrainée dans le cercle d’ mers, et de grands changements politiques devront s'accomplir avant que
attraction dont le centre se trouve en Europe, par delà les
des communications faciles, rétablissant l'équilibre géographique, rattachent les régions du bas Irraouaddi aux vallées hautes de son bassin. De nos jours une grande partie de la contrée est presque sans habitants : comparalivement au Bengale, la Barmanie, q' ‘urtant a les mêmes avantages de sol et de climat, est un pays désert! ‘oup plus considérable que la France en étendue, elle a cinq fois moins d'habitants; mais le peuplement se fait avec une singulière rapidité : de 1872 à 1881, le nombre des habitants de la Barmanie anglaise s'est accru de 54 pour cent. L'Irraouaddi, qui reçoit dans son bassin les eaux de toute la Barmanie occidentale, est déjà un puissant cours d'eau lorsqu'il pénètre sur le terri- Loire de l'Indo-Chine. Il est vrai qu'en 1826 les explorateurs Wileox ct Burllon, parcourant les montagnes du Brahmakound, atteignirent les bords d'un faible courant qu'on leur dit être le haut Irraouaddi, ct dont le nom local, Myit gyi ou « Grande Rivière », leur parut convenir au fleuve principal de la Barmanie. Quoique gonflée par les eaux de neige fondue qui descendaient des monts Namyer, situés à une petite distance au nord, la & Grande Rivière » n'avait pas même 75 mètres de large et les
! Superficie et population des contrées de l’Irraouaddi, du Sitting et de la Salouen : Superticie en kil. carrés, Population Popul. kilomét.
Manipour, en 1876. . . . , 19 675 426 000 hab. 6,#hab, Barmanie et pays des Chan, 457000 4000 000 » 9.0 » Pegou, sans le Tenasserim du sud, en 1881. . . . .. 158 280 5250000 » 20.0 »
Ensemble, . . . 654955 7516 000 hab. 11.6 hab,
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des sources de l'Irraouaddi; toutefois il entendit parler d'une € forte bran-
che orientale » du fleuve, que la
fatigue et les difficultés du voyage vb peace bons 1 l'empêchèrent d'aller visiter, Récenment, le planteur Lepper a recueilli chez les indigènes Singp'o des renseignements qui confirment l'existence de cette ri- \ière orientale”, Quel peut être ve cours d’eau, si ce n'est Île véritable Irraouaddi, dont le large courant a été côloyé par
des voyageurs européens à 150 kilomètres plus au sud?
Un explorateur barman, connu sous le pseudonyme d'Alaga, fut envoyé en 1880 en amont de Bhamo pour suivre les bords de l'Irraouaddi jusqu'au confluent des deux branches, Il remonta la vallée au delà des frontières de l'État barman proprement dit, et vers le degré 25° 43’ il atteignit la jonction de deux cours d’eau, dont l’un, celui de l'ouest, avait alors 900 pas de large, tandis que le bras orienal, qu'ils traversèrent en bac, offrait seulement le cinquième de cette largeur et ne roulait que des eaux peu profondes”. Mais est-ce la € grande rivière orien-
lale » de Wilcox et de Lepper”?
Un autre affluent considérable ne rejoint-il pas l'Irraouaddi plus au
nord? On ne peut se prononcer encore el l'on n’a pas de mesures précises RL. ‘ Asiatic Researches, XNIT.
+ Robert Gordon, Notes manuscriles.
3 Proceedings of the Geographical Society of London, may 1882.
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qui permellent de calculer en cet endroit le débit du fleuve barman, Un voyageur européen, Strettel, qui remonta l'Irraouaddi en 1874 jusque dans le voisinage de ce confluent, ne décrit pas non plus le cours fluvial avec assez de détails pour qu'il soit possible d'en donner approximativement le module. C'est à une centaine de kilomètres plus bas, au confluent du Moyoung, sous le 29° degré de latitude, que les observations faites par Hannay et Griffith sur la largeur du lit, la profondeur des eaux, la vitesse du courant, l'écart annuel entre les maigres et les crues, ont permis d'évaluer le débit du fleuve en temps de crue à l'énorme quantité de 25 000 à 28 000 mètres cubes par seconde". Plus bas, à Bhamo, le flot de grande crue s'élève à près de 54000 mètres cubes, En comparant la portée de
l'Irraouaddi supérieur à celle du fleuve à la tête du della, on constate qu'à
l'endroit le plus haut où son courant ait été mesuré, il a déjà les deux tiers de son débit moxen et la moitié de son débit de crue : une portée de 9000 mètres eubes par seconde, c'est-à-dire un courant égal à celui de la wiple embouchure du Danube. Telle est, en amont de Bhamo, dans la Barmanie seplevirionale, la masse liquide de ce fleuve que l’on dessine sur la plupart des cartes comme prenant sa source dans les montagnes qui limilent au sud le bassin du Brahmakound'!
Ce fait remarquable, d'un étroit bassin alimentant un si large fleuve ne pourrait s'expliquer que par une précipitation d'humidité hors de proportion avec loutes celles que l'on a observées dans les autres parties de la Terre : même une tranche d'eau annuelle de 20 mètres, bien supérieure à celle qui tombe sur les pentes méridiqnales des montagnes des Garo et des Khasia, ne suffirait pas à expliquer le débit de l'Irraouaddi supérieur, en supposant même que cette eau descendue des nuages s'écoulàt en entier dans le fleuve. Or tout ce que l'on sait du régime hyétométrique de ces réions permet d'affirmer que jes pluies du haut bassin de l'Irraouaddi n'égalent point en abondance celles des contrées que parcourent le Brahmapoutra et ses affluents. Le grand courant pluvieux est celui de la mousson du sudouest, qui vient s'engouffrer entre les montagnes de l'Inde et celles de l'ndo- Chine, au nord du golfe du Bengale. En se heurtant contre les collines de Tipperah et les monts de l'Assam, la partie inférieure du courant aérien laisse tomber ses averses, et plus loin les nuages supérieurs rencontrent les monts élevés qui limitent au nord les bassins du Brahmakound et du Dihong : c’est sur ce versant que les pluies et les neiges doivent s'abattre avec le plus de violence. Or le bassin du haut Irraouaddi barman se
‘ Robert Gordon, Report on the Irrawaddy River.
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DÉFILÉS DE L'IRRAOUADDI. 105
trouve précisément sur le versant opposé : quand les nuages passent audessus, ils sont déjà privés de la plus forte part de leur humidité. C'est ainsi que, plus au sud, les chutes de pluie, qui dépassent 6 mètres sur les côtes de Djittagong et d’Akyab, n’atteignent pas même le tiers de cette quantité sur la pente orientale, dans le delta de l'Irraouaddi'. Si le fleuve n'est pas alimenté par des pluies excessives, son bassin doit être beaucoup plus considérable que ne l’admettent la plupart des géographes anglais. Ou bien l'Irraouaddi est la continuation du Tsangbo, ainsi que l'affirment, d’après les géographes chinois, d’Anville, Klaproth, Fergusson, Gordon, ou bien il a pour affluent supérieur un autre grand cours d'eau descendu des plateaux du Tibet oriental.
En aval du confluent du Mogoung, l'Irraouaddi s'engage dans le défilé ou « kyoukdwen », dont les falaises sont en certains endroits à moins de 50 mètres l’une de l’autre, mais où l’eau est tellement profonde, qu'on ne trouve pas le lit à 75 mètres : dans ce passage étroit, où la masse de l’Irraouaddi est comprimée, le courant descend de 20 à 25 kilomètres à l'heure. Une autre cluse de rochers, où l’eau à 60 mètres de profondeur ?, enserre les eaux en aval du confluent du Tapeng et de la ville de Bhamo; des singes gambadent sur les arbres de la rive et sur les saillies de la falaise qui domine abruptement le bord occidental. Jusqu'en cette partie du courant, les dauphins remontent le fleuve, et jouent autour des barques; mais ils deviennent de plus en plus rares, quoique les Barmans ne les pourchassent jamais*. Près de Mandalé, des promontoires boisés forment un troisième défilé, et la rivière, dont le flot descend en moyenne du nord au sud, oblique vers l’ouest par une succession de méandres. Après s'être unie aux eaux de son grand affluent, le Kyendwen, elle suit la base des contreforts de lArrakan-yoma, et contournant, en face de Prome, une roche abrupte qui la domine de 100 mètres, elle entre dans les plaines que les boues de son courant ont graduellement comblées. Si l'on en juge par l'aspect du sol et le relief de la contrée, Ja couche d'alluvions fluviales commence mème en amont de Prome : un bras du fleuve, dans le lit duquel est tracé maintenant le che-
! Pluies annuelles sur le versant de l'Arrakan-voma :
Versant occidental. Versant oriental, Akyab (53 années). . , . . , . . 0,01 p Thayet mÿo (8 années). . . . . . . 1,50 Kyouk hpyou (8 années) . . . . . # ,d1 | Prome D nu arme alee Al 00 Sandoway (8 années) , . , . . . d ,0d Henzada » A Et 4 ,96
Manipour (4 années) . . . . . . . . 1 ,25
? Anderson, From Mandalay to Momien.
% Adolf Bastian, Die Vülker drs Oestlichen Asien.
vuE, 9ù
min de fer de Prome à Rangoun, s'unissait probablement à la rivière Myite ma-kha-tchoung (Hlaïng, où rivière de Rangoun), qui serpente à la base du Pegou-yoma, faite de partage entre les bassins de l'Irraouaddi et du
N°9 167 — DELTA DH L'IRRAOTADDY.
oe/0 3 20 de 20 au 22/9
109 hil.
Sitlang : les hauteurs qui s'élèvent au milieu de la plaine en amont de la tète actuelle du delta furent jadis des aassifs insulaires.
De nos jours, la fourche du della proprement dit, non compris les bayous temporaires qui se déversent à l'est pendant les pluies, se trouve à 220 kilomètres de la mer en droite ligne à 500 kilomètres, avec les détours du
à rivière Muitnte à la base ouaddi et du
mont de la
les bayous 1 220 kiloétours du