‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 355 sur 471 · N° 168. == CHANGEMENT DU COURS FLUVIAL A LA FOURCHE DU DELTA · texte numérisé non relu

N° 168. == CHANGEMENT DU COURS FLUVIAL A LA FOURCHE DU DELTA

[rt] 4 HE HS Het ES Cours du fleuve en 1856-1358. Cours du fleuve en 1877 Digue projetée Digue construite 1: 200 000 1 ————— ————————— | 0 ä kil.

l'estuaire de Basseïn, qui limite à l’est la péninsule du cap Negrais. Ce bras emporte en temps de crue environ la dixième partie des eaux du fleuve. L'Ivraouaddi contient les neuf dixièmes de l’eau, mais il se divise bientôt en rameaux secondaires et toute la région du delta se trouve ainsi partagée en de nombreuses îles, qui changent de contours à chaque inonda-

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tion du fleuve, là du moins où des levées n’ont pas fixé les rivages. Suivant les alternatives des erues et des maigres, des apports et des érosions, le lacis des coulées se modifie et les bouches s'ouvrent, se ferment, se déplacent. Actuellement il en existe neuf principales, de l'estuaire de Bassein à celui de Rangoun. Mème au delà de cette entrée, les terres alluviales, traversées de bayous dans tous les sens, vont rejoindre, au nord du volfe de Martaban, le delta du Sittang et celui de la Salouen. Sans comprendre ces plaines, la courbe extérieure du delta de l'frraouaddi se développe sur une longueur d'environ 500 kilomètres. La superficie de l'espace triangulaire arrosé par les bras du fleuve est évaluée par Gordon à 46 000 kilomètres carrés. Quoique très fertiles, ces campagnes ne peuvent se comparer en fécondité naturelle à celles du Gange; le sol y consiste principalement en argiles anciennes, beaucoup plus difficiles à travailler que les terres meubles du Bengale‘.

L'écart du débit est très considérable dans les bras de l’Irraouaddi suivant la marche de la mousson : au mois d'août, lorsque les pluies se sont déversées dans le bassin, la moyenne du débit est 17 fois plus forte qu'au mois de février, période des grandes sécheresses. À cette époque de l’année, la portée du fleuve descend à 2000 mètres cubes par seconde: le 5 mars 1877, elle n’était même que de 1300 mètres ; l'Irraouaddi était moindre que le Rhône et le Rhin. Mais aussi la masse liquide, mesurée pendant les crues, est supérieure à celle du Congo : elle dépassait 56000 mètres cubes, le 20 août 1877; à Prome, la différence de niveau entre les hautes et les basses eaux est de plus de 10 mètres. Le module moyen, calculé d’après les mesures régulières qui sont prises depuis 1872 à Saïkhta, près de, la fourche des branches, est de 15 600 mètres eubes, environ le même que celui du Gange. Il n'est guère de fleuves qui aient été étudiés avec plus de soin que l’Irraouaddi vers son embouchure et dont le régime hydraulique ait élé mieux décrit? D'ailleurs 11 était indispensable que les Anglais, devenus maîtres de la Barmanie méridionale, s'oceupassent de protéger les rives du fleuve contre les crues soudaines et d’assécher les marécages, qui s'élalent en maintes régions de la plaine, au grand détriment de la santé publique. Une digue d'une centaine de kilomètres borde la rive droite de l'Irraouaddi en amont du delta pour détourner les torrents qui descendent de l’Arrakan-yoma et pour en former une rivière au cours régulier descendant parallèlement au fleuve vers la branche du Nawoun. La tête de la

3 Theobald, Geological Magazine, NU.

* Robert Gordon, Report on the lrrawaddy River, # vol. avec atlas.

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transformé en lac, et tout le delta fut parsemé d’autres bassins lacustres de moindre étendue.

Les troubles que les bouches de l'Irraouaddi apportent dans la mer augmentent d'année en année la superficie du delta. Les promontoires terminaux de l'Arrakan-yoma et du Pegou-yoma, piliers extérieurs de l'ancien volfe, sont depuis longtemps dépassés par la courbe des terres alluviales, Au sud du delta émergé, un della sous-marin s'étend jusqu'à une grande distance en mer; encore à 100 kilomètres du rivage, la sonde touche le fond à 75 mètres de profondeur, tandis qu'au delà des banes les abimes marins ont plus de 2000 mètres. D'ailleurs le dépôt des alluvions est facilité par l'absence de courants d'érosion sur le liltoral du delta. À certains égards, le golfe de Barmanie peut être considéré comme une méditerranée : à l’ouest et au sud, il est fermé par la chaîne des Andaman, celle des Nicobar et Sumatra, et la rangée immergée des îles se continue en maints endroits par des bancs cachés, limites naturelles du golfe du Bengale : par ces banes, la côte d'Arrakan se continue jusqu'au sud de l'ile Preparis, et c'est à l'abri de ce môle que se déposent les alluvions de l'Irraouaddi. Des barres de vase et de sable obstruent toutes les bouches du fleuve et les grands navires ne peuvent y pénétrer qu'avec l’aide de la marée, qui s'élève de 6 mètres dans ces parages et qui remonte dans le bras principal jusqu'à Henzada, à 200 kilomètres de la mer.

Le Pegou-yoma, qui limite à l’est le cours inférieur et le delta de l'Irraouaddi, n’est qu'une faible saillie de montagnes, appartenant probablement aux âges tertiaires, et s'élevant en moyenne de 600 à 900 mètres; çà et là quelques cimes atteignent une hauteur plus considérable, mais nulle

part la traversée des montagnes n'oppose d'obstacles sérieux. Vers son

extrémité méridionale, la chaine s'étoile en rameaux secondaires, et chaque vallée envoie sa rivière à l'estuaire de Rangoun; la rivière de Pegou, qui nait sur le versant oriental des montagnes, en contourne toutes les ramie fications méridionales pour aller s'unir aussi par les eaux de Rangoun avec le Hlaïng et les autres coulées de l'Irraouaddi. Le Sittang (Sittoung, Tsiloung) où Paloun, qui descend du nord au sud dans le long bassin quadrangulaire formé par le Pegou-yoma et les montagnes de Poungloung à l'est, ne communique avec le delta du grand fleuve barman que par des terres basses et des rivières indécises; au point de vue géologique, on peut dire qu'il est le véritable prolongement de l'Irraouaddi supérieur, ear il se trouve précisément dans l’axe méridien de ce fleuve entre Bhamo et Mandalé. Au sud des capitales de la Barmanie royale, la vallée du haut Irraouaddi se continue par celle que parcourt son affluent le Panboung, et

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IRRAOUADDI, SITTANG. 76

c'est dans la même direction, au delà d'un seuil de faible élévation, que naissent les premières eaux du Nillang, qui va se jeter à l'angle du golfe de Martaban, après un cours de 560 kilomètres : la superficie de son bassin est évaluée à 56500 kilomètres carrés. L'eau de marée qui s'engouffre dans l'entonnoir de l'estuaire et qui remonte le fleuve en loute saison à plus de 100 kilomètres de distance, forme un mascaret redouté des marins; les vagues elapoteuses, chargées de sable, qui suivent les premiers rouleaux de la barre, ne sont guère moins dangereuses et souvent ont fait sombrer des embarcations. Pendant la mousson pluvieuse, les coulées qui s'épanchent à l'est du Sittang et qui se ramifient en un lacis de marigots le long du littoral, permettent de naviguer à l'abri des vents et des courants, jusqu'à Maulmeïn, à l'embouchure de la Salouen : grâce à tous ces canaux, d’une longueur développée de 600 kilomètres, des bateaux pourraient longer à distance de la mer toute la côte septentrionale du golfe de Martaban, de Basseïn à Maulmeïn. Pendant la période des grandes pluies, qui dépassent parfois 6 mètres, la région du littoral est complètement inondée, la plaine se change en lac. C'est alors que les tigres sont le plus dangereux : ils se réfugient sur les mêmes renflements du sol que les paysans",

Les montagnes qui séparent le haut Irraouaddi et la Salouen n'ont été lraversées que sur un pelit nombre de points. Au nord de la Barmanie, la vallée transversale du Tapeng qui descend des plateaux du Yunnan à permis à divers voyageurs, Cooper, Margary, Gill, Szechenyi, Colqhoum, de franchir la chaine de partage, el tous les voyageurs s'accordent à dire que les saillies du sol sont disposées dans celte région en longues arètes parallèles se dirigeant du nord au sud, séparées les unes des autres par des vallées étroites. Un des pies de la contrée s'élève à 5190 mètres et le seuil le plus haut de la route est à 2963 mètres. Au sud de ce passage, monlagnes, collines et plateaux sont connus sous le nom: général de Chanvoma ou « Hauteurs des Chan »; dans l’ensemble, toute la région forme comme une terrasse ayant plus de 1000 mètres de haut et découpée par de nombreuses rivières qui se déversent, les unes dans l'Irraouaddi, les autres dans la Salouen. Au sud-est de Mandalé, le pie presque isolé de Natüik se dresse en dehors du Chan-yoma; pendant des journées entières, les voyageurs qui parcourent les campagnes arrosées par le Panboung en voient la paroi, presque verticale en apparence, contrastant avec la mer de verdure des forêts et des savanes. Dans quelques-unes de ces plaines l'herbe est si haute, que mème après la saison des pluies, quand elle se

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