SIAMOIS
tion faite par les bouddhistes de placer des vases d'eau fraiche le long de la route pour les passants altérés n’est nulle part mieux observée. Les crimes contre les personnes sont extrèémement rares, et les disputes sont bien moins fréquentes que dans les cités de l'Occident; à cet égard, la vraie civilisation se trouve plutôt dans la vieille Asie que dans la jeune Europe : la politesse, qui provient de la bienveillance mutuelle, est générale ; malheureusement des formules obséquieuses, imposées par le régime du pouvoir absolu, se mêlent à la courtoisie naturelle entre égaux; les mœurs sont gâtées par le mensonge, seule arme des faibles contre le caprice des supérieurs. Naturellement portés à l'obéissance, pénétrés de cet esprit de filialité qui est devenu le fond de la morale chinoise, les Niamois ne se sentent pas solidaires de ceux que l’on opprime : ils se courbent devant l'iniquité comme devant la volonté du sort. D'ailleurs une grande partie de leur existence se passe en fêtes; il est peu de contrées où le cours des travaux ordinaires soit interrompu par de plus nombreuses réjouissances publiques. Seuls peut-être parmi les peuples, les Siamois ont une fête spéciale pour les soins de la propreté : ce jour-là, les enfants lavent leurs parents, les disciples leurs maîtres, et l'on jette des seaux d'eau sur les passants". Comme daus la Barmanie, des brahmanes sont chargés de rédiger le calendrier et de fixer la date des quinze grandes fêtes annuelles. C'est le seul reste du pouvoir attribué jadis aux eivilisateurs de la contrée.
Siam est le pays de l'Indo-Chine où le bouddhisme est le moins mélangé d’autres éléments religieux; il n’a pas dégénéré en chamanisme, comme dans les vallées de l'Himalaya, sur les plateaux du Tibet et surtout dans les steppes des Mongols et les forèts des Bouriates: il s’est également tenu à l'écart de l'idolätrie hindoue, du moins à l'époque moderne, car dans les sculptures de plusieurs temples du Laos on remarque, comme dans les idifices religieux du Cambodge, un mélange confus de motifs bouddhiques et brahmaniques?. Dans ces derniers temps, le roi de Siam a même pris au sérieux son rôle de « défenseur de la Foi » et des correspondances suivies s’échangent entre la cour de Bangkok, les av'res gouvernements asialiques et les historiens de la & Grande Doctrine » qui poursuivent leurs recherches jusque dans les bibliothèques d'Europe. Chaque fils de famille doit passer par l’état monastique; de vingt à vingt et un ans, les jeunes gens se rendent dans un couvent, y déposent leur vêtement de ville et renoncent, pour le temps de la claustration, à leur rang et à leurs dignités. Les rois
* Adoif Bastian, Peisen in Siam im Jahre 1865. ? Adolf Bastian, Geographische und Ethnologische Bilder.
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