‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 389 sur 471 · GOUVERNEMENT DE SIAM · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE SIAM

charpentiers sont enrôlés d'office, de même que les immigrants du Pegou, Ce qu'il faut au roi, ce sont des travailleurs pour bâtir ses palais et ses pagodes, plutôt que des combattants pour aller porter la guerre à l'étranger; aussi les soldats sont-ils recrutés parmi les ouvriers habiles. Les artisans adroits courent le plus de risques d'être appelés dans les rangs où à la tête des compagnies comme instructeurs; d'ailleurs les congés sont accordés chaque seconde quinzaine ou chaque deuxième mois. Naguère la garde royale se composait des « Invulnérables », soldats que des amulettes et des métaux introduits sous l'épiderme devaient mettre à l'épreuve des couleaux et des sabres; si l’un d'entre eux était condamné à mort, ordre était donné aux talapoins de détruire par leurs conjurations l'effet du charme préservaleur!. Un bataillon de femmes fait le service des appartements intérieurs et parade dans !es grandes cérémonies. Une armée sérieuse, composée de troupes d'infanterie et d'artillerie, s'organise sous la direction d'officiers européens, et toute une flotte de bateaux à vapeur armés défend maintenant l'entrée du fleuve et les abords des rivages. La plupart des étrangers que le gouvernement siamois emploie à la direction de ses armées et de sa flotte sont Anglais : l'influence britannique à succédé à celle de la Chine. Ce sont des Anglais qui ont introduit le régime des monopoles dans le Muang-Thaï en le modelant sur ceux de l'Inde, eux qui font remanier, à leur profit, le régime des douanes. Ils font remplacer peu à peu les corvées par l'impôt, el c'est grâce à eux surtout que l'institution de la servitude a été officiellement abolie. Enfin ils réussissent mème à modifier les cérémonies, et le serrement de main a succédé au prosternement. Le journal officiel, the Bangkok Recorder, est publié en deux langues, le siamois et l'anglais, et de jeunes princes sont envoyés en Angleterre pour leur éducation.

En dehors du pays de Siam proprement dit, qui se divise en quarante el une provinces, divers royanmes tributaires, sans compter les territoires occupés par des tribus sauvages, ont chacun sôn gouvernement spécial, modelé sur celui de Bangkok. Dans la région du nord, les États tribulaires de Xieng-maï, Labong, Lakhon, P’ré, Nan, Muang-Lom, se partagent les hautes vallées de la Menam; le Mekong parcourt le grand État de Luang-Prabang, et dans la péninsule de Malacca, les royaumes de Ligor, Songkhla, Patani, Kalantan, Tringanou se succèdent du nord au sud. Le royaume de Kedah borde la mer occidentale au nord de la province anglaise de Wellesley.

1 Nouveau Journal Asiatique, W. XLIV.

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La cité de Xieng maï (Zimmé en barman), chef-lieu de l'État de ee nom, auquel des évaluations sommaires donnent une population de 300 000 habilants, n'appartient aux Siamois que depuis la dernière moitié du dix-huiième siècle, Quoique dans le pays des Laotiens, qui sont tenus pour des barbares par leurs voisins du sud, Xieng-maï ou « Ville Neuve » est une cité percée de larges rues, riche en marchandises que lui apportent des Chinois et des négociants de Bangkok; chaque maison a son jardin d'aréquers et autres arbres; malgré la double enceinte, certains quartiers ressemblent à un pare, Située dans une vaste et riante plaine que baigne la Meping, rivière supérieure de la Menam, la ville est dominée à l'ouest par une montagne élevée, portant, comme tant d'autres, l'empreinte du pied de Bouddha, que des pèlerins viennent baiser en foule. Bien que bâtie près d'une rivière qui va se jeter dans le golfe de Siam, Nieng-mai est en communication plus facile et plus rapide avec li mer par le golfe de Marlaban; Maulmein, de moitié plus rapproché que Bangkok, est son port nalurel, et la route traverse des forêts de tek qui sont partiellement exploilées pour le compte de négociants anglais et chinois. Xieng-maï est une des vilies dont il est le plus question dans les rapports ofliciels relatifs aux routes futures de l'Inde et de la Chine; la voie directe de Rangoun et de Moulmeïn à Yunnan fou par Semao, l'Esmok des anciennes cartes, passe eu eflet dans le voisinage de Xieng-maï, et depuis un temps 1mmémorial les Chinois pratiquent ce chemin pour apporter des soieries et des métaux ouvrés en échange de riz, de coton, d'ivoire, de laque, de cire et d'encens; le voyage dure loujours plus d'un mois pour une distance de 600 kilomètres à Wavers les forêts el les monts', Labong, située à 50 kilomètres au sudest dans la même vallée que Xieng-maï, est aussi une capitale d'État, quoique de bien moindre importance, Un autre chef-lieu de royaume, Lakhon. se trouve dans une vallée latérale, celle de la Me wang : cette rivière s'unit à la Menam, en amont de Rañheïn, marché dont les chantiers lancent chaque antée dans le fleuve ua grand nombre de barques en bois de tek*.

A lorient de Lakhon, les capitales des royaumes de P’ré et de Nan, Muang Pré et Muang Nan, sont l'une et l'autre situées sur des affluents de la Menam, en de riches vallées d'où l’on expédie du bois de tek pendant la saison du fottage. Les deux rivières de P'ré et de Nan s'unissent dans les limites du royaume, au-dessus de Pitsanoulok ou Pitsilouk (Pitsalok), qui fut jadis le chef-lieu de tout le Muang-Thaï, mais qui est maintenant bien déchue.

1 Pallegoix, Description du royaume Thaï où Siam. # Adolf Bastian, ouvrage cité,

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NIENG-MA, AYUTILIA, A5!

Nakhon Savan ou la « Cité du Ciel », dont les rues bordent les deux rives de la Menam en aval de la jonetion, a pris une importance plus eonsidérable, La ville actuelle a succédé à une autre Nakhon Savan, dont on voit

les murailles ruinées dans les jongles de l'intérieur, Entre Raheïn et Nakhon

Navan, d'autres débris, non encore visités par des voyageurs européens,

appartiennent à la € Cité des murs de diamant », qui eut autrefois comme

capitale du Muang-Thaï un rôle historique considérable, La ville moderne

de Kampengpet, bâtie au bord du fleuve, sur NUM, = ANUTUIA AU SIÈCLE DENNIEN.

vo ‘he. ro 7. l Cine pute > —— lo rive gauche, n mplace 9750 TS l'ancienne cité, CBS

Les résidences royales du pays de Siam n'ont uuère moins souvent

changé que celles de la

Barmanie. La ville que

les Européens counais-

saient tout spécialement

sous le nom de Siam,

comme le royaume, à

sd , “ LA cessé à son tour d'être

le siège du gouverne-

ment; elle est restée

populeuse. Siam ou Ayuthia (Ni Ayo-Thaya), dé-

signée maintenant sous

le nom de Kroung-kao, 10010 fut capitale pendant D'après Kämpler, C. l'erron, x em Quartiers des étrangers.

plus de quatre siècles, Port., Portugais; Jap. Japonais: Peg.. l'egouans; Mal., Malibars, L 424 “ = 7 1: 492 000 de 1550 à 1767, époque Rem ROME (] aù kil,

à laquelle une armée

barmane. la prit d'assaut et la ravagea : elle comprenait alors parmi ses habitants 5000 chrétiens, qui furent emmenés en captivité. Chaque colonie d'étrangers, Chinois, Annamiles, Malais, Pégouans, € Malabars », Japonais et Portugais, y avait son quartier distinct, autour de l’île ovale qui

renfermait la ville siamoise proprement dite. De vastes espaces sont couverts de décombres et de broussailles, au-dessus desquelles apparaissent çà et là les murailles et les dômes de pagodes d’une architecture ressemblant à celle des temples hindous. Au nord de la cité, l’un des plus an-

een

852 NOUVELLE GÉOGRAPITE ÆNIVERSELLE,

ciens édifices de la contrée, la Montagne d'Or, dresse encore sa pyramide à 120 mètres au-dessus de la plaine; d'autres monuments, moins élevés, ne sont pas moins beaux : les fleurs qui S'enroulent en collerettes autour des statues, les nappes de feuillage qui descendent en cascades sur les sculptures, les Tianes qui tendent leur réseau de colonne en colonne, les bambous, les palmiers, rivalisant de hauteur avec les coupoles, donnent aux ruines un aspect des plus imposants®, Des fouilles, pratiquées en beaucoup d'endroits par les chercheurs de trésors, ont bouleversé le sol en le coupant de fondrières. La ville moderne, sise au bord du fleuve et des eanaux, entoure l'ancienne Ayuthias mais elle se prolonge au loin dans le lit de la Menam, par des maisons et des magasins flottants, entre lesquels vont et viennent des bateaux de toute forme, de la simple barque à la canonnière; même des jonques marines remontent le fleuve jusque devant les berges de Kroung-kao, Le roi possède de riches palais dans lancienne résidence de ses ancètres dans les environs, Au nord s'étendent les jongles où vivent à l'état sauvage, comme les taureaux de las Marismas ou de la Camargue, les éléphants que le monarque va chasser, à la tête d'une armée de rabalteurs, pour les pousser dans l'enelos de trones solides qui deviendra leur prison temporaire, Des milliers de pêcheurs viennent aussi chaque année de Bangkok dans les eaux d'Ayuthia pour y jeter leurs filets. Située au confluent de la Menam et des rivières qui passent l'une à Lophouri (Nop'houri), l'autre dans le Muang-Hom ou € royaume du Vent» et devant la ville de P'etxaboun, Avuthia est un entrepôt nécessaire pour les denrées qui proviennent de la région méridionale du Laos. C'est aussi la principale élape des pèlerins qui vont faire leurs dévotions dans les temples de li montagne de P'rabat ou dans ceux de Patavi, L'abbé de P'rabat est maitre absolu du territoire qui s'étend autour du monastère à quatre heures de marche,

La capitale actuelle n'a qu'un siècle d'existence et cependant plus d'un demi-million d'habitants se pressententre les murs et les canaux qui forment enceinte, Quoique portant encore le nom qu'il avait comme simple hameau de pécheurs, le «village des Oliviers » est maintenant Ia plus grande cité de l'Asie entre Caleutta et Canton, sur un développement côtier d'environ 8000 kilomètres : il n'est pas de ville en Europe qui ait plus rapidement grandi. En héritant de la puissance d'Ayuthia, Bangkok a pris aussi l'appellation officielle de l'ancienne capitale : Si Ayuthia maha ou la « Grande ville royale des Anges ». Toutes les cités de l’Indo-Chine ont deux

4 Houhot, Travels in the Central Parts of Indo-China.

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