‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 390 sur 471 · BANGKOK · texte numérisé non relu

BANGKOK

ou plusieurs noms, celui qu’emploient les gens du profane, celui dont se servent les prètres et lettrés.

La ville proprement dite, dont la circonférence est d'environ 14 kilomètres, borde, à une trentaine de kilomètres de la mer, la rive gauche de la Menam, qui décrit en cet endroit un méandre dans la direction de l'ouest. De vastes faubourgs prolongent Bangkok en amont et en aval et, sur la rive droite, des îles sont couvertes de maisons; l’agglomération urbaine s'étend sur un espace d’au moins 40 kilomètres carrés. Des canaux la traversent dans tous les sens, et seulement dans les dernières années des rues semblables à celles des cités d'Europe ont été ouvertes le long du fleuve et dans le voisinage : naguère on ne se promenait qu'en bateau dans l’intérieur de la ville. De loin, la « Venise de Siam », plus vasteet plus grandiose en apparence que celle d'Italie, présente un tableau merveilleux : au-dessus des eaux, des navires, des massifs de feuillage, se dressent les pyramides ouvragées des pagodes, toutes revêtues de mosaïques brillant comme l'or aux rayons du soleil. Sur le fleuve même, l'aspect de Bangkok n’est pas moins saisissant : des milliers de bateaux ou « ballons », des barques, des navires sont ancrés dans le courant ou voguent sur les flots, portés par la marée, entrainés par la brise, la vapeur ou l’aviron. Des deux côtés de la Menam, les berges sont cachées par les radeaux et les maisons flottantes: on ne sait où commence la terre ferme. Ces pittoresques demeures de la cité fluviale, presque toutes sculptées, ornécs de peintures et de feuilles d’or, reposent sur des lits de bambous, jouant librement au moyen d’anneaux ie long de quatre pieux plantés dans le lit du fleuve; elles montent et descendent suivant le flux et le reflux. Lorsqu'un incendie éclate, chacun s’empresse de couper les amarres et d’ancrer sa maison à distance; puis, quand le danger est passé, la population fluviale reprend le mouillage habituel; dans ce quartier mobile, les endroits commerçants se louent fort cher, comme les emplacements qui bordent les rues dans les cités d'Europe".

Les quartiers de Bangkok qui se trouvent en terre ferme ne sont plus, comme au milieu du siècle, des amas de cabanes entourant les pagodes ; des maisons de construction européenne s'élèvent dans le voisinage du port et le palais royal lui-même est un bel édifice de style italien, à galerie, péristyle et colonnes géminées, n'ayant de siamois que les détails d’ornementation et les plantes groupées en massifs sur les terrasses el les balcons. Les grandes curiosités de Bangkok sont toujours ses pa-

# Pallegoix; — Lequeux; — Thomson ; — Bastian; — Garnier; — Décugis; — [armand; —

Deauvoir,

godes : l’une, le temple de Xetuphon, contient l'effigie dorée de Bouddha, emplissant à elle seule une nef longue de plus de 50 mètres; une autre renferme une statue en or massif; une autre encore un Bouddha de jade : tous les temples ont leurs trésors, pierres précieuses, métaux ouvrés, sculptures délicates. Dans le voisinage des pagodes se trouvent les ossuaires, dont l’un est réservé aux cadavres des morts qui n’ont pas d'amis pour se faire enterrer : on les abandonne aux chiens et aux vautours. Mème de riches Siamois lèguent un bras ou une jambe aux animaux, pour se conformer aux préceptes de charité universelle enseignés par Bouddha. -

Pre: ;’e tout le mouvement d'échanges de Siam, taxé par les douanes d'un droit “+ 3 pour cent sur les importations, se concentre dans la place de 5an:ok, et ce sont les Chinois, après le roi et les princes détenteurs des ::cnopoles, qui en retirent les bénéfices. Formant peutêtre à eux seuls la moitié de la population, les Chinois n’ont point de rivaux pour diverses industries; ils accaparent tout le trafic de détail. Leurs boutiques et leurs bazars sont toujours approvisionnés en poteries, porcelaine, soicries, métaux et articles divers de Chine et d'Europe qu'ils ont achetés à bas prix dans les ventes publiques de Hongkong et de Singapour, ports avec lesquels se fait presque exclusivement le commerce extérieur de Bangkok. Le riz représente en moyenne les deux tiers de l'exportation : en temps ordinaire la production de cette denrée dépasse de beaucoup les besoins de la consommation et permet d'alimenter les marchés de Hongkong, de Singapour, de Batavia, même de fournir une part de l'importation européenne; des moulins à vapeur, dans la ville et aux environs, neltoient le grain et des services réguliers de bateaux sont organisés pour le transport. Bangkok expédie aussi du poisson salé, une variété spéciale de benjoin, du tek et autres bois de construction et d'ébénislerie, du poivre, du sésame, des bestiaux. Le pavillon britannique flotte sur le plus grand nombre des navires de la Menam ; puis viennent le pavillon siamois et celui de l'Allemagne : le commerce direct de la France avec le pays de Siam est presque nul'. Grâce à la supériorité du commerce de la

t Mouvement &s ‘de Bangkok en 1879 : 964 navires, jaugeant 475 698 tonnes. Bateaux à vajeus entrés dans le port de Bangkok en 1880 : 182, dont 155 anglais. Navires à voiles : 265, dont 158 siamois, 84 anglais, 58 allemands, 5 français.

Commerce de Bangkok en 1879 :

Importations. . . . . . . . . . . . . 32 449 085 francs,

Exportations . . . . . . . . . . : 54037225 »

Ensemble, . . . : . . . . 66486 50 francs

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BANGKOK, PAKLAT, PAENAM, MESLONC. 837

Grande-Bretagne, le consul anglais de Bangkok ne le cède guère au souverain en pouvoir effectif : il compte parmi ses administrés non seulement ses compatriotes, mais encore les natifs de l'Inde et de la Barmanie anglaise, les Chinois de Hongkong, ceux de Singapour, les Malais des autres

possessions britanniques.

En aval de Bangkok, la ville de Paklat, habitée surtout par des Pegouans, et celle de Paknam, où se trouve la douane, sont les avant-vorts de la capitale et commandent le passage des navires par leurs forteresses et leurs batteries rasantes. Jadis, les Hollandais, maitres de l’embouchure, y avaient aussi construit des fortifications, désignées par eux sous le nom de Nouvelle-Amster dam : on en voit quelques restes, désignés par les marins anglais sous le nom de Dutch Folly, la « Folie hollandaise ». Des canaux navigables font communiquer l'entrée de la Menam avec tous les ports de la région du delta, tels que Tachin ct Meklong. Ce dernier port, situé à la bouche de la rivière du même nom, est

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