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la rive gauche du Mekong, une falaise à pic est percée de grottes, à l'entrée desquelles se voient les balustrades d’une chapelle bouddhique : des obélisques, des tombeaux, des statues de Bouddha s'élèvent sur les cimes des promontoires voisins. À la jonction, l'altitude du fleuve est d'environ 300 mètres; mais une succession de rapides le fait descendre bientôt à un niveau très inférieur; sa direction générale, dans cette partie de son cours, est dans l'axe mème du golfe de Siam : la vallée indique le chemin de Bangkok par la dépression dans laquelle coule la Menam-sak ou Sarabouri. La vallée de cette rivière et celle du Nam Hou seront empruntées un jour par la route directe de Bangkok au Yunnan : le chef de l’expédition du Mckong avait songé à pénétrer en Chine par la voie du Nam Hou. Un nouveau détour rejette le fleuve dans la direction de l’est vers la base occidentale des monts de Cochinchine. Les collines se dressent de part et d'autre, enfermant le fleuve dans une sorte de fossé, qui dans les endroits les plus larges a seulement 600 mètres entre les bords; lors des eaux basses, le Mekong se réduit à moins de 100 mètres, même à 40 mètres, mais sa profondeur dépasse 100 mètres; tout le courant passe dans cette fente. et de chaque côté le lit d'inondation est parsemé de blocs de pierre reulé< appartenant aux formations les plus diverses, immense collection géologique. Mais ià ne sont pas les derniers obstacles. En traversant les roche: de grès qui encaissent ses eaux en amont du grand affluent Se Moun, le Mekong descend par une succession de rapides ou keng' qui n’est peutètre égalée sur aucun autre fleuve de l'Ancien ou du Nouveau Monde. Partout le lit fluvial offre un aspect inachevé; l’espace ouvert entre lerives varie brusquement de 500 mètres à 90 mètres : ici les eaux semblent s'endormir dans un immense bassin ; là elles se précipitent bruyamment entre les rochers; des ilots, des blocs isolés, au milieu du courant, témoignent du travail d'érosion qui s'est accompli. Évidemment, le Mekong, entré dans cette partie de son lis depuis une période géologique récente, peut-être à l'époque des éruptions de lave et de cendres qui form: rent à l’orient le plateau des Boloven, n'a pas encore eu le temps de régr:lariser son cours en se creusant un chemin à sa taille. Au Keng Kanier. les eaux, soudain comprimées dans un canal de 48 mètres, tantôt s’ertreheurtent et tantôt se séparent, en formant à des intervalles réguliers, toutes les deux ou trois minutes, des entonnoirs de plusieurs mètres, que des vagues viennent combler, et qui se recreusent de nouveau*. On com-
1 Synonyme des mots {ang, employé dans le haut Laos, et fan, usité par les Chinois. (Garnier.) 2 Delaporte, Voyage d'Exploration en Indo-Chine; — L. de Carné, L'Exploration du Mekong, Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1869.
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COURS DU NEKONG 851
prend combien la navigation en radeau ou en pirogue doit être pénible et mème dangereuse sur un lit fluvial aussi informe que l'est encore cette partie du Mekong.
Les cataractes de Khong, limite du fleuve moyen à travers les collines et les montagnes, sont formées par un barrage d'iles rocheuses qui arrête
N° 199. — CATAAACTFÉ DE ÆNUXC.
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les eaux du Mekong et le force à se ramifer sur une largeur qui dépasse 20 kilomètres. Quelques-uns des bras de l'archipel sont à sec pendant la saison des eaux basses; d’autres sont tellement sinueux, que l'eau peut y glisser sans chutes soudaines; mais la plupart sont coupés de cataractes, dont une à 15 mètres de hauteur verticale. Il n'est pas deux sauts qui se ressemblent; les arbres qui trempent leurs racines dans l’eau, les palmiers qui bordent le rivage, les roches couvertes de végétation, les collines lointaines aperçues par delà les forêts et les cultures, varient à l'infini le tableau des cataractes. En aval de la jonction du Mekong et de la rivière d'Attopô, venue des monts de FAnnam, le fleuve a des rapides dans l’un de ses bras, entre la ville de Stoung-Treng et celle de Som-
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bor, mais des bateaux à vapeur pourraient en toute saison monter et descendre le Mekong par le bras oriental. Une grande partie du ecommerce entre le bas du fleuve et Bassae se fait par radeaux de bambous, qui portent jusqu'à 20 tonneaux de marchandises.
À 500 kilomètres de la mer, là où s'élève la ville de Pnom-peñh, capitale actuelle du Cambodge, le fleuve se bifurque pendant la saison des crues : là commence le delta, mais tandis que le bras gauche descend au sudouest vers la mer, celui de droite va se perdre dans un réservoir lacustre, le Tonlé-sap ou « Fleuve d'Eau douce », appelé d'ordinaire le « Grand Lac ». Les deux branches du delta, coulant en sens inverse l’une de l'autre, serpentent dans une dépression qui fut jadis un golfe et que la chaine de Pursat, des arêtes de moindre hauteur, et au sud-est quelques massifs isolés, séparent du golfe de Siam. Parallèle à la mer, cette ligne d’eau appartenant au système du Mekong n’est autre chose qu'un rivage délaissé. Sur les bords du Grand Lac se trouvent des gisements de sel marin que les indigènes exploitaient, mais qu’ils ont abandonnés à mesure que la terre se dessalait. Les eaux qui remplissaient autrefois la cavité du golfe furent peu à peu séparées de la mer par le Mekong, qui projetait au devant de l’entrée sa barre d'alluvions. En outre, la crue fluviale, entrainée par la pente vers la cavité lacustre, la transforma graduellement en un bassin d’eau douce’; toutefois nombre d'espèces marines vivent encore dans ce lac, marsouins, raies, hippocampes. D’après les évaluations de M. Boulangier, qui d’ailleurs paraissent singulièrement exagérées, c’est pendant les temps historiques, huit ou dix siècles avant la génération présenie, que le Tonlé-sap aurait encore fait partie de la mer, et dans deux siècles au plus il devrait cesser d’exister*. Des documents chinois, qui datent du commencement de l'ère vulgaire, parlent du Grand Lac comme d’an golfe baignant les tours de Banon, près de Battambang”*.
Suivant les saisons, un phénomène de va-et-vient s'établit entre le courant du fleuve et le réservoir. Pendant la période d'inondation, de juin à octobre, la coulée qui se porte vers le lac et dont la longueur est d'environ Lo kilomètres, verse le trop-plein du courant fluvial : large de 500, et en certains endroits de 1500 mètres, assez profonde pour recevoir les vaisseaux de guerre, elle emplit le réservoir; mais dans la saison des sécheresses il se fait un mouvement de retour, le lac se vide peu à peu et la
1 Ricard, Excursions et Reconnaissances, V, 1850.
2 Excursions et Reconnaissances, IX, 1881.
5 Dutreuil de Rhins, Notes manuscrites.
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