‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 3)Chapitre 401 sur 471 · CLIMAT, FLORE DE L'ANNAM. S · texte numérisé non relu

CLIMAT, FLORE DE L'ANNAM. S

menace les Annamites de la plaine aussi bien que les Européens". Jusqu'à maintenant, les Français n’ont pas encore fondé de villes de santé sur quelque plateau des montagnes; d'ailleurs des sommets assez élevés pour qu'on y jouisse d’un climat invigorant ne se trouvent point dans les limites de leur domaine. C’est à l'altitude de 2000 à 2200 mètres que les Anglais ont trouvé la zone la plus favorable pour l'établissement de leurs sanatoires; il est peu de cimes dans l’Indo-Chine orientale qui atteignent cette hauteur. M. Thorel pense que le plateau de Saravan, à l'est de Bassac, serait, dans le voisinage des possessions françaises, la région ia mieux choisie pour l’établissement d’une ville de santé.

Depuis que les Français se sont établis dans la basse Cochinchine, la flore de cette contrée est connue, et des explorations botaniques se sont faites de proche en proche dans le Cambodge, dans le bassin du Mekong et dans les montagnes de l’Annam. Plus de 12 000 espèces végétales ont été reconnues dans l’Indo-Chine offentale*. Au bord de la mer, les vases et les terres noyées sont couvertes de mangliers, de pandanes, de palmiers calames aux iiges longues et flexibles comme celles des roseaux. Entre cette zone du littoral, dont l’homme n’a pas encore modifié la flore, et la région des montagnes où les forêts vierges ont conservé l’infinie variété de leurs types, s'étendent les rizières, les jardins, les bois de cocotiers et d’aréquiers cultivés par les Annamites : cctte région est, avec la péninsule de Malacca, de beaucoup la plus riche de l’Asie en variété et en abondance de fruits ; à cet égard l’Indo-Chine est bien supérieure à la péninsule Gangétique”, Les plaines du bas Mekong et le versant oriental de la chaîne faitière de l’Annam et du Tongking sont en maints endroits complètement dépouillés de leur flore spontanée : le système de culture, qui consiste à incendier les bois à la fin de la saison sèche, pour jeter le grain dans les cendres, a dévasté certaines contrées. C’est plus haut, dans la zone des montagnes du Laos et des Moï comprise entre 500 et 1500 mètres, que s'étendent les forêts vierges, où les plantes de l'Himalaya, de la Chine, du Japon, se mêlent aux espèces indo-chinoises et où l'on rencontre même des anémones, des violettes, des saxifrages comme dans l'Europe occidentale. Là croissent es arbres les plus appréciés pour ia construction et l'ameublement, tels que le tek et le bois de fer, l'arbre à vernis, le bois d’aigle, qui émet en brülant un parfum délicieux : dans l'Annam, il est réservé à l’usage du roi et des dieux ; on ne le brûle que dans le palais

Thorel ; Mahé ; Normand, etc.

Pierre, Flore générale de l'Indo-Chine; —E. Blanchard, Réunion des Sociétés savantes on 1879, Otto Kunze, Um die Erde.

et dans les temples. Une sorte de cannelle appartient également au souverain; très appréciée dans la pharmacopée du Tongking, elle se vend par contrebande jusqu’à une centaine de francs l’once‘. Le jardin botanique de Saïgon possède la plupart des espèces trouvées dans les régions de l'intérieur; il renferme toutes les essences forestières de l’Indo-Chine et des contrées voisines; en outre, les plantes industrielles des tropiques, cafiers, cannelliers, girofliers, muscadiers, indigotiers, poivriers, cannes à sucre, arbres à gutta-percha et à caoutchouc, cotons, vanilles, jutes, sont représentés dans toutes leurs variétés : c’est par dizaine de milliers que l'on compte les plants du jardin. Malgré la richesse prodigieuse de leur flore, les Annamites se bornent d'ordinaire à la culture d’un petit nombre d'espèces : le riz, dont il existe une quarantaine de variétés, est leur céréale par excellence, et les pousses de bambous, celles de quelques arbres leur tiennent lieu de légumes; pour la fabrication des nattes, des treillis, des cordages, des paniers, des vases même et de la plupart des objets d'ameublement, pour la construction des maisons et des barques, le bambou suffit. Récemment on a beaucoup parlé en France des vignes sauvages de la Cochinchine, comme pouvant remplacer les cépages détruits par le phylloxéra, mais cette liane indo-chinoise ne donne que d’àpres fruits, d’où l’on exprime une exécrable boisson.

La faune de l’Annam ressemble à celle de l'Inde Cisgangétique. Elle comprend l'éléphant, le rhinocéros, le buffle sauvage, ainsi qu’une espèce de bœuf, le dzin, qui est peut-être le mithoun des Michmi. Le « seigneur tigre » parcourt les forêts de l’Annam, comme celles de l’Inde centrale, à la poursuite des cerfs et des chevreuils; les Annamites l'attaquent rarement en face et le capturent d'ordinaire en le faisant tomber en de profondes fosses; mais dans la Cochinchine française on commence à le chasser à l'affût, le gouvernement accordant une prime pour la destruction des bêtes féroces*. Les indigènes considèrent le tigre comme une sorte de dieu et portent une de ses dents en amulette; pour détourner sa colère, les habitants des districts hantés par lui placardent en dehors de leurs maisons des papiers de couleur où sont écrites ses louanges. Les Annamites domestiquent l'éléphant comme le font leurs voisins du Cambodge et de Siam, mais l'emploient plus rarement; le buffle est l'animal dont ils se servent le plus pour le transport de leurs denrées; ils utilisent aussi le bœuf pour les charrois et même pour la course. Les chevaux annamites sont petits et sans

1 Theurel, Annales de la Propagation de la Foi, 1868. ? Animaux dangereux tués en 1880 dans la Cochinchine française : 84 tigres ; 22 panthères; 17 buffles sauvages.

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